Les budgets publics commencent à intégrer une variable longtemps ignorée. L’impact climatique et environnemental des projets gouvernementaux ne relève plus du bonus éthique, mais d’une obligation de planification. Vendredi, le ministère de la Justice et des Droits humains a lancé une formation pour que ses cadres maîtrisent cette nouvelle donne.
Le défi est d’ordre pratique. Les responsables de programmes, les financiers, les planificateurs doivent soudain évaluer chaque dépense sous un nouvel angle. Un projet qu’on aurait validé hier en fonction du seul coût et du délai d’exécution pose maintenant une question supplémentaire : quel sera son empreinte écologique ? Quel risque climatique pose-t-il ?

Cette transformation administrative ne s’improvise pas. Les cadres du ministère ont reçu une formation structurée sur les mécanismes de la budgétisation verte. Les concepts de base ont été expliqués en premier. Puis les responsables ont abordé les règles de marquage budgétaire. Ces règles permettent d’identifier et de classifier les dépenses selon leur sensibilité climatique ou environnementale.
Le travail pratique a occupé une place centrale dans l’atelier. Les formateurs, détachés des ministères de l’Environnement, des Transports et des Finances, ont montré comment encoder cette information dans la programmation budgétaire existante. Il ne s’agit pas de bouleverser les systèmes comptables, mais de les adapter progressivement pour capturer cette nouvelle réalité.
Cette démarche résulte d’une pression internationale et d’un besoin interne croissant. Le Togo s’est engagé dans les Objectifs de Développement Durable (ODD). Le changement climatique affecte déjà les secteurs vitaux. Les décideurs ont compris qu’ignorer ces paramètres dans les budgets revenait à se tirer une balle dans le pied. Un projet de transport conçu sans tenir compte de la vulnérabilité climatique peut devenir un gouffre financier en quelques années.
Selon le Secrétaire général du ministère, M. TALIM Anathère, cette formation vise à garantir « une meilleure appropriation des outils présentés et une application effective des acquis dans les pratiques administratives et budgétaires ». Le défi réside précisément dans ce passage de la théorie à la pratique quotidienne. Les cadres doivent transformer cette formation en réflexe administratif.
Le chemin ne fait que commencer. Des administrations entières doivent passer par ce processus de transition. Mais ce premier atelier constitue un point de rupture. Les budgets futurs du ministère ne seront plus les mêmes. Chaque ligne comptable devra être justifiée non seulement sur le plan financier, mais aussi sur sa compatibilité avec les enjeux climatiques et environnementaux.
