Les entreprises extractives ont déclaré 124,25 milliards de francs CFA de paiements au titre de l’exercice 2023, contre 19 milliards un an plus tôt. Cette hausse de 553,8 % donne une image spectaculaire de l’évolution des recettes liées au secteur, mais les données de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) Togo montrent que l’essentiel de cette progression tient à une opération financière particulière et non à une hausse comparable de la production minière.
Le secteur conserve par ailleurs un poids limité dans la formation de la richesse nationale. En 2023, son apport au produit intérieur brut (PIB) s’est établi à 1,10 %, contre 1,11 % en 2022. Sur la même période, sa part dans les exportations est passée de 14 % à 15,6 %. Le contraste entre ces deux indicateurs traduit le rôle du secteur extractif dans les échanges extérieurs, sans faire de l’activité minière un des principaux moteurs du PIB.
La forte progression des paiements trouve son explication principale dans les comptes de la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT). Le rapport ITIE fait état de 102,99 milliards de francs CFA d’opérations de compensation entre créances et dettes de l’entreprise. Ces écritures ont été intégrées aux paiements déclarés, alors qu’elles ne correspondent pas à un décaissement de trésorerie classique.
Cette précision modifie la lecture du chiffre de 124,25 milliards de francs CFA. Il ne peut donc pas être assimilé directement à une progression équivalente des recettes effectivement encaissées grâce à une hausse de l’activité minière. Les autorités soulignent d’ailleurs que les montants déclarés peuvent varier d’une année à l’autre selon les dividendes, les opérations financières et les conditions de marché.
La concentration des recettes constitue un autre trait du secteur. Les revenus budgétaires déclarés atteignent 119,4 milliards de francs CFA en 2023. La SNPT en représente à elle seule 106,8 milliards, soit 89,47 % du total. Scantogo Mines arrive ensuite avec 9 milliards, tandis que WACEM contribue à hauteur de 878 millions. À elles deux, la SNPT et Scantogo Mines représentent plus de 97 % des contributions déclarées.
La nature des prélèvements montre aussi les principaux canaux par lesquels l’activité minière alimente les finances publiques. Les redevances minières représentent 37,98 % des recettes, devant les droits et taxes douaniers avec 23,34 % et l’impôt sur les sociétés avec 18,58 %. Les dividendes comptent pour 8,55 %.
Cette concentration repose largement sur les phosphates et le calcaire, deux productions qui occupent une place centrale dans l’activité extractive. En 2023, la production de phosphate s’est établie à 1,52 million de tonnes, contre 1,54 million en 2022. Celle de calcaire a atteint 2,94 millions de tonnes, contre 3,17 millions un an auparavant. La hausse spectaculaire des paiements ne s’accompagne donc pas d’une progression générale des volumes produits.
Le périmètre du secteur est toutefois plus large. Il comprend notamment les phosphates, le calcaire, les matériaux de carrière, les argiles, la dolomie et les pierres ornementales. Certaines productions restent de taille plus réduite ou font l’objet de données incomplètes, ce qui limite les comparaisons précises entre substances.
Les trois principales administrations chargées de la collecte sont la Direction générale des mines et de la géologie, le Commissariat des impôts et le Commissariat des douanes. Le dispositif mobilise donc à la fois les structures spécialisées dans le secteur minier et les administrations fiscales et douanières.
Les chiffres de 2023 mettent ainsi en évidence deux réalités distinctes. D’un côté, le secteur extractif a représenté 15,6 % des exportations et 10,94 % des revenus budgétaires du pays. De l’autre, sa contribution au PIB est restée limitée à 1,10 %. Cette différence s’explique notamment par la nature des activités extractives et par leur poids dans les échanges extérieurs par rapport à leur contribution à l’ensemble de la production nationale.
La lecture des recettes doit enfin tenir compte de la qualité et de la nature des données déclarées. Le rapport ITIE 2023 indique que 97,58 % des revenus du secteur extractif ont fait l’objet d’un rapprochement entre les déclarations des entreprises et celles des administrations. Il relève toutefois un écart de 6,16 milliards de francs CFA, ainsi que des limites relatives à la certification des données.
Les 124,25 milliards de francs CFA déclarés en 2023 constituent donc avant tout un indicateur des flux financiers associés au secteur extractif au cours de l’exercice. Leur forte progression par rapport à 2022 doit être dissociée de l’évolution réelle de la production, en raison du poids exceptionnel des opérations de compensation réalisées par la SNPT.
