Les chiffres présentés lundi à Lomé bouleversent l’approche traditionnelle de la nutrition infantile. Chaque dollar consacré à des interventions nutritionnelles intégrées peut générer un retour économique allant jusqu’à 23 dollars selon les données de la Banque mondiale. Cette rentabilité place la malnutrition au rang des priorités économiques pour les vingt pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre réunis dans la capitale togolaise du 11 au 13 mai 2026.
La conférence organisée par le gouvernement togolais et le Groupe de la Banque mondiale révèle l’ampleur du problème sanitaire. Près d’un enfant sur trois souffre d’un retard de croissance dans la sous-région. Parallèlement, 65 millions de femmes sont atteintes d’anémie. Ces statistiques traduisent une réalité économique lourde.
Tony Verheijen, représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo, a exposé les conséquences concrètes de cette situation. « Ils représentent des potentiels bridés, des parcours scolaires compromis, des emplois qui ne seront jamais créés », a-t-il déclaré. Le poids économique de la malnutrition dépasse largement les seuls coûts de santé pour affecter la productivité future des nations.
Le Togo affiche néanmoins des progrès mesurables. Entre 2014 et 2017, le taux de retard de croissance est passé de 27,5% à 23,8%. Le pays enregistre un taux d’allaitement maternel exclusif de 64,3%, l’un des plus élevés de la sous-région selon l’UNICEF. En 2024, une stratégie nationale d’éducation préscolaire a été validée et un arrêté interministériel encadre désormais les crèches et garderies.
Martine Moni Sankaredja, ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, a toutefois appelé à poursuivre les efforts. « Permettez-moi de souligner qu’en dépit des progrès enregistrés, des efforts restent à faire pour permettre à chaque enfant de bénéficier d’une diversité alimentaire minimale et d’atteindre son plein potentiel de développement, améliorer la nutrition maternelle », a-t-elle rappelé à l’ouverture des travaux.
La ministre a fixé les attentes pour ces trois jours de réflexion. « Nous attendons donc de ces trois jours qu’il soit produit une vision partagée, une vision qui transcende les frontières nationales et les silos sectoriels et qui place l’enfant et la mère au centre de nos politiques publiques », a-t-elle ajouté.
Les résultats du Fonds Muskoka apportent des preuves tangibles de l’efficacité des interventions coordonnées. Actif dans six pays de la région et impliquant quatre agences onusiennes, ce programme a produit des résultats entre 2010 et 2024. L’allaitement maternel exclusif a augmenté de 25%, les retards de croissance ont baissé de 28% et la malnutrition aiguë sévère a reculé de 74%.
Tony Verheijen a souligné le lien entre nutrition et développement économique. « Investir dans le capital humain dès la naissance est le fondement de toute croissance durable et inclusive », a-t-il affirmé. Cette approche repositionne la nutrition comme un levier de compétitivité économique plutôt qu’une simple question sanitaire.
Le conclave ministériel prévu mercredi abordera la question cruciale du financement domestique. « Comment mobiliser durablement et de façon coordonnée les ressources nécessaires pour financer la nutrition et le développement de la petite enfance ? », a interrogé le représentant de la Banque mondiale. Cette question déterminera la capacité des États à transformer les recommandations en actions concrètes.
Le représentant de l’UNICEF a rappelé que le Plan stratégique 2026-2029 de l’organisation concentre les efforts sur les interventions prioritaires et leur passage à l’échelle. « Aucune transformation durable ne sera possible sans un engagement accru des États eux-mêmes », a-t-il indiqué. Les participants attendent des engagements mesurables qui permettront de réduire les 33% d’enfants touchés par la malnutrition dans la sous-région.
