Le cycle de la 363ᵉ édition d’Épé-Ekpé a débuté vendredi 7 août à Aného avec « Situtu Na Bosro Mafli », l’un des rites préparatoires du Nouvel An traditionnel du peuple Guin. La cérémonie a réuni prêtres traditionnels, gardiens des coutumes, autorités locales et membres de la communauté autour de pratiques de purification, de réconciliation et de bénédiction. Le rendez-vous intervient quelques mois après l’inscription d’Ekpesoso sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
À Fantékomé, à Aného, les gestes rituels ont donné le ton d’un cycle qui doit conduire, le 3 septembre prochain, à la prise de la pierre sacrée Kpessosso à Glidji-Kpodji. Entre ces deux dates, plusieurs cérémonies jalonneront le calendrier traditionnel. Chacune répond à une fonction précise dans la préparation spirituelle des prêtres et des adeptes, mais aussi dans la vie collective du pays Guin.
« Situtu Na Bosro Mafli » occupe ainsi une place particulière. Le rituel associe invocation des divinités, purification et recherche de paix. Il comprend notamment l’appel aux 41 divinités de la cosmologie Guin. Une eau sacrée, appelée « Tchèssi », est préparée par un collège de prêtres traditionnels. Sa composition repose sur des eaux recueillies lors de la première pluie de l’année ainsi que dans plusieurs fleuves, lacs et lagunes. Cette eau est ensuite utilisée pour l’aspersion des participants.
Le rite prépare aussi les prêtres et les adeptes « Gêyehoe » au pèlerinage annuel vers Avé-Gbatso, considéré dans la tradition Guin comme un sanctuaire des divinités. La cérémonie relie ainsi plusieurs lieux et plusieurs séquences du calendrier rituel, dans une organisation où les pratiques spirituelles restent étroitement liées à la mémoire collective.
La dimension communautaire occupe une place centrale dans cette séquence. Les dignitaires coutumiers ont invoqué les ancêtres et formulé des vœux de paix, de santé, de prospérité et de développement pour la nouvelle année. La réconciliation figure également parmi les objectifs associés au rite. Elle donne à la cérémonie une portée qui dépasse la seule dimension religieuse et touche aux relations entre les membres de la communauté.
Cette référence à l’unité prend une résonance particulière dans le discours des autorités coutumières. Le prince Kpondozoumé Lawson-Savado, représentant du trône de Lolan, a appelé les habitants à cultiver « la fraternité, l’union et la solidarité » afin de renforcer la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Le calendrier de cette 363ᵉ édition conduira ensuite les communautés Guin vers Glidji-Kpodji, où la prise de la pierre sacrée est prévue le 3 septembre. Cette cérémonie constitue le moment central du cycle d’Épé-Ekpé et marque l’entrée dans une nouvelle année selon le calendrier traditionnel Guin.
L’édition 2026 intervient dans un environnement culturel différent de celui des années précédentes. En décembre 2025, « La prise de la pierre sacrée ou les rites du nouvel an en pays Guin au Togo », connue sous le nom d’Ekpesoso, a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). La décision a été adoptée le 11 décembre 2025 à New Delhi, lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Ekpesoso est devenu le troisième élément togolais inscrit sur cette liste, après le Gèlèdè et la Maïeutique.
Cette reconnaissance internationale porte sur la prise de la pierre sacrée et les rites qui composent le Nouvel An Guin. Elle met donc en lumière un ensemble de pratiques dont « Situtu Na Bosro Mafli » constitue l’une des séquences préparatoires. Le cycle ne se réduit pas à la cérémonie de Glidji. Il repose sur une succession de rites, de déplacements, de prières et de prescriptions qui assurent la continuité de la tradition.
Le calendrier publié pour l’édition 2026 prévoit ainsi plusieurs rendez-vous avant et après la prise de la pierre sacrée. La cérémonie du 3 septembre constituera le point central du cycle, avant la poursuite des festivités et des pratiques traditionnelles dans les semaines suivantes.
L’histoire d’Épé-Ekpé s’enracine dans l’espace culturel Guin-Mina du littoral togolais. Aného et Glidji occupent une place particulière dans cet ensemble. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) décrit Glidji comme l’un des principaux centres spirituels des Guin et relève le lien étroit entre les rites, les cours d’eau, la lagune, la mer et les autres éléments du milieu naturel.
Avec « Situtu Na Bosro Mafli », la 363ᵉ édition a donc commencé par un rite consacré à la purification, à la réconciliation et à la préparation spirituelle. La prochaine séquence conduira les communautés vers Glidji-Kpodji, où la pierre sacrée doit être prise le 3 septembre. Entre Aného et Glidji, le calendrier d’Épé-Ekpé déroule ainsi un patrimoine transmis de génération en génération, dont la reconnaissance internationale récente place désormais la préservation et la transmission au cœur des regards portés sur ces pratiques.
