Du 8 au 12 décembre 2025, la capitale togolaise connaîtra une mobilisation historique. Plus d’un millier de participants, venus des quatre coins du monde, convergent vers le Palais des congrès pour le 9ᵉ Congrès Panafricain. Au-delà des débats sur la réforme des institutions multilatérales, ce congrès sera un moment privilégié dans la reconnexion entre l’Afrique et ses enfants dispersés à travers le globe.
Cette rencontre s’inscrit pleinement dans la dynamique de la « Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine », proclamée par l’Union africaine pour la période 2021-2031. Il ne s’agit plus simplement de commémorer un passé douloureux. L’ambition est bien plus grande. Les organisateurs entendent transformer cette décennie en un véritable levier d’action collective, capable de tisser des liens durables entre les peuples africains du continent et les communautés afrodescendantes établies aux Amériques, en Europe et ailleurs.

Dans un monde où les équilibres géopolitiques se redessinent rapidement, notamment avec l’émergence des BRICS, l’Afrique et sa diaspora sont appelées à repenser leur positionnement stratégique. Le programme du Congrès reflète cette volonté de changement. Une place centrale est réservée aux représentants des diasporas et des communautés afrodescendantes, acteurs majeurs de cette refondation identitaire et politique.
Le combat contre le racisme systémique constitue l’un des axes les plus sensibles de ce rassemblement. La Commission 6, dédiée à la « Lutte des peuples africains et afrodescendants contre le racisme à l’aune de la Déclaration de Durban de 2001 », porte cette mission essentielle. Près d’un quart de siècle après la Conférence mondiale contre le racisme organisée en Afrique du Sud, il est temps de dresser un bilan honnête et de proposer de nouvelles stratégies.
Les membres de cette commission ont devant eux une triple mission. Premièrement, évaluer les progrès réalisés depuis Durban et identifier les résistances persistantes. Deuxièmement, élaborer des mécanismes concrets pour combattre le racisme structurel qui continue de frapper les populations africaines et afrodescendantes dans leur vie quotidienne. Troisièmement, réinscrire les principes de la Déclaration de Durban dans la vision renouvelée du panafricanisme contemporain.

Cette réflexion sur le racisme s’articule étroitement avec les travaux de la Commission 5, qui aborde les questions brûlantes de la réparation pour les crimes de l’esclavage et de la colonisation. Cette commission examine également l’élaboration d’une politique africaine commune concernant la restitution du patrimoine culturel spolié pendant des siècles. En transformant la mémoire douloureuse en force politique, le Congrès ambitionne de créer un front uni capable de peser sur la scène internationale.
L’événement bénéficie d’un soutien politique de premier plan. L’Union africaine a validé l’initiative togolaise dès février 2025, reconnaissant son importance stratégique pour l’avenir du continent. Le Togo, sous l’impulsion du président du Conseil, Faure Gnassingbé, s’est positionné comme le fer de lance de cette mobilisation. Le professeur Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, pilote les préparatifs avec une attention particulière aux questions de justice mémorielle.
La participation attendue des chefs d’État et de gouvernement témoigne de l’engagement des plus hautes instances politiques africaines. L’implication de l’Union africaine dès la session inaugurale confirme la volonté de faire du Congrès de Lomé un moment charnière dans la consolidation de l’unité continentale et diasporique. Les travaux déboucheront sur une Déclaration finale comportant des recommandations opérationnelles destinées à orienter les politiques publiques africaines et à renforcer la voix du continent dans le concert des nations.
Sur le terrain, les derniers préparatifs battent leur plein dans la capitale togolaise. Les autorités ont déployé d’importants dispositifs de sécurité autour du Palais des congrès, avec des patrouilles policières visibles pour garantir la sérénité de l’événement. Tout a été mis en œuvre pour offrir un séjour mémorable aux participants.
L’engouement dépasse largement les sphères politiques et diplomatiques. De nombreuses personnalités du sport, de la culture et des arts ont manifesté publiquement leur soutien. L’ancien footballeur international Lilian Thuram a déclaré sans détour que « le monde a besoin d’une Afrique unie ». Pour lui, soutenir ce congrès est une évidence puisque « l’Afrique n’est pas encore unie, mais doit le devenir pleinement ».
Le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly, figure emblématique du panafricanisme musical, a lancé un appel vibrant à la solidarité. Selon lui, l’Afrique a besoin de « solidarité, d’unité, du rassemblement de ses fils ». Il insiste sur le fait que « l’unité africaine » demeure l’objectif principal et que seule une Afrique unie pourra « gagner tous les combats ». Ce congrès représente à ses yeux une étape supplémentaire vers cette unité tant espérée.
La légende malienne Salif Keita a également apporté son soutien en affirmant qu’il est temps de passer de la parole aux actes. « Ce n’est plus le moment de dire, mais de faire, pour relever les défis qui nous attendent », a-t-il martelé. A’Salfo, leader du groupe ivoirien Magic System, s’est réjoui de voir « toutes les forces vives de l’Afrique » se retrouver à Lomé pour débattre du développement continental.
Placé sous le thème « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir », le 9ᵉ Congrès Panafricain de Lomé se positionne comme une plateforme stratégique majeure. À l’heure où l’ordre mondial bascule et où de nouvelles puissances émergent, la question du rôle de l’Afrique sur la scène internationale se pose avec une acuité renouvelée.
Ce rendez-vous historique marque potentiellement le début d’une nouvelle ère. Une ère où l’Afrique, forte de son union avec sa diaspora, entend prendre son destin en main et peser sur les grandes décisions qui façonneront le monde de demain.
