L’équation semble impossible à résoudre. Connecter l’Afrique de l’Ouest d’ici 2030 nécessite des milliards de dollars que les États ne possèdent pas. Ce mercredi 22 avril 2026, douze pays de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tentent de débloquer cette impasse lors de la 23e Assemblée générale de l’Association des Régulateurs de Télécommunications de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO).
La rencontre réunit également trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Mauritanie à l’hôtel 2 Février. Au total, 16 pays ouest-africains examinent des pistes pour financer leurs ambitions numériques sans vider leurs caisses publiques.
Les données financières révèlent la difficulté du pari. Installer un kilomètre de fibre optique coûte entre 10 000 et 30 000 dollars selon le terrain. Ces montants excluent les dépenses liées aux câbles sous-marins, aux stations de base et au déploiement de la 5G. La Banque mondiale, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque africaine de développement ne peuvent financer seules ces infrastructures.

Les participants explorent des mécanismes innovants de partenariat public-privé pour attirer des capitaux étrangers vers le secteur numérique. La session statutaire adopte les comptes de l’organisation, valide les états financiers et présente surtout le plan stratégique 2026-2030.
Aliyu Yusuf Aboki, Secrétaire exécutif de l’ARTAO basée à Abuja, a qualifié ce document de feuille de route régionale. Le plan dépasse le cadre des télécommunications classiques pour couvrir l’ensemble de l’écosystème numérique et les technologies émergentes.
Les priorités retenues concernent l’harmonisation des cadres réglementaires dans la sous-région, l’amélioration de la qualité de service et l’expansion de la connectivité régionale. Le développement de la 5G, la gestion du spectre et le renforcement de la cybersécurité figurent au programme. La résilience des infrastructures numériques, notamment les câbles sous-marins, constitue un autre axe de travail. L’inclusion numérique et l’accès équitable aux services complètent cette liste.
Le responsable a rappelé que le précédent plan stratégique 2022-2025 a posé des bases solides. Les groupes techniques ont formulé des recommandations sur la protection des consommateurs, les infrastructures et la sécurité numérique.

Michel Galley, président de l’Autorité de Réglementation des secteurs de Postes et de Télécommunications (ARCEP) Togo et vice-président de l’ARTAO, a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre régulateurs. Cette collaboration doit selon lui accompagner efficacement la transformation digitale en cours dans les États membres.
« La qualité de service constitue un enjeu central. Aujourd’hui, chaque pays dispose de ses propres indicateurs de performance. L’ambition régionale est donc d’harmoniser ces indicateurs afin de garantir un niveau de service plus homogène et plus élevé dans toute la sous-région », a-t-il déclaré.
L’accessibilité des services préoccupe également les participants. Il ne s’agit pas uniquement de la couverture territoriale, mais aussi de la disponibilité effective et du caractère abordable des communications électroniques pour les populations.
Le Dr Herri Mané, président de l’ARTAO, a souligné que la coopération entre régulateurs constitue désormais une nécessité stratégique. L’organisation entend consolider son rôle de plateforme régionale de coordination et d’harmonisation des politiques publiques en matière de télécommunications.

La présence conjointe des pays de la CEDEAO et de l’AES témoigne de la continuité de la coopération technique malgré les évolutions politiques récentes. Les participants cherchent à diversifier les sources de financement en associant pleinement le secteur privé à l’effort collectif.
L’objectif affiché reste une connectivité universelle en Afrique de l’Ouest d’ici 2030. Un défi qui nécessitera bien plus que les seuls budgets nationaux pour devenir réalité. L’Assemblée générale prend fin jeudi 23 avril.
