Le président du Conseil de la République togolaise, Faure Gnassingbé, s’est rendu à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC) ce lundi 22 décembre 2025. Désigné par l’Union africaine pour faciliter le dialogue dans le conflit opposant la RDC au Rwanda autour du dossier M23, il a été reçu par Félix Tshisekedi pour des échanges bilatéraux.
La situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu figurait au centre des préoccupations. Ces régions orientales du Congo subissent depuis plusieurs mois une recrudescence des violences liées aux activités du groupe armé M23. Les combats incessants ont contraint des milliers de familles à fuir leurs villages, aggravant une crise humanitaire déjà préoccupante.
Le dossier reste épineux entre Kinshasa et Kigali. Le gouvernement congolais accuse régulièrement son voisin rwandais d’apporter un appui militaire aux rebelles, allégations que le Rwanda réfute fermement. Cette situation empoisonne les relations diplomatiques entre les deux nations et entretient un climat d’insécurité permanent dans la région des Grands Lacs.

Le mandat confié au dirigeant togolais par l’organisation continentale vise justement à dénouer cette impasse. Plusieurs rounds de négociations ont déjà été organisés sous divers formats, mais aucun accord durable n’a pu être trouvé jusqu’à présent. La communauté internationale observe avec attention ces efforts de médiation, consciente que l’embrasement de cette zone pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières congolaises.
Les deux chefs d’État ont également exploré les possibilités de renforcer leurs liens bilatéraux. Lomé et Kinshasa envisagent d’élargir leur collaboration dans les secteurs économique et commercial. Cette ouverture montre que la rencontre dépassait le seul cadre de la gestion de crise pour s’inscrire dans une vision plus globale des relations entre les deux pays.
Sur le terrain, les populations civiles paient le prix fort de cette instabilité chronique. Elles aspirent à retrouver une vie normale après des années de troubles qui ont paralysé le développement local et mis à mal leurs conditions d’existence. Les initiatives diplomatiques en cours suscitent un espoir prudent, même si beaucoup restent sceptiques face aux promesses maintes fois répétées.
Cette rencontre intervient quelques semaines après la signature des Accords de Washington pour la paix et la prospérité. Le 4 décembre dernier, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont paraphé ce traité dans la capitale américaine en présence de Donald Trump. Faure Gnassingbé figurait parmi les dirigeants africains témoins de cette cérémonie organisée à l’Institut américain pour la paix.
Ces accords, fruit de plusieurs mois de négociations sous médiation américaine et qatarienne, prévoient le retrait des troupes rwandaises de l’Est congolais dans un délai de 90 jours. Ils établissent également un cadre d’intégration économique régionale centré sur l’exploitation des minerais stratégiques. Washington souhaite ainsi sécuriser son accès au cobalt, au lithium et au coltan congolais tout en soutenant la stabilisation de la région.
Le volet économique du traité ouvre la voie à une collaboration tripartite associant Kinshasa, Kigali et des investisseurs américains. Cette dimension commerciale vise à transformer les richesses minières de la région en levier de développement partagé. Les deux capitales s’engagent par ailleurs à créer un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire dans les 30 jours suivant l’entrée en vigueur de l’accord.
La mise en œuvre de ces engagements reste toutefois incertaine. Les groupes armés continuent leurs opérations dans le Nord-Kivu malgré les promesses de désarmement. Le M23 n’est pas signataire de l’accord de Washington et poursuit des négociations distinctes avec le gouvernement congolais à Doha.
