Le 17 août 2026, l’État togolais achèvera le remboursement de son premier Sukuk souverain, avec le versement d’une dernière échéance de 10,957 milliards de FCFA. Cette opération met un terme à une émission réalisée en 2016, qui avait permis au pays de mobiliser 150 milliards de FCFA sur le marché financier régional grâce à un instrument conforme aux principes de la finance islamique.
Début juillet, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a annoncé que le titre « Sukuk État du Togo 6,5 % 2016-2026 » serait suspendu de la cotation à compter du 14 août 2026, en prélude à son remboursement définitif. Sur l’ensemble de sa durée de vie, cette émission aura donné lieu à plus de 226 milliards de FCFA de remboursements de capital et de profits distribués aux investisseurs, conformément au calendrier prévu.
Au moment de son lancement, entre le 20 juillet et le 10 août 2016, cette opération figurait parmi les premières émissions souveraines de Sukuk dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Structurée autour d’un Fonds commun de titrisation de créances (FCTC), elle a permis l’émission de 15 millions de titres d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacun, assortis d’une marge de profit annuelle de 6,5 %.
Contrairement aux obligations classiques, le Sukuk repose sur un mécanisme adossé à des actifs. Dans le cas togolais, l’opération a été structurée sous la forme d’un Sukuk Ijara. Le FCTC acquiert des droits liés à des actifs identifiés, puis les met à la disposition de l’État dans le cadre de contrats de location. Les revenus issus de ces contrats servent à rémunérer les détenteurs des titres, selon un schéma conforme aux principes de la finance islamique.
Les ressources mobilisées ont contribué au financement de projets d’infrastructures ainsi qu’à des investissements économiques et sociaux inscrits dans les priorités de l’État.
Depuis 2014, le recours aux Sukuk souverains demeure limité au sein de l’UEMOA. Quelques États, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo et plus récemment le Bénin, ont choisi cet instrument afin de diversifier leurs sources de financement. À l’échelle mondiale, la finance islamique représente désormais plusieurs milliers de milliards de dollars d’actifs et poursuit son développement dans de nombreuses régions.
Durant les dix années de vie de cette émission, les échéances ont été honorées selon le calendrier établi. En février 2020, l’État a procédé au remboursement de 15,570 milliards de FCFA. Une échéance de 13,443 milliards de FCFA est intervenue en février 2023, suivie d’un versement de 13,049 milliards de FCFA en août de la même année. En août 2025, un nouveau paiement de 12,121 milliards de FCFA a été effectué avant le règlement final prévu le 17 août 2026.
Cette régularité a permis au Togo de clôturer son premier Sukuk sans incident de remboursement connu, dans un environnement économique pourtant marqué par plusieurs chocs au cours de la dernière décennie. La pandémie de Covid-19, les tensions sur les marchés des matières premières et l’évolution des conditions financières internationales ont modifié le contexte dans lequel les États ont dû gérer leur dette.
L’achèvement de cette émission constitue désormais une référence dans l’historique des opérations de financement du pays sur le marché financier régional. Il témoigne également de la diversification progressive des instruments mobilisés par le Togo pour financer ses investissements publics.
Au-delà de son aspect financier, cette opération illustre l’intégration progressive des mécanismes de la finance islamique dans les stratégies de mobilisation des ressources au sein de l’UEMOA. Dix ans après son lancement, le premier Sukuk souverain du Togo arrive à son terme, ouvrant la voie à de futures émissions qui pourraient, le moment venu, compléter les instruments classiques de financement de l’État.
