À quelques jours du Grand Magal de Touba, Ousmane Sonko a choisi la cité religieuse pour illustrer sa vision du développement du Sénégal. En visite de courtoisie ce jeudi 30 juillet auprès du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, le président de l’Assemblée nationale a fait du modèle économique légué par Cheikh Ahmadou Bamba un exemple de la doctrine souverainiste défendue par le parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).
Au cours de l’entretien, Ousmane Sonko a expliqué que la souveraineté ne se résume pas à un repli sur soi. Selon lui, elle repose avant tout sur la capacité d’un pays à mobiliser ses propres ressources afin de financer son développement et de réduire sa dépendance à l’égard des partenaires extérieurs.
« La souveraineté ne signifie pas l’autarcie ou le fait de compter uniquement sur soi-même, mais plutôt la capacité d’un peuple à mobiliser ses propres ressources pour financer son développement, sans dépendre excessivement des financements extérieurs », a-t-il déclaré. Il a ajouté que ces financements sont souvent assortis de conditions qui ne coïncident pas toujours avec les priorités nationales.
Pour illustrer son propos, le président de l’Assemblée nationale est revenu sur les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie mouride. Il a rappelé que, lors du lancement de la construction de la Grande Mosquée de Touba en 1926, le guide religieux avait demandé à chaque disciple de contribuer à hauteur de 140 francs, alors que l’administration coloniale était disposée à financer l’ouvrage. À ses yeux, cette décision demeure l’une des expressions les plus fortes de l’autonomie financière et de la responsabilité collective.
Ousmane Sonko a également repris les paroles attribuées au guide religieux lors de la construction de la mosquée de Diourbel. « Aimer le travail car il procure l’indépendance et la dignité. Financez vous-mêmes vos projets parce que les financements externes sont toujours conditionnés et ceux qui vous conditionneraient pourraient ne pas avoir les mêmes objectifs que vous. »
Selon lui, cette philosophie a contribué au développement de Touba, devenue au fil des décennies l’un des principaux pôles économiques du Sénégal et la commune la plus peuplée du pays. Il a cité les travaux de rénovation de la Grande Mosquée de Touba, actuellement conduits sous l’autorité du Khalife général grâce aux contributions des fidèles, comme une illustration de cette capacité de mobilisation interne.
Le président de l’Assemblée nationale a également établi un lien entre cette approche et les défis économiques du Sénégal. Il a estimé qu’une meilleure mobilisation des recettes nationales et une gestion plus efficace des ressources publiques permettraient de financer davantage d’infrastructures, de services essentiels et de projets d’assainissement, tout en limitant le recours à l’endettement.
Cette visite intervient en prélude au Grand Magal de Touba, célébration annuelle qui commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba. Chaque année, ce rassemblement réunit plusieurs millions de fidèles venus du Sénégal et de la diaspora. Au-delà de sa portée spirituelle, l’événement constitue un moment d’échanges entre les autorités publiques et les principales confréries religieuses du pays.
En plaçant l’héritage économique de Serigne Touba au cœur de son intervention, Ousmane Sonko a inscrit son discours dans une réflexion plus large sur le financement du développement. Il a présenté la mobilisation des ressources nationales, la valorisation du travail et l’autonomie financière comme des principes susceptibles d’inspirer la politique économique défendue par Pastef.
