Réuni en Conseil des ministres ce mercredi 8 juillet sous la présidence du Président du Conseil, Faure Éssozimna Gnassingbé, le gouvernement a lancé le processus de renouvellement des équipes dirigeantes du Conseil national de la jeunesse (CNJ). Cette ouverture intervient après plusieurs années d’attente, durant lesquelles des obstacles institutionnels ont retardé les élections de la structure la plus représentative des jeunes Togolais.
Créé en 2008, le CNJ réunit des jeunes de divers milieux sociaux et régions. Sa mission demeure double : encourager les jeunes à participer au développement économique et social du pays, et stimuler leur engagement citoyen dans les débats publics et la vie communautaire.
Les obstacles qui ont différé le renouvellement n’étaient pas inattendus. Depuis 2008, le gouvernement togolais a réorganisé plusieurs secteurs, notamment celui de la jeunesse, des sports et de la participation civique. Des réformes structurelles ont modifié les relations entre ministères et organismes publics. Parallèlement, la décentralisation administrative a progressé, transférant des pouvoirs vers les collectivités locales. Ces transformations ont posé des questions sur la composition et la légitimité du CNJ, retardant les scrutins.
Aujourd’hui, le gouvernement reconnaît qu’il est temps d’avancer. Une équipe dirigeante arrivée au terme de son mandat demande un renouvellement, et les réformes institutionnelles se sont stabilisées. Un comité ad hoc pilotera le processus électoral, assurant que le renouvellement soit transparent et représentatif des jeunes togolais actuels.
Le moment revêt une importance particulière. La moyenne d’âge des Togolais demeure très basse, avec plus de la moitié de la population au-dessous de 20 ans. Un Conseil de la jeunesse actif offre un espace où ces millions de jeunes peuvent exprimer leurs aspirations, proposer des solutions aux défis qui les touchent et s’impliquer dans les politiques les concernant.
Les enjeux prioritaires pour les jeunes togolais reflètent ceux de l’Afrique. L’accès à l’emploi reste le plus urgent. Des millions de jeunes sortent chaque année de l’école sans perspective de travail décent. L’entrepreneuriat offre une voie, mais les jeunes manquent de capital initial et de mentorship. Un CNJ renouvellement peut plaider pour que les banques faciliten l’accès crédit aux jeunes entrepreneurs, que les administrations simplifient l’enregistrement des entreprises, et que les formations professionnelles s’adaptent aux secteurs porteurs.
L’éducation technologique constitue un second enjeu. Les économies africaines se numérisent rapamment. Les emplois futurs exigent des compétences en programmation, gestion de données et conception numérique. Le CNJ peut préconiser que les écoles intègrent ces savoirs dès le secondaire, plutôt que de reléguer l’informatique aux cursus universitaires.
Un troisième enjeu touche à la santé et au bien-être psychique. Les fermetures d’écoles durant les crises sanitaires ont laissé des traces d’isolement et d’anxiété chez les jeunes. La prévention du suicide, la sensibilisation sur la santé mentale et l’accès à des services psychologiques abordables devraient mobiliser le CNJ renouvelé.
Le renouvellement du CNJ peut également revitaliser la participation civique. Trop souvent, les jeunes ressentent une distance vis-à-vis des institutions gouvernementales. Un Conseil actif et crédible, avec des jeunes élus de manière démocratique, réduit cette distance. Les jeunes qui siègent au CNJ rendent compte à leurs pairs, écoutent leurs griefs et portent leurs voix au ministère délégué chargé de la jeunesse.
Le gouvernement togolais reconnaît aussi que les jeunes constitueront la majorité des électeurs dans les décennies à venir. Un CNJ vigoureux est un investissement politique. Les jeunes qui se sentent écoutés et impliqués tendent à participer davantage aux scrutins, à soutenir les politiques cohérentes et à construire un engagement civique durable.
Le comité ad hoc en charge du processus aura une responsabilité majeure. Il devra assurer que les élections au CNJ atteignent les jeunes en zones rurales, pas seulement les urban es. Il devra veiller à l’équilibre entre jeunes hommes et femmes, reconnaissance que les défis ne s’adressent pas qu’aux garçons. Il devra encourager les candidatures de jeunes issus de milieux modestes, pour qu’aucune dynamique d’élites n’émerge.
