L’Union africaine confie au Togo la mission de porter devant l’Assemblée générale des Nations unies une proposition visant à revoir la représentation du continent africain sur les cartes du monde. Cette initiative repose sur une volonté de corriger les écarts liés aux projections utilisées depuis plusieurs siècles et d’introduire une lecture plus conforme aux superficies réelles.
La majorité des cartes diffusées à l’échelle internationale s’appuie encore sur les travaux de Gerardus Mercator. Ce modèle, conçu pour faciliter la navigation maritime, entraîne des déformations importantes des surfaces. L’Afrique, qui dépasse 30 millions de kilomètres carrés, y apparaît réduite. À l’inverse, des territoires comme le Groenland semblent proches en taille alors que leur superficie est bien inférieure.
Depuis quelques années, d’autres représentations circulent, notamment la projection Equal Earth. Celle-ci propose une restitution plus fidèle des dimensions des continents. Elle met en évidence le poids géographique de l’Afrique, souvent sous-estimé dans les représentations classiques.
Dans ce cadre, l’Union africaine soutient la campagne « Correct the map » et a désigné le Togo pour défendre une résolution au sein de l’Organisation des Nations unies. Le texte doit être présenté lors de la prochaine session de l’Assemblée générale.
Le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, a exposé les motivations de cette démarche. Il a déclaré que « d’abord sur un plan scientifique, il faut qu’il y ait cette correction. Ça apporte quelque chose, une nouvelle vision, un nouveau narratif aux jeunes apprenants africains ». Il a également évoqué les implications liées à la perception du continent dans les récits historiques.
« Pendant longtemps, pendant des siècles, on nous a fait croire que l’Afrique est un peu à la remorque de l’Histoire universelle, alors que vous et moi, nous savons que l’Afrique est au cœur de l’Histoire, parce que l’Afrique est le berceau de l’humanité », a-t-il ajouté.
Le chef de la diplomatie togolaise a aussi abordé la portée du vote à venir. Selon lui, la position des États membres « permettra de révéler leur vrai visage », en référence aux débats internationaux sur certaines questions historiques.
Il a par ailleurs tenu à préciser la nature de la démarche. « Nous pensons que la volonté des peuples africains est aujourd’hui de reconnaître et de travailler en toute responsabilité avec nos partenaires », a-t-il affirmé, tout en évoquant des réserves exprimées lors de précédents votes.
Pour Robert Dussey, la question posée relève avant tout d’une exigence scientifique. « Pour remettre en cause la carte Mercator, le problème est d’abord scientifique, il n’est pas politique », a-t-il expliqué, appelant à une approche fondée sur des données précises et une représentation plus fidèle des territoires.
