Le ministère de la Santé a officialisé jeudi 7 mai 2026 le Groupe de Travail Technique en Santé Mentale et Soutien Psychosocial (GTT SMSPS). Cette plateforme rassemble près de cinquante organisations autour d’un objectif commun : faire du bien-être mental une priorité de santé publique.
Le dispositif formalise un processus de coordination engagé lors d’ateliers techniques organisés les 31 mars et 14 avril 2026. Il intervient alors que le pays fait face à une crise humanitaire liée aux tensions sécuritaires dans la région du Sahel.

Selon le Programme d’Urgence de Renforcement de la Résilience et de la Sécurité des Communautés, le Togo comptait en mars 2026 près de 60 000 personnes déplacées, dont 29 820 enfants représentant 60% de cette population. Les données internationales indiquent qu’en période de crise humanitaire, une personne sur cinq développe un trouble mental ou une détresse psychologique nécessitant un accompagnement adapté.
Le représentant résident adjoint de l’UNICEF au Togo, Xavier R. Siré, a souligné l’ampleur des besoins lors de la cérémonie de lancement. « Les déplacements forcés, l’insécurité et la précarité affectent durablement le bien-être psychologique des populations, fragilisent les liens sociaux et altèrent le sentiment de sécurité des familles et des enfants », a-t-il déclaré. Il a estimé que « plusieurs dizaines de milliers de personnes pourraient avoir besoin d’un soutien psychosocial ou d’une prise en charge spécialisée » dans les régions du nord.
Le Professeur Balaka Abago, coordonnateur du Programme National des Addictions aux Produits Psychoactifs et artisan du GTT, a abordé la question de la stigmatisation des troubles mentaux. « En Afrique, on pensait que la maladie mentale, c’était le sujet même malade qui était responsable », a-t-il déclaré. « Il a été démontré que c’est plutôt le contraire. Quand votre enfant a pris de la drogue et présente des troubles, il est victime. Il est victime d’une société. »

Le Secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Kokou Wotobe, a présenté les ambitions du dispositif lors de la cérémonie officielle. « La santé mentale ne saurait plus être appréhendée comme un domaine périphérique ou secondaire », a-t-il affirmé. « Elle constitue une composante essentielle de la santé globale, du développement humain et du développement durable. »
Il a également insisté sur la dimension intersectorielle du sujet. « La santé mentale interpelle également l’éducation, l’action sociale, la protection de l’enfance, la justice, l’emploi », a-t-il ajouté.
La plateforme doit permettre d’harmoniser les interventions entre acteurs, de clarifier les responsabilités institutionnelles et d’améliorer la qualité des services proposés aux populations. Elle s’appuie sur le Plan Stratégique de Santé Mentale 2024-2027, adopté comme référence nationale. L’UNICEF, principal bailleur du processus, et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont confirmé leur appui au gouvernement.
Le mécanisme sera progressivement étendu aux régions des Savanes et de la Kara, les plus exposées aux conséquences de l’instabilité sécuritaire sahélienne. Xavier Siré a qualifié ce déploiement de proximité d’indispensable pour « garantir une réponse durable et adaptée aux réalités locales ».

Ce lancement témoigne d’une évolution dans la prise en compte de la santé mentale par les autorités togolaises. Le sujet bénéficie désormais d’un cadre institutionnel dédié et d’une reconnaissance au sein des politiques publiques.
