Le vaste programme de construction de 20 000 logements prévu à Kpomé-Dalavé entre dans une phase décisive. Après l’achèvement des études techniques financées avec l’appui de partenaires au développement, le projet passe désormais à l’étape de mise en œuvre, illustrant la volonté des autorités de répondre de manière structurée aux besoins croissants en habitat.
L’annonce a été faite par le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Kodjo Sévon-Tépé Adedze, à l’ouverture des BOAD Development Days. « Les études sont déjà terminées grâce à l’intervention de la Banque, et nous sommes dans la phase d’implémentation de ce projet », a-t-il déclaré devant les participants réunis autour des enjeux du financement de l’habitat dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Le projet prend forme alors que la demande en logements poursuit sa progression. Selon les données citées par le ministre, le déficit cumulé en logements décents est estimé à près de 500 000 unités. Dans le même temps, l’urbanisation avance à un rythme soutenu. Le taux d’urbanisation est ainsi passé de 37 % en 2010 à 43 % en 2022, traduisant l’évolution démographique et l’attractivité croissante des centres urbains.
Face à cette réalité, le gouvernement entend privilégier une approche globale. « Nous ne pouvons plus répondre par des solutions isolées et fragmentées. L’approche doit être globale et inclusive. Il s’agit d’envisager le logement comme une infrastructure structurante du développement », a souligné Kodjo Sévon-Tépé Adedze.
Cette vision rejoint les orientations observées dans plusieurs économies émergentes où le secteur du bâtiment joue un rôle important dans la création d’emplois, le développement des services, l’activité industrielle et la valorisation du foncier. C’est dans ce sens que le ministre a repris la célèbre formule de Martin Nadaud en déclarant que « Quand le bâtiment va, tout va ».
Par ailleurs, la réalisation du programme repose sur une mobilisation de plusieurs partenaires. La Banque africaine de développement (BAD) a soutenu les études de faisabilité à hauteur de plus de cinq millions de dollars. La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a accompagné les études techniques du site. De leur côté, Shelter Afrique et la Société financière internationale (SFI) prévoient chacune la réalisation de 3 000 logements.

Au-delà de la construction elle-même, les autorités travaillent également sur les conditions nécessaires à l’accès au logement. Un programme national de sécurisation foncière est en préparation afin de faciliter l’enregistrement des parcelles et la constitution de réserves foncières. Pour le ministre, la maîtrise du foncier demeure une condition essentielle pour développer durablement le secteur. « Si on maîtrise le foncier, on pourra avancer vers les questions de logement », a-t-il expliqué.
Cette démarche répond également aux exigences du financement immobilier moderne. Les établissements financiers accordent une attention particulière à la qualité des garanties foncières avant l’octroi de crédits hypothécaires. Afin de soutenir la demande, la Garantie de prêts au logement (GPL), lancée en 2024 par le Fonds de solidarité africain (FSA) et la Caisse régionale de refinancement hypothécaire de l’UEMOA (CRRH-UEMOA), apporte une couverture partielle du risque bancaire et facilite l’accès au financement pour les ménages.

Les échanges des BOAD Development Days ont également mis en lumière l’ampleur des besoins à l’échelle régionale. Selon les estimations évoquées lors de la rencontre, le déficit en logements dans l’espace UEMOA se situe entre 3,5 et 4 millions d’unités. Malgré cette demande élevée, les crédits consacrés à l’habitat représentent encore une faible part du portefeuille bancaire régional.
Dans ce paysage, le programme de Kpomé-Dalavé apparaît comme l’une des opérations les plus suivies du secteur résidentiel togolais. Son évolution sera observée de près par les acteurs publics, les investisseurs et les institutions financières engagés dans la recherche de solutions adaptées aux besoins croissants de logement en Afrique de l’Ouest.
