Les 21 coups de salve ont donné le ton, samedi 8 août, à Atakpamé. Au son du tam-tam Atoupani, la ville a accueilli l’apothéose de la 53ᵉ édition d’Odon-Itsu, la fête des ignames du Grand Ogou. Autour des rites consacrés à la terre et aux prémices de la récolte, les communautés de l’Ogou, d’Anié et de l’Est-Mono se sont retrouvées pour un rendez-vous où agriculture, spiritualité et transmission culturelle restent étroitement liées.
Le Lycée d’Atakpamé a servi de cadre aux principales cérémonies. Des natifs du Grand Ogou, venus de différentes localités du pays et de l’étranger, ont rejoint la ville des Sept Collines pour cette célébration placée sous le haut patronage de Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil de la République togolaise.

La cérémonie a réuni plusieurs représentants de l’État, dont Isaac Tchiakpe, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, ainsi que Yawa Ahofa Kouigan, ministre de la Communication. Le Général Dadja Maganawé, gouverneur de la région des Plateaux, figurait également parmi les personnalités présentes, aux côtés des autorités administratives, politiques, militaires et traditionnelles. Des délégations venues du Bénin et du Nigeria ont aussi pris part aux festivités.

Au centre de la journée, les rites ont rappelé la place particulière accordée à l’igname dans la culture du Grand Ogou. La libation a précédé l’invocation des ancêtres. Les prémices de la récolte ont ensuite été présentées avant la dégustation de la nouvelle igname. Ces gestes donnent à la fête une portée qui dépasse la seule célébration agricole. Ils établissent un lien entre la récolte, la terre et la mémoire collective.
Odon-Itsu est ainsi liée au cycle agricole. Chez les Ifè, le rituel marque traditionnellement le moment où la nouvelle igname peut être consommée après sa présentation aux divinités et aux mânes des ancêtres. Le nom même de la fête renvoie à cette relation avec la terre nourricière. Les traditions locales associent « Odon » à la fête et « Tsu » à la puissance liée à la terre et à la croissance des cultures.
La célébration actuelle s’appuie sur une histoire déjà longue. Les premières éditions organisées sous la forme moderne de la fête remontent à 1973, alors qu’Ogou était encore désigné comme la circonscription d’Atakpamé. L’édition de 2023 avait marqué le cinquantenaire. Deux ans plus tard, la 52ᵉ édition s’était tenue en 2025. La célébration de 2026 porte donc le nombre des éditions à 53.

Au fil des années, Odon-Itsu a conservé sa dimension rituelle tout en devenant un espace de retrouvailles pour les communautés du Grand Ogou. Chants, danses traditionnelles, manifestations culturelles et rencontres entre ressortissants de l’Ogou, d’Anié et de l’Est-Mono accompagnent les cérémonies. En 2022, les organisateurs avaient notamment rappelé que les rites liés à la consommation de la nouvelle igname se déroulaient dans plusieurs lieux sacrés de la région.
Cette dimension territoriale explique aussi la présence de délégations étrangères. Les liens historiques et culturels qui unissent les communautés de cette partie du Togo à celles du Bénin et du Nigeria trouvent dans la fête un espace de rencontre. La cérémonie de 2026 a ainsi réuni, autour des rites de la nouvelle récolte, des représentants de plusieurs horizons.

Pour les autorités culturelles togolaises, ce type de patrimoine constitue aussi un élément du paysage culturel national. Le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts dispose notamment d’une direction chargée du patrimoine culturel, dont les missions comprennent la sauvegarde et la revalorisation des us et coutumes ainsi que la protection du patrimoine culturel immatériel.
À Atakpamé, les gestes accomplis samedi ont donc renoué avec une pratique ancienne sans se limiter à la reproduction d’un rituel. La libation, la présentation des prémices et la dégustation de l’igname ont replacé la terre au centre de la célébration. Les retrouvailles des communautés ont, elles, prolongé cette mémoire dans le présent.

Au terme de la cérémonie, l’igname nouvelle a été consommée après l’accomplissement des rites. Une fois encore, Odon-Itsu aura réuni autour d’un même calendrier agricole ceux qui voient dans cette fête à la fois un héritage familial, un repère culturel et un moment de rassemblement du Grand Ogou.
