Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a présidé les 7 et 8 avril 2026 à Lomé le premier séminaire gouvernemental de l’année. Cette rencontre a permis d’établir le bilan du quinquennat écoulé avant de définir les orientations stratégiques qui guideront l’action publique togolaise jusqu’en 2031. Dans un contexte régional et international particulièrement instable, l’exécutif mise sur une approche renouvelée privilégiant la sélectivité des priorités et la cohérence intersectorielle.

Le bilan de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025 affiche un taux d’exécution global de 68,79%. Ce résultat, qui peut sembler modeste au premier abord, doit être apprécié à l’aune des bouleversements économiques et sociaux qui ont marqué cette période. La pandémie de COVID-19 a d’abord paralysé l’économie mondiale en 2020 et 2021, provoquant une contraction brutale des échanges commerciaux et une récession dans de nombreux pays.
Le conflit en Ukraine, qui a éclaté en février 2022, a ensuite créé des ondes de choc sur les marchés des matières premières. Les prix de l’énergie et des denrées alimentaires ont connu une flambée sans précédent, alimentant des pressions inflationnistes qui ont fragilisé le pouvoir d’achat des populations. Pour les économies africaines importatrices nettes de produits pétroliers et de céréales, l’impact s’est révélé particulièrement sévère.
À ces chocs externes se sont ajoutées les menaces sécuritaires dans la sous-région ouest-africaine. L’expansion des groupes terroristes dans le Sahel a progressivement atteint les zones frontalières du nord du Togo, obligeant les autorités à renforcer le dispositif militaire et sécuritaire. Cette situation a nécessité des dépenses de sécurité accrues, réduisant les marges de manœuvre budgétaires pour d’autres secteurs.
Malgré ce contexte défavorable, plusieurs domaines ont enregistré des progrès. L’agriculture a bénéficié de programmes de mécanisation et d’amélioration de la productivité. Le secteur énergétique a vu sa capacité de production augmenter grâce à des investissements dans les infrastructures. Les technologies de l’information ont connu un essor avec le développement de la connectivité numérique et l’émergence d’un écosystème de start-ups.
La santé et l’éducation ont également fait l’objet d’investissements soutenus, bien que les besoins demeurent considérables. La modernisation de l’administration publique s’est poursuivie avec la dématérialisation progressive des procédures. L’amélioration du climat des affaires, mesurée par divers indicateurs internationaux, a contribué à attirer des investissements étrangers dans certaines filières.
Toutefois, le Président du Conseil a souligné lors du séminaire que ces résultats, bien que réels, appellent à une élévation du niveau d’exigence. La qualité de la formulation des programmes gouvernementaux, la lisibilité des priorités publiques et la rigueur dans l’exécution des projets constituent désormais des impératifs pour la période à venir.
La Feuille de route gouvernementale 2026-2031 s’articule autour de trois axes qui reflètent les priorités définies par le Président du Conseil. Cette architecture tripartite vise à couvrir l’ensemble des dimensions de l’action publique, de la sécurité à la transformation économique en passant par la cohésion sociale.
L’axe « Protéger » place la sécurité nationale au cœur des préoccupations. La détérioration de la situation sécuritaire dans plusieurs pays voisins a démontré que la stabilité ne peut être considérée comme acquise. Le renforcement des capacités militaires et de renseignement figure parmi les priorités. La préservation de la paix sociale, dans un contexte où les tensions communautaires se sont exacerbées dans certaines régions du continent, nécessite également une attention particulière.

La résilience face aux crises constitue l’autre volet de cet axe. Les chocs des dernières années ont révélé les vulnérabilités structurelles de l’économie togolaise. La dépendance aux importations pour les produits alimentaires et énergétiques expose le pays aux variations brutales des cours mondiaux. Le renforcement de la souveraineté dans ces domaines stratégiques apparaît comme une condition de la stabilité à long terme.
L’axe « Rassembler » traduit une volonté d’affermir le leadership républicain et la cohésion nationale. Dans un environnement régional où plusieurs États font face à des contestations internes et des fractures politiques profondes, Lomé affiche l’ambition de consolider l’unité nationale à travers l’inclusion. Cette approche vise à élargir la base de participation et à renforcer le sentiment d’appartenance communautaire.
L’inclusion, telle qu’envisagée dans ce cadre stratégique, couvre plusieurs dimensions. L’accès aux services publics, la participation économique des différentes couches de la population et la représentation dans les instances de décision constituent des leviers identifiés. La jeunesse, qui représente une proportion importante de la démographie togolaise, fait l’objet d’une attention spécifique dans cette stratégie de rassemblement.
L’axe « Transformer » vise à rendre l’économie togolaise plus compétitive, plus inclusive et mieux préparée aux défis du XXIème siècle. La diversification des sources de croissance apparaît comme une nécessité face à la volatilité des marchés internationaux. Le pays cherche à réduire sa dépendance à quelques secteurs traditionnels en développant de nouvelles filières à forte valeur ajoutée.
La consolidation de la souveraineté alimentaire et énergétique s’inscrit dans cette logique de transformation. L’agriculture, qui emploie encore une large partie de la population active, doit gagner en productivité tout en respectant les impératifs environnementaux. Le développement des énergies renouvelables constitue un axe de travail pour réduire la facture énergétique et limiter l’exposition aux fluctuations des prix du pétrole.
Le développement du capital humain figure parmi les priorités de cet axe. L’amélioration de la qualité de l’éducation, le renforcement des compétences techniques et la formation aux métiers de demain doivent permettre au Togo de tirer parti des opportunités créées par les mutations technologiques. La mobilisation des ressources intérieures, à travers une fiscalité plus efficace et une meilleure gestion des finances publiques, doit réduire la dépendance aux financements extérieurs.
L’analyse du contexte international a occupé une place centrale dans les délibérations du séminaire. Le ralentissement de la croissance mondiale, après une période de reprise post-COVID, limite les perspectives d’exportation pour les économies en développement. Les grandes puissances économiques font face à des défis structurels qui réduisent leur dynamisme.
La volatilité des marchés financiers crée une incertitude permanente pour les pays émergents. Les mouvements de capitaux, particulièrement sensibles aux variations des taux d’intérêt dans les économies développées, peuvent s’inverser brutalement et provoquer des crises de liquidité. Cette instabilité complique la planification des investissements publics et privés.

Le renchérissement de l’accès au financement constitue une contrainte particulièrement sévère. La hausse des taux directeurs des banques centrales occidentales, destinée à combattre l’inflation, a entraîné une augmentation mécanique du coût de la dette pour les pays en développement. Les marges de manœuvre budgétaires s’en trouvent réduites, limitant la capacité d’investissement dans les infrastructures et les services sociaux.
L’affaiblissement du multilatéralisme, observé depuis plusieurs années, se traduit par une moindre efficacité des institutions internationales et une fragmentation des règles commerciales. Les tensions géopolitiques entre grandes puissances créent un environnement moins favorable à la coopération internationale. Pour les petites économies, cette évolution complique la défense de leurs intérêts dans les négociations commerciales et financières.
Les mutations technologiques s’accélèrent à un rythme sans précédent. L’intelligence artificielle, la robotisation et la numérisation transforment les processus de production et les modèles économiques. Ces évolutions créent des opportunités mais comportent également le risque d’accentuer les écarts entre pays qui maîtrisent ces technologies et ceux qui restent à la traîne.
Les chocs climatiques, énergétiques et géopolitiques se multiplient et s’entremêlent. Les sécheresses, les inondations et autres événements météorologiques extrêmes affectent la production agricole et mettent en péril la sécurité alimentaire. Ces facteurs renforcent l’exigence de résilience économique, de crédibilité macroéconomique et de multiplication des partenariats stratégiques.
Face à cette réalité internationale complexe, le gouvernement togolais a choisi de renforcer la souveraineté numérique du pays. La maîtrise des infrastructures de communication et la protection des données constituent des enjeux de souveraineté à l’ère du numérique. Cette orientation vise à limiter la dépendance technologique vis-à-vis de l’extérieur.
Le séminaire a défini quatre principes qui doivent guider la mise en œuvre de la nouvelle Feuille de route. Ces principes marquent une évolution dans la conception de l’action gouvernementale, privilégiant la qualité sur la quantité et la cohérence sur la dispersion des efforts.
La sélectivité accrue dans le choix des priorités constitue le premier principe. Les ressources publiques, limitées par les contraintes budgétaires, doivent être concentrées sur les actions à fort impact pour les populations. Cette approche rompt avec la tendance à multiplier les programmes et projets sans garantie d’efficacité. La sélection rigoureuse des priorités implique une capacité à renoncer à certaines initiatives pour mieux réussir celles qui sont retenues.
La cohérence intersectorielle forme le deuxième principe directeur. Les politiques publiques ont longtemps été conçues et mises en œuvre de manière cloisonnée, chaque ministère travaillant dans son domaine sans coordination approfondie avec les autres. Cette logique de silos a produit des inefficacités et des contradictions entre différentes interventions publiques. Le nouveau cadre privilégie les synergies entre ministères pour des interventions transversales qui maximisent l’impact.
La discipline renforcée dans la planification, le suivi et l’évaluation constitue le troisième principe. Les politiques publiques seront désormais fondées sur des indicateurs mesurables, vérifiables et directement perceptibles dans la vie quotidienne des populations. Cette exigence de mesure vise à dépasser les déclarations d’intention pour ancrer l’action publique dans des résultats concrets et évaluables.
L’ancrage dans la réalité macroéconomique forme le quatrième principe. Les programmes gouvernementaux doivent tenir compte des contraintes budgétaires et des dynamiques du contexte mondial. Cette approche réaliste vise à éviter les promesses impossibles à tenir et à garantir la soutenabilité financière des politiques publiques. La prise en compte effective des contraintes économiques doit permettre de préserver les équilibres macroéconomiques tout en poursuivant les objectifs de développement.
Le séminaire a débouché sur un partage approfondi des orientations avec l’ensemble des acteurs chargés de leur mise en œuvre opérationnelle. Les secrétaires généraux et directeurs de cabinet des ministères, qui coordonnent l’action administrative au quotidien, ont participé à des échanges destinés à garantir une compréhension commune des objectifs.
Les acteurs techniques, qui jouent un rôle central dans la coordination sectorielle des politiques publiques, ont également été associés à cette démarche. Cette implication vise à assurer une traduction opérationnelle rigoureuse des orientations définies au niveau stratégique. La qualité de cette traduction conditionnera en grande partie le succès de la Feuille de route.
Cette approche participative marque un changement dans la gouvernance de l’action publique. Elle reconnaît que l’efficacité des politiques gouvernementales dépend autant de la pertinence des orientations stratégiques que de la capacité des administrations à les mettre en œuvre sur le terrain. Le renforcement du dialogue entre le niveau politique et le niveau technique doit permettre d’identifier et de lever les obstacles opérationnels.
Le Président du Conseil a insisté sur la nécessité d’une approche fondée sur la sélectivité et la cohérence des interventions. Cette orientation s’inscrit dans un esprit de consolidation des acquis et d’amélioration continue de la qualité des programmes. L’objectif affiché reste le bien-être des populations à travers des résultats durables et mesurables.
La mise en œuvre de cette Feuille de route devra composer avec de multiples contraintes. Sur le plan sécuritaire, la menace terroriste dans la sous-région ouest-africaine ne montre aucun signe d’affaiblissement. Les groupes armés ont démontré leur capacité d’adaptation et continuent de progresser dans certaines zones. Le renforcement de la sécurité nécessitera des investissements substantiels qui pèseront sur les finances publiques.
Sur le plan économique, la dépendance aux financements extérieurs limite l’autonomie dans la conduite des politiques publiques. Les conditions imposées par les bailleurs de fonds internationaux peuvent entrer en contradiction avec les priorités nationales. La mobilisation des ressources intérieures, bien qu’identifiée comme une priorité, se heurte à la faiblesse de l’assiette fiscale et aux limites de la capacité contributive des populations.
Sur le plan social, les attentes des populations, notamment des jeunes, sont considérables. Le chômage reste élevé et la création d’emplois de qualité constitue un défi permanent. Les inégalités se sont creusées ces dernières années, alimentant des frustrations qui peuvent se traduire par des tensions. La capacité du gouvernement à répondre à ces aspirations déterminera en partie la stabilité sociale du pays.
Le contexte régional demeure incertain. Les évolutions politiques dans les pays voisins, marquées par des coups d’État et des changements de régime, créent une instabilité qui peut avoir des répercussions sur le Togo. Les dynamiques régionales, qu’il s’agisse de la circulation des personnes, des échanges commerciaux ou des questions sécuritaires, affectent directement la situation nationale.
La capacité du Togo à naviguer entre ces différentes exigences déterminera le succès de la trajectoire définie pour les cinq prochaines années. L’équilibre entre sécurité et développement, entre ouverture et souveraineté, entre ambition et réalisme constituera l’enjeu central de ce quinquennat. Le séminaire gouvernemental des 7 et 8 avril 2026 aura au moins permis de clarifier les orientations et de mobiliser les acteurs autour d’une vision partagée.
