Près de huit ans après son lancement, l’opération Koundjoaré reste au cœur du dispositif de défense du nord du Togo. Conçue en 2018 pour prévenir les infiltrations armées et protéger les frontières, elle s’est progressivement muée en un dispositif permanent, dont l’action dépasse la seule présence des soldats. Ses capacités ont été renforcées, ses moyens adaptés et son fonctionnement associé à des mesures destinées à préserver la résilience des populations des Savanes.

Lancée en septembre 2018 par les Forces armées togolaises (FAT), Koundjoaré répondait alors à une évolution de la situation sécuritaire dans l’espace sahélien. Le choix avait été fait de renforcer la présence militaire dans les zones septentrionales avant que les groupes armés ne puissent y établir des positions durables. La région des Savanes, voisine du Burkina Faso et du Bénin, constitue depuis lors le principal théâtre de cette stratégie de prévention.
La mission confiée aux forces déployées est double. Il s’agit de surveiller les zones frontalières et de préserver la liberté de circulation des populations et des biens. Cette présence repose sur un réseau de positions et de patrouilles, soutenu par des moyens logistiques et opérationnels renforcés au fil des années.

L’évolution de la menace a aussi conduit les autorités à adapter leur réponse. L’insécurité dans le nord du pays ne relève plus seulement du risque d’incursion ponctuelle. Les groupes armés opérant dans la région ont recours à des modes d’action mobiles et difficiles à anticiper. La surveillance du territoire, le renseignement et la capacité de réaction occupent donc une place croissante dans le dispositif.
Cette adaptation a nécessité des investissements. La loi de programmation militaire 2021-2025 avait prévu une enveloppe de 722,3 milliards de francs CFA pour renforcer les capacités de défense du pays. À la fin de 2024, 624,8 milliards avaient été mobilisés, soit un taux d’exécution de 86,5 %. Une partie de ces ressources a contribué au renforcement des moyens engagés dans les opérations militaires, dont Koundjoaré.
L’effort ne se limite toutefois pas aux équipements. La question des ressources humaines, de la logistique, de la prise en charge des blessés et du soutien aux familles des militaires tués occupe également une place dans le dispositif. En mai 2025, les autorités militaires avaient lancé une nouvelle phase d’indemnisation destinée aux soldats blessés et aux ayants droit des militaires décédés dans le cadre de Koundjoaré. Le mécanisme comprenait aussi une couverture maladie, des bourses scolaires pour les enfants de militaires disparus et un accompagnement social des familles.

La dimension humaine de l’opération s’est encore manifestée en janvier 2026. Une cérémonie organisée à Kara a rendu hommage aux militaires tombés au cours de l’année 2025. Certains ont été décorés à titre posthume, tandis que des soldats blessés et d’autres membres des Forces armées togolaises ont également été distingués.
Sur le terrain, la mission militaire se conjugue avec des actions de proximité. Les services de santé des forces de défense interviennent auprès des populations, notamment lors de consultations médicales et d’opérations de soins. Cette présence contribue à maintenir un lien entre les militaires et les communautés vivant dans des zones où l’accès aux services essentiels peut rester difficile.
La stratégie nationale repose par ailleurs sur plusieurs instruments. Le Comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (CIPLEV) et le Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS) complètent le volet militaire par des actions de prévention, de développement et de renforcement de la résilience locale.
La persistance des défis explique aussi le maintien d’un suivi politique et militaire rapproché. Le 7 mai 2026, le Président du Conseil et chef suprême des armées, Faure Essozimna Gnassingbé, s’est rendu dans la zone de Koundjoaré. Au poste de commandement opérationnel, il a reçu un état de la situation, des opérations en cours et des difficultés rencontrées par les unités. Il s’est ensuite rendu au poste opérationnel avancé de Tchamonga, dans la bande frontalière orientale.
Cette visite intervient après plusieurs années au cours desquelles les Savanes ont été confrontées à des attaques armées et à leurs conséquences sur les communautés. Le coût humain a été particulièrement lourd pour les forces déployées. En janvier 2025, une cérémonie nationale avait déjà été organisée en mémoire des victimes de Koundjoaré.
Au-delà de sa vocation militaire, la pérennité du dispositif répond ainsi à un enjeu plus large. Dans une région où l’insécurité peut perturber les déplacements, l’agriculture, le commerce et l’accès aux services publics, la sécurisation du territoire constitue une condition préalable au maintien de l’activité économique et sociale.
Koundjoaré n’est donc plus une opération ponctuelle. Depuis 2018, elle est devenue l’un des principaux cadres de présence des forces togolaises dans le nord du pays. Son évolution traduit surtout l’adaptation progressive de l’appareil de défense à une menace qui, elle aussi, s’est installée dans la durée.
