La sortie de la deuxième promotion de l’École Nationale des Sous-Officiers de Témédja (ENSO-T) traduit moins l’achèvement d’un cycle scolaire que l’entrée de nouveaux cadres dans la chaîne opérationnelle des Forces Armées Togolaises (FAT). Réunis sur le site militaire de Tchawaré, les jeunes sous-officiers ont reçu leurs épaulettes après plusieurs mois de formation militaire, physique, technique et morale. La cérémonie a aussi vu la transmission du drapeau de l’école à la troisième promotion, appelée à poursuivre le même parcours.

Présidée par le Colonel Manzama-Esso Kilimou, Chef d’État-Major de l’Armée de Terre, représentant le Général de Brigade, Chef d’État-Major Général des Forces Armées Togolaises, la cérémonie a placé la question de la relève au cœur des échanges. Le sous-officier occupe une position particulière dans une armée. Entre le commandement et les soldats, il constitue un échelon de proximité qui assure la mise en œuvre des ordres, l’encadrement des hommes et le suivi quotidien des unités.
Cette fonction prend une portée particulière dans les zones où les forces togolaises sont confrontées à des menaces liées au terrorisme et à la criminalité transfrontalière. Depuis 2018, l’opération Koundjoaré mobilise des unités dans le nord du pays face aux incursions de groupes armés. Les autorités togolaises ont aussi renforcé les dispositifs de résilience des communautés exposées aux risques sécuritaires dans les régions septentrionales.

La pression exercée sur les forces de défense ne concerne donc plus seulement leur capacité de projection. Elle touche aussi leur aptitude à décider rapidement, à apprécier une situation sur le terrain et à conserver une chaîne de commandement efficace dans des environnements où les menaces peuvent évoluer rapidement. Le Royaume-Uni considère d’ailleurs le nord du Togo, notamment les zones proches de la frontière avec le Burkina Faso, comme exposé à une menace terroriste liée notamment au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).

C’est dans cette réalité que prend place le message adressé aux nouveaux promus par le Colonel Kilimou. Le Chef d’État-Major de l’Armée de Terre les a invités à ne pas considérer leur sortie comme la fin de leur apprentissage. « Continuez l’apprentissage, dépassez vos limites et portez haut la devise de votre école, “Rigueur et Excellence” », leur a-t-il déclaré.
Le propos renvoie à une exigence propre aux carrières militaires. La formation initiale constitue une base. L’expérience acquise dans les unités, les exercices, les missions et les responsabilités successives doit ensuite compléter les connaissances reçues à l’école. Le nouveau sous-officier est appelé à exercer son autorité avec discernement, à encadrer ses hommes et à prendre des initiatives dans le respect de la chaîne de commandement.
Le Colonel Kilimou a insisté sur trois repères destinés à guider cette carrière, le courage, la fraternité et la droiture. Il a aussi rappelé la responsabilité particulière liée à la protection des populations et à la défense du territoire. « La carrière que vous commencez est complexe et exigeante. Vous serez appelés à assurer la sécurité de la Patrie, à défendre la paix et à protéger des vies, parfois au péril de votre vie », a-t-il déclaré.
La cérémonie de Tchawaré intervient alors que l’ENSO-T continue de renforcer son rôle dans le renouvellement des effectifs des FAT. Le recrutement de nouveaux élèves sous-officiers reste régulier. En 2025, le ministère des Armées avait organisé un concours de recrutement direct pour l’école, avec des épreuves prévues à Lomé et à Kara. Les résultats du concours au titre de la promotion 2025-2027 ont, eux, été publiés fin juillet 2026.
La formation des sous-officiers constitue ainsi un maillon de la politique de professionnalisation des forces. L’ENSO-T fait partie des principales structures de formation militaire du pays, aux côtés notamment de l’École de Formation des Officiers des Forces Armées Togolaises (EFOFAT), du Centre National d’Instruction et d’autres établissements spécialisés. Son rôle porte sur la préparation militaire, physique et morale des futurs cadres appelés à servir dans les unités.
La transmission du drapeau à la troisième promotion donne à la cérémonie une seconde dimension. Le geste accompli par le Lieutenant-Colonel Dake Etsè, Commandant de l’ENSO-T, établit une continuité entre les générations de l’école. Les nouveaux cadets héritent d’un cadre de formation, d’une discipline et d’une devise, « Rigueur et Excellence », qu’ils devront à leur tour traduire dans leur comportement et leur pratique du commandement.

L’évolution de l’école accompagne aussi les transformations du métier militaire. Un programme soutenu par l’Elsie Initiative Fund a notamment contribué au développement d’infrastructures adaptées aux femmes au sein de l’ENSO-T et prévoit une révision de certains modules de formation afin d’intégrer davantage les questions de genre dans les écoles militaires togolaises. Une infrastructure d’hébergement de 30 places destinée aux femmes a ainsi été inaugurée à l’ENSO-T en 2024.
À Tchawaré, la deuxième promotion quitte donc l’école avec un statut nouveau et des responsabilités qui dépassent le seul cadre de la formation reçue. La troisième promotion prend le relais, tandis que l’établissement poursuit sa mission de préparation des cadres appelés à assurer, au plus près des unités, la discipline, la cohésion et l’exécution des missions confiées aux Forces Armées Togolaises.
Le passage d’une promotion à l’autre rappelle ainsi une réalité simple du métier militaire. La formation prépare les hommes et les femmes. Le terrain éprouve ensuite leurs compétences, leur jugement et leur capacité à commander. Pour les nouveaux sous-officiers de la deuxième promotion, cette responsabilité commence désormais dans leurs prochaines affectations.
