Le suivi prénatal s’est largement installé dans les habitudes de nombreuses femmes au Togo. Mais derrière les taux élevés de fréquentation se cache une réalité plus contrastée. L’enjeu n’est plus seulement de pousser les futures mères vers les centres de santé. Il consiste aussi à les y faire revenir suffisamment tôt et régulièrement jusqu’à l’accouchement.
Une ancienne enquête nationale avait déjà mis en évidence une forte fréquentation des consultations prénatales en milieu urbain. Près de 95 % des femmes enceintes des villes avaient alors bénéficié d’au moins une consultation au cours de leur grossesse, contre 78 % en milieu rural. Le niveau d’instruction pesait aussi sur le recours aux soins, avec 76 % chez les femmes sans instruction, 90 % chez celles ayant fréquenté le primaire et 97 % chez celles ayant atteint le secondaire ou le supérieur.
Ces chiffres, issus de données plus anciennes, ne peuvent toutefois pas être utilisés comme un indicateur de la situation actuelle. Ils permettent surtout de mesurer la profondeur d’une tendance observée depuis plusieurs années.
Les données sanitaires récentes montrent en effet que la question s’est déplacée. Au premier trimestre 2024, la couverture nationale du premier contact de consultation prénatale atteignait 86 %. Les écarts territoriaux restaient toutefois importants. La couverture était de 67,7 % dans le Grand Lomé, contre 99,4 % dans la région de la Kara et 96,7 % dans la région Centrale.
Le suivi régulier demeure plus difficile. Sur la même période, 52,3 % des femmes enceintes avaient effectué au moins quatre contacts prénatals. La proportion atteignait 71,1 % dans le Grand Lomé, 66,5 % dans la Kara et 64,3 % dans la Centrale. À l’échelle nationale, seuls 6,5 % avaient atteint huit contacts.
Cette différence entre le premier rendez-vous et la continuité du suivi est essentielle. Une première consultation permet déjà de rechercher plusieurs facteurs de risque, notamment l’anémie, l’hypertension ou certaines infections. Elle donne aussi l’occasion de vérifier l’état de santé de la mère et du fœtus, de proposer des mesures préventives et de préparer les étapes suivantes de la grossesse.
Mais une seule visite ne suffit pas à couvrir l’ensemble des besoins. L’Organisation mondiale de la Santé recommande désormais huit contacts avec un professionnel de santé au cours de la grossesse, avec un premier contact durant les douze premières semaines. L’objectif est de multiplier les occasions de détecter rapidement les complications et de proposer les soins adaptés au moment où ils sont nécessaires.
Au Togo, cette logique est notamment soutenue par le programme WEZOU, lancé en août 2021 pour améliorer la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés. Au 31 octobre 2024, plus de 642 000 femmes enceintes avaient été enrôlées et près de 378 000 accouchements avaient été réalisés dans le cadre du dispositif. Plus de trois millions de prestations avaient également été fournies, parmi lesquelles des consultations prénatales, des analyses, des prestations pharmaceutiques et des soins liés à l’accouchement.
Le dispositif a aussi élargi certains services proposés aux femmes enceintes. L’échographie, le groupage rhésus et la numération formule sanguine ont notamment été intégrés au panier de soins du programme.
Cette évolution place l’éducation au centre d’un autre enjeu. Les données disponibles montrent depuis longtemps une relation nette entre le niveau d’instruction et le recours aux soins prénatals. Une femme qui comprend mieux les signes de danger, les examens prescrits et l’intérêt des rendez-vous successifs dispose de davantage d’éléments pour organiser son parcours de soins.
Le facteur géographique reste tout aussi déterminant. L’écart entre les régions observé en 2024 rappelle que l’accès aux services ne dépend pas seulement de la volonté individuelle. La disponibilité des formations sanitaires, la distance, les moyens de transport, le coût indirect des déplacements et la capacité des structures à assurer un suivi régulier peuvent peser sur la continuité des consultations.
Le Togo dispose donc d’un indicateur encourageant, mais qui doit être lu avec précision. La fréquentation d’un premier service de soins ne constitue que le début du parcours. La qualité des consultations, leur régularité et leur répartition sur l’ensemble de la grossesse déterminent une grande partie de leur utilité.
À mesure que le pays renforce la couverture sanitaire et développe des mécanismes de prise en charge des femmes enceintes, la question centrale devient ainsi celle de la continuité. Faire entrer une femme dans le système de santé est une première condition. Faire en sorte qu’elle y reste suivie jusqu’à l’accouchement en est une autre.
