Derrière chaque branchement d’eau potable se trouve un réseau souvent invisible, mais décisif. En 2024, le Togo a réalisé 3 537 mètres de conduites d’adduction et de distribution dans quatre régions. Ces travaux donnent une mesure concrète de l’effort consacré à l’extension des infrastructures hydrauliques, alors que le taux national de desserte a atteint 70,8 % cette année-là.
Les kilomètres de canalisations constituent l’un des indicateurs les moins visibles de la politique d’accès à l’eau. Ils sont pourtant au cœur du fonctionnement du service. Un forage peut produire de l’eau, une station peut la traiter et un château d’eau peut la stocker. Sans conduite pour relier ces ouvrages aux lieux de consommation, la ressource reste hors de portée des populations.
Le réseau d’adduction assure le transport de l’eau depuis sa source ou son lieu de production vers les zones à desservir. Le réseau de distribution prend ensuite le relais pour acheminer l’eau jusqu’aux ménages, aux bornes-fontaines et aux infrastructures collectives. Chaque extension modifie donc la capacité du système à atteindre de nouveaux usagers.
Les données disponibles pour 2024 font apparaître une répartition très différente selon les régions. Les Plateaux concentrent 1 635 mètres de réseaux réalisés, soit près de 46 % du total national. La Kara arrive ensuite avec 1 310 mètres, environ 37 % du linéaire. La région Centrale compte 469 mètres, tandis que la Maritime enregistre 123 mètres.
Cette répartition ne traduit pas, à elle seule, le niveau d’accès à l’eau dans chaque région. Elle renseigne plutôt sur les travaux de réseaux réalisés au cours d’une année donnée. Les besoins, la densité de population, l’existence préalable d’infrastructures de production et la nature des projets engagés influencent fortement le volume de canalisations posé.
L’évolution générale du secteur montre néanmoins une progression de la desserte. Selon les données du ministère chargé de l’Eau, le taux de desserte national est passé de 60 % en 2020 à 70,8 % en 2024, avant d’atteindre 71,8 % en 2025. Sur la même période, la couverture rurale est passée à 76,5 % en 2024 puis à 77,1 % en 2025. (Finances)
Cette progression repose sur plusieurs types d’investissements. Les réseaux constituent l’un des maillons de la chaîne, aux côtés des forages, des unités de traitement, des réservoirs, des bornes-fontaines et des branchements individuels. Dans certaines localités, l’extension du réseau peut ainsi transformer une infrastructure de production existante en véritable service de proximité.
L’exemple de Blitta illustre cette articulation. Le renforcement du système local d’alimentation en eau potable a associé de nouveaux forages et réservoirs à plus de 26 kilomètres de conduites, avec 2,186 kilomètres de réseau de refoulement et 24,260 kilomètres de distribution. Le projet a aussi intégré 62 bornes-fontaines. (Eau Gouvernementale)
Les projets récents montrent aussi que l’extension des réseaux dépasse désormais les seuls centres urbains. Dans le nord du pays, le projet d’alimentation en eau potable de la région des Savanes prévoit notamment 185 kilomètres de réseaux de distribution, avec une conduite d’adduction-distribution reliant le secteur de Dalwak à Dapaong et des extensions vers plusieurs localités. Une nouvelle unité de production de 7 200 mètres cubes par jour doit compléter ce dispositif. (Urbanisme)
L’enjeu se mesure surtout au dernier kilomètre. Une conduite principale peut traverser une localité sans que chaque ménage soit raccordé. La disponibilité de l’eau dépend alors de la capacité du réseau secondaire, de la proximité des points de desserte et des possibilités de branchement. L’extension du linéaire doit donc aller de pair avec la production, le stockage et la distribution locale.
Les écarts régionaux montrent pourquoi cette approche reste nécessaire. Les données sanitaires disponibles pour 2023 faisaient apparaître des niveaux très différents de recours à une source d’eau potable selon les régions. La proportion relevée était de 49 % dans la Maritime, 34,5 % dans les Plateaux, 65,7 % dans la Centrale, 56,6 % dans la Kara et 79,9 % dans les Savanes. (Ministère de la Santé)
Ces chiffres ne se confondent pas avec le taux de desserte utilisé par les autorités, les deux indicateurs reposant sur des méthodes de mesure différentes. Ils illustrent toutefois une réalité commune, l’accès à l’eau reste lié à la capacité des infrastructures à rejoindre effectivement les populations.
Le défi est désormais double. Il faut poursuivre l’extension des réseaux dans les zones encore peu couvertes et renforcer les infrastructures existantes afin de préserver la continuité du service. Les kilomètres posés ne constituent donc pas seulement une donnée technique. Ils traduisent la capacité physique d’un système d’eau potable à rapprocher la ressource des lieux de vie et à transformer une production disponible en service accessible.
