La protection des espaces naturels togolais entre dans une phase de consolidation juridique. Les députés ont adopté, le 13 août 2026, le projet de loi relatif à la création et à la gestion des aires protégées, avec l’objectif de mieux encadrer la conservation de la biodiversité, la gestion des territoires concernés et la participation des communautés riveraines.
Le texte a été examiné lors de la deuxième séance plénière de la deuxième session extraordinaire de l’année 2026, sous la présidence de Prof. Komi Selom Klassou, président de l’Assemblée nationale. Le ministre de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, Prof. Komla Dodzi Kokoroko, a également pris part aux travaux.
L’enjeu dépasse la seule conservation de la faune et de la flore. Le Togo dispose d’un réseau d’espaces protégés qui avait atteint près de 793 000 hectares à la fin des années 1980, soit environ 14 % du territoire terrestre. Une partie de ce patrimoine a depuis subi diverses pressions, tandis que les besoins de restauration et de sécurisation des espaces naturels se sont accrus.
Les données disponibles illustrent cette tension. Entre 2001 et 2025, le Togo a perdu environ 88 000 hectares de couvert arboré, selon les données de suivi forestier international. La période 2021-2025 concentre à elle seule quelque 51 000 hectares de perte de couverture dans les forêts naturelles. Dans le même temps, les pouvoirs publics poursuivent leurs efforts de restauration forestière. En 2024, plus de 9,1 millions de plants ont été mis en terre sur 11 544 hectares.
Le nouveau cadre juridique entend ainsi répondre à plusieurs impératifs. Il prévoit une meilleure organisation de la création et de la gestion des aires protégées, tout en renforçant les mécanismes de contrôle et de conservation. Le dispositif doit aussi favoriser la mobilisation de ressources, le développement de l’écotourisme et la création d’activités économiques compatibles avec la préservation des écosystèmes.
Cette orientation prolonge la mise en place de l’Office national des aires protégées (ONAP), créé par décret en octobre 2023. Cet établissement public a notamment pour mission de préserver et de valoriser la biodiversité, de maintenir les processus écologiques et de contribuer à la mobilisation des ressources nécessaires à la gestion des aires protégées.
La dimension sociale occupe également une place centrale dans le texte adopté. La gestion des espaces protégés ne peut être dissociée des populations qui vivent à proximité et dont certaines activités dépendent directement des ressources naturelles. Le projet de loi renforce donc la place des communautés riveraines et leur participation à la gestion des territoires concernés.
Pour Aklesso Atcholi, président du groupe parlementaire majoritaire Union pour la République (UNIR), le vote traduit la volonté de transformer les connaissances scientifiques sur la dégradation des écosystèmes en règles applicables. Il a qualifié l’adoption du texte d’« acte de souveraineté écologique », estimant que les forêts, parcs, réserves et zones humides constituent « un bien commun inaliénable » dont la protection relève de la responsabilité collective.
Le ministre Komla Dodzi Kokoroko a, lui, mis l’accent sur les effets attendus du nouveau dispositif. Selon lui, la loi doit donner au pays des moyens juridiques et écologiques pour mieux protéger sa biodiversité, réduire les pressions exercées sur la faune et la flore et soutenir l’objectif national d’extension de la couverture forestière. Le gouvernement, a-t-il assuré, veillera à une application « responsable et efficace » du texte.
Le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, a pour sa part insisté sur la nécessité d’associer les collectivités territoriales, les communautés locales et les organisations de la société civile à la mise en œuvre de la loi. Il a résumé cette exigence par une formule destinée à guider la gestion des espaces concernés, « protéger sans exclure, restaurer sans opposer, gérer sans déposséder ».
Le texte adopté vient ainsi compléter un dispositif qui comprend déjà des mesures de sécurisation des sites, des programmes de restauration des paysages et un organisme dédié à la gestion des aires protégées. Il devra désormais être traduit en mécanismes opérationnels sur le terrain, avec un double enjeu pour les prochaines années, préserver les écosystèmes tout en conciliant leur protection avec les besoins économiques et sociaux des populations riveraines.
