Depuis plus de trois décennies, le Professeur MOHOU Messanh Agbéko contribue à façonner l’enseignement et la recherche en physique au Togo. Spécialiste des semi-conducteurs et de l’optoélectronique, il a formé plusieurs générations d’étudiants et accompagné le développement de la recherche scientifique à l’Université de Lomé (UL). Ce mercredi 15 juillet, l’institution, à travers le Laboratoire de physique des matériaux et des composants à semiconducteurs lui a rendu hommage à l’ouverture d’un colloque scientifique international consacré aux dernières avancées en physique des matériaux, aux innovations technologiques et aux défis environnementaux.

L’émotion était perceptible dès les premiers instants de la cérémonie. Visiblement touché par la mobilisation de ses collègues, anciens étudiants et partenaires scientifiques, le professeur a exprimé sa gratitude. « La première sensation, c’est la joie. Je ne m’attendais pas à voir autant de personnes réunies. J’éprouve un profond sentiment de gratitude et de reconnaissance », a-t-il déclaré.
Cette reconnaissance vient saluer un parcours marqué par un engagement constant en faveur de la transmission des connaissances. Pour l’universitaire, la recherche et l’enseignement sont indissociables. Il considère que les découvertes scientifiques n’ont de véritable portée que lorsqu’elles nourrissent la formation des générations futures.

Pendant trois jours, le colloque réunira chercheurs, enseignants et étudiants venus de plusieurs pays autour du Laboratoire de Physique des Matériaux et des Composants à Semi-conducteurs (LPMCS), qu’il a dirigé durant plusieurs années. Les échanges porteront sur les matériaux innovants, les énergies renouvelables, l’optoélectronique, le stockage de l’énergie, les dispositifs photovoltaïques et les solutions scientifiques face aux défis environnementaux.

Au cours de son intervention, le Professeur MOHOU Messanh Agbéko est revenu sur les principales réalisations de sa carrière. Il a rappelé que le laboratoire a formé plusieurs docteurs, accompagné de nombreux étudiants en master et publié plus d’une centaine d’articles scientifiques dans des revues spécialisées.
Mais au-delà de ces résultats, il voit dans la réussite de ses anciens étudiants sa plus grande satisfaction.
« Aujourd’hui, certains de mes assistants sont devenus maîtres de conférences et d’autres professeurs titulaires. C’est sans doute la plus belle récompense qu’un enseignant puisse recevoir », a-t-il confié.

Sous son impulsion, le laboratoire a développé un réseau de collaborations avec plusieurs institutions de référence, notamment l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le Centre international de physique théorique Abdus Salam (ICTP), en Italie, ainsi que le Programme international pour les sciences fondamentales (International Science Programme – ISP) de l’Université d’Uppsala, en Suède. Des partenariats ont également été noués avec plusieurs universités et centres de recherche en Afrique de l’Ouest, renforçant la visibilité internationale du laboratoire.
L’une des marques de son enseignement réside dans la place accordée à l’esprit critique. Pour lui, enseigner la physique ne consiste pas uniquement à transmettre des théories ou des équations, mais à apprendre aux étudiants à questionner les évidences, à analyser les phénomènes avec rigueur et à développer une véritable démarche scientifique.

Cette philosophie a profondément marqué plusieurs générations de chercheurs.Le Professeur Dzagli Milohum, aujourd’hui Professeur titulaire, a livré un témoignage empreint de reconnaissance. Ancien étudiant du professeur Mohou, il a rappelé combien les exigences de son maître ont contribué à sa formation. « Vous nous avez appris bien plus que la physique. Vous nous avez transmis une manière de penser et une exigence intellectuelle qui nous accompagnent encore aujourd’hui », a-t-il affirmé.
Les différents témoignages ont également mis en avant la dimension humaine de son enseignement. Ses collègues comme ses anciens étudiants ont salué un universitaire attentif, soucieux d’accompagner chaque apprenant dans son parcours académique et personnel.
Au fil des années, les travaux du LPMCS se sont progressivement orientés vers des problématiques directement liées au développement du Togo. Les équipes du laboratoire mènent notamment des recherches sur la détection des gaz polluants dans l’atmosphère, le suivi de la qualité de l’air dans les zones industrielles et minières, ainsi que l’évaluation des impacts environnementaux liés à certaines activités économiques.

Les chercheurs développent également des méthodes destinées à détecter la présence d’herbicides et de pesticides dans les denrées alimentaires et les boissons. D’autres travaux concernent la surveillance de la qualité de l’eau dans les zones minières ainsi que l’évaluation de l’état sanitaire de cultures telles que le manioc, le maïs et le haricot.
Interrogé sur l’apport de ces recherches, le professeur a rappelé que la science devait répondre aux préoccupations de la société. « Nous travaillons sur la pollution atmosphérique, les zones minières, la santé des plantes, la détection des pesticides dans les aliments ainsi que sur la qualité de l’eau. Ce sont quelques-unes de nos contributions au développement du Togo », a-t-il expliqué.
L’universitaire a également livré sa vision de la transmission du savoir. « Si je devais résumer toutes ces années en une seule leçon, je dirais que la science n’a de sens que lorsqu’elle se transmet. Un chercheur qui travaille uniquement pour lui-même n’a parcouru qu’une partie du chemin. »

Il a ensuite salué le soutien de sa famille, qu’il considère comme un pilier essentiel de son parcours professionnel, avant d’exprimer sa reconnaissance envers ses collègues du département de physique et de la Faculté des sciences, avec lesquels il dit avoir partagé plusieurs décennies d’enseignement, de recherche et de réflexion académique.
Le Ministre délégué auprès du ministre de l’éducation nationale, chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Professeur Gado Tchangbedji, empêché, a adressé un message dans lequel il a souligné que le véritable héritage d’un universitaire réside dans son engagement en faveur du savoir, de la recherche et de la formation de la jeunesse. Il a souhaité que cet hommage inspire les jeunes enseignants-chercheurs à poursuivre cette même quête d’excellence scientifique.
En s’adressant à la nouvelle génération, le Professeur Mohou Messanh Agbéko a lancé un dernier appel. « Restez curieux, restez rigoureux et n’oubliez jamais que derrière chaque équation, il y a un monde à comprendre, et derrière chaque étudiant, une personne à faire grandir. »

Il a enfin tenu à préciser que son départ des fonctions universitaires ne marquait pas la fin de son engagement scientifique. « Ce n’est pas un adieu à la physique. Cette passion ne prend jamais sa retraite. C’est simplement une nouvelle étape de mon parcours. »
Organisé en format hybride, le colloque réunit des participants présents à Lomé et d’autres connectés par visioconférence. Les communications scientifiques abordent aussi bien la modélisation des matériaux que leurs applications industrielles, les technologies photovoltaïques, la transition énergétique et les défis environnementaux.
Au-delà de l’hommage rendu à l’un de ses plus éminents enseignants-chercheurs, cette rencontre met en lumière le rôle du Laboratoire de Physique des Matériaux et des Composants à Semi-conducteurs dans le développement de la recherche scientifique au Togo. À travers ses travaux, ses équipements renforcés et ses collaborations internationales, le laboratoire poursuit son engagement en faveur d’une recherche tournée vers les besoins de la société et la formation de la relève scientifique.
Le colloque international se poursuivra jusqu’au vendredi 17 juillet 2024
