Depuis son retour à la tête des Éperviers en février 2026, Patrice Neveu s’attelle à reconstruire une sélection togolaise en quête de repères. En quelques mois, le technicien français a insufflé une nouvelle dynamique à un groupe marqué par plusieurs années d’irrégularité. Dix nouveaux joueurs ont déjà été intégrés à son projet, tandis que quatre matchs amicaux disputés face à la Guinée, au Niger, à la Centrafrique et au Bénin ont permis d’évaluer les forces en présence et de poser les bases d’une nouvelle identité de jeu. Aux côtés de cadres expérimentés comme Djené Dakonam, Kevin Denkey et Kodjo Laba, de jeunes talents tels qu’Idjessi Metsoko (21 ans), Yannis Lawson (20 ans) et Faad Sana (22 ans) commencent à prendre de l’épaisseur au sein du groupe. Le sélectionneur a également ouvert la porte aux joueurs évoluant dans le championnat national. Révélation de la saison, Bastou Djibril a ainsi rejoint les convocations du mois de juin, tandis que plusieurs autres joueurs locaux ont été observés de près.
À 72 ans, fort de son expérience sur les bancs du Niger, de la Mauritanie, du Gabon et du Togo, Patrice Neveu avance avec méthode. Pas de promesses tapageuses ni d’effets d’annonce. Le Français privilégie le travail, la rigueur et la construction progressive d’un collectif capable de retrouver son ambition. Alors que les Éperviers préparent les prochaines échéances des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, le rendez-vous de septembre face au Burundi apparaît déjà comme un test important. Invité de l’émission Samedi Sport, animée par le journaliste Franck Nunyama sur Sport FM, le sélectionneur est revenu sur le chantier qu’il mène actuellement à la tête de la sélection nationale.
Journaliste : Qu’avez-vous eu à faire avec les Éperviers, quand on sait que c’est une sélection qui avait perdu toute confiance et qui était en plein doute ?
Patrice Neveu : Il a fallu d’abord, comment dirais-je… effacer dans les actes. J’ai beaucoup échangé avec les joueurs pour leur préciser mon projet et afin de donner une identité de jeu à l’équipe. Par ailleurs, il a fallu casser quelques croyances qui faisaient obstacle à la sélection, c’est-à-dire renverser les perceptions négatives.
Je dirais par exemple qu’il se disait souvent que, en début comme en fin de match, l’équipe ne marquait pas beaucoup de buts, qu’elle n’était plus compétitive, et beaucoup d’autres choses. Donc, il a fallu redonner du dynamisme collectif.
En commençant par des échanges individuels, en proposant des exercices à l’entraînement et en faisant preuve de rigueur. C’est assez facile à dire verbalement. Après, c’est par des actes, dans mes décisions et dans mes orientations.m
Alors, quelle est la vision de jeu que vous apportez par rapport à l’effectif dont vous disposez ? 4-4-2, 3-5-2, 4-3-3, 4-2-3-1… Qu’est-ce que vous préférez ?
La préférence, c’est l’organisation qui va m’amener à obtenir des résultats. Cette organisation peut donc évoluer en fonction de l’adversaire.
Nous avons joué certains matchs en 4-1-4-1, d’autres en 3-5-2 et, plus récemment, en 4-2-3-1. Bien sûr, une orientation se dégage pour le match contre le Burundi. Mais je n’en dirai pas davantage, car tout dépendra des joueurs dont je disposerai pour les rencontres de septembre.
Je ne peux pas m’enfermer dans un système précis. Ce qui compte, c’est de mettre en place l’organisation la plus efficace pour aller chercher un résultat.
Vous avez pu voir des locaux au cours de cette fenêtre FIFA, notamment Djibril Bastou et Arnaud Komlanvi. Est-ce qu’ils ont montré de bonnes choses ? Est-ce qu’ils vous ont donné ce que vous vouliez ?
J’ai vu d’autres joueurs locaux également à l’entraînement, notamment le gardien.
Oui, ils ont montré de bonnes choses lors du dernier match contre le Bénin. Maintenant, le championnat est terminé, même si certains clubs seront engagés en Ligue des champions africaine et en Coupe de la CAF.
Pour l’instant, je ne fais pas la chasse et je n’ai rien à démontrer. Je travaillerai en fonction de ce que je souhaite mettre en place.
Pour moi, l’essentiel en septembre sera de prendre des points contre le Burundi. Concernant les joueurs locaux, s’il y en a, ce sera une bonne chose. Et bien sûr qu’il doit y en avoir.
S’il n’y en a pas, c’est simplement que je prendrai les décisions qui me sembleront les meilleures pour le bien du collectif.
Alors, pour Patrice Neveu, Djéné Dakonam est mieux en défense que dans l’axe ?
Djéné Dakonam est un joueur de qualité et de niveau international. Par rapport à mes besoins aujourd’hui dans l’équipe et par rapport à l’effectif que j’ai, il est plus utile au milieu. Oui, il m’a apporté énormément au milieu parce qu’il a une grande expérience, un grand sens tactique, et il est capable de gérer, de donner le tempo à l’équipe.
Bon, après, c’est vrai qu’il a fini la saison logiquement très éprouvé, avec une saison pleine dans son club. Pour moi, pour l’instant, je dirais oui : on le verra devant la défense.
Est-ce que je vais dire les choses avant ? Non, parce qu’il y a une longue période de transfert et on ne sait jamais. Il ne faut jamais affirmer les choses avant d’avoir complètement validé sa sélection. Donc tout dépendra des joueurs que je vais avoir à ma disposition, parce que ça peut varier : il peut y avoir des blessures, il peut y avoir des absents. Il ne faut jamais s’avancer avant d’avoir, comme je disais, validé sa sélection.
Que dites-vous de l’association Laba Fodoh et Kevin Denkey ?
Votre question est très piégeuse. Ce sont deux buteurs, deux joueurs qui ont l’habitude, je dirais, de faire valoir leur potentiel de finisseurs. Après, pour leur association, ce sont deux coéquipiers dans le collectif togolais, et voilà. Le reste, je n’ai aucune obligation d’association ou quoi que ce soit. J’ai ma vision, avec beaucoup de recul. Et chacun a le droit de formuler ce qu’il ressent et ce qu’il perçoit. Moi, j’ai ma perception à moi : ce sont des joueurs de grande valeur. Après, les choix sont faits en conséquence, encore une fois, par rapport au rendement à l’entraînement. Donc, encore une fois, je n’aai aucune obligation, je dirais, de mettre tel ou tel joueur.
Ça fait 3 à 4 mois que vous êtes arrivé au Togo. Est-ce que vous avez ce que vous voulez ? Avez-vous déjà des regrets quelque part ? Est-ce que vous vous sentez bien ?
Moi, je me sens très bien. Et avant de signer mon contrat, je connaissais l’ampleur de ma mission. Je pense qu’à ma signature, lorsque je suis arrivé, l’équipe était en difficulté. Le peuple était déçu. Et nous commençons, je pense, à regagner sa confiance. Ça, c’est le plus important. Maintenant, ça passe par un grand travail, je dirais invisible, que je fais tous les jours puisque je réside au Togo.
Moi, je suis très bien. C’est une mission, bien sûr, exaltante pour moi et qui me plaît beaucoup. Et puis, bien sûr, c’est encore plus fort quand tu sais que tu peux apporter beaucoup de bonheur à tout un peuple.
J’avance et j’ai le soutien, je dirais, de mon ministère et de ma fédération.
Alors, vous avez dit que vous alliez parler avec d’autres joueurs, des binationaux certainement. Alors, qui sont-ils ? Vous avez déjà des noms en tête ?
Bien sûr, j’ai ma liste que je ne communiquerai pas. Je vous remercie de me donner la possibilité de m’exprimer sur votre antenne. Je vous remercie parce que c’est important aussi qu’il y ait une communication claire avec le peuple. Ça, c’est très, très important.
Et pour l’instant, je vais remettre à mes tutelles la liste des joueurs que je souhaite rencontrer pour échanger, pour avoir des réponses très précises de leur part. Et à partir de là, les intégrer ou pas dans l’effectif.
Mais je pense aussi qu’il faut faire preuve un peu de volontarisme et de courage. Pourquoi il est important de porter le maillot togolais ? Pourquoi il est important de défendre ? Après, chacun a le droit, bien sûr, de se positionner. Mais je ne laisserai pas la place aux interrogations. Ce temps-là est fini. Il m’appartient de le faire. Je vais le faire, comme certaines choses que je suis en train de changer. Je sais que, par moments, ma manière peut parfois déranger, mais je sais que pour réussir, il faut passer par là.
Je pense très sincèrement que vous êtes journaliste. C’est bien d’essayer de prendre des informations. Certains joueurs, vous les avez croisés sans doute cet été. Vous allez les croiser, donc, un bon nombre.
Étiez-vous sûr de battre le Bénin avec un tel score, 5-1 ? Ça fait très longtemps que le Togo n’a plus marqué 5 buts dans un match. Depuis 10 ans. La dernière fois, c’était face à Djibouti en septembre 2016. Étiez-vous sûr de battre les Guépards ? Qu’est-ce que ça vous a fait ?
« Non, absolument pas sûr. On a préparé… On s’est servi du match contre la Centrafrique, comment dirais-je, puisqu’il n’avait pas bien fonctionné, je dirais, pour le corriger rapidement.
Lors des 3 entraînements qu’on a pu avoir, on a vu d’ailleurs une équipe qui avait beaucoup plus de qualités techniques dans ses centres, dans son positionnement offensif.
Après, lorsque vous rencontrez le Bénin ou une autre équipe, on n’est jamais sûr du résultat à l’avance. C’est vrai qu’on a pris le premier but rapidement. On n’a pas fait une mauvaise entrée de match. Mais après, je dirais que le collectif s’est mis en route et, pour le coup, offensivement, a démontré et montré une certaine valeur.
Propos recueillis sur Sport FM
