La mémoire de Kléber Dadjo prend désormais une forme concrète à Siou. Un mausolée dédié à l’ancien chef de l’État a été inauguré mercredi 12 août, dans la préfecture de Doufelgou, en présence de représentants des institutions publiques, des autorités traditionnelles et religieuses et des populations locales. La cérémonie intervient dans le cadre du processus de réparations mémorielles conduit par le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN).
Le choix de Siou n’est pas anodin. C’est dans cette localité que Kléber Dadjo est né le 12 août 1914. Près de six décennies après son bref passage à la tête de l’État, son nom rejoint ainsi les lieux de mémoire qui contribuent à documenter les premières années de la République togolaise.
Représentant le président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, le président du Sénat Barry Moussa Barqué a présenté cet hommage comme la mise en œuvre d’une recommandation de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Celle-ci avait préconisé que la Nation rende hommage aux personnalités disparues qui ont compté dans son histoire.
La démarche donne une dimension particulière au parcours de cet officier. Ancien militaire de carrière, Kléber Dadjo avait servi dans les forces britanniques durant la Seconde Guerre mondiale avant de rejoindre l’armée française, notamment en Indochine. À l’indépendance du Togo en 1960, il figurait parmi les militaires togolais les plus gradés. Il avait auparavant commandé la Garde togolaise et occupé les fonctions de chef du cabinet militaire du président Nicolas Grunitzky.
Son passage à la tête de l’État fut toutefois très bref. Après le renversement de Nicolas Grunitzky le 13 janvier 1967, Kléber Dadjo devint président du Comité de Réconciliation Nationale. Il exerça de fait les fonctions de chef de l’État du 14 janvier au 14 avril 1967, avant de céder la place à Étienne Eyadéma, futur Gnassingbé Eyadéma. Il occupa ensuite les fonctions de ministre de la Justice et de chef du cabinet militaire de la présidence avant de se retirer de la vie politique nationale.
Cette trajectoire explique la place particulière de Kléber Dadjo dans l’histoire politique togolaise. Son nom avait déjà été réhabilité dans l’espace public. En 2006, une ancienne avenue de la Nouvelle Marche à Lomé avait été rebaptisée avenue Kléber Dadjo. Le mausolée de Siou ajoute désormais un lieu physique à cette reconnaissance mémorielle.
La cérémonie a aussi été l’occasion de présenter « Le Soldat Kléber Dadjo », un ouvrage consacré à son parcours militaire et politique. Écrit par Evalo Wiyao, le livre vient compléter le dispositif de transmission autour de cette figure de l’histoire nationale.
Au-delà de la personnalité honorée, le mausolée pose la question de la conservation de la mémoire politique du Togo. Le HCRRUN, créé dans le prolongement des recommandations de la CVJR, mène depuis plusieurs années des actions de réparation et de réconciliation qui comprennent notamment des mesures collectives et symboliques.
À Siou, le monument consacré à Kléber Dadjo devient ainsi un espace de recueillement, mais aussi un repère pour les générations qui cherchent à mieux comprendre les premières décennies de l’État togolais.
