Quatre ans après la signature de la première convention collective des journalistes et professionnels des médias du Togo, les conditions de travail restent au cœur des préoccupations du Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT). Une enquête menée auprès de 69 journalistes du secteur privé révèle des revenus faibles, une forte instabilité contractuelle et une protection sociale limitée. Le syndicat appelle désormais à une application plus rigoureuse des règles qui encadrent la profession.
Le 27 août 2011, le Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT) voyait le jour avec pour objectif de défendre les intérêts professionnels et sociaux des journalistes. Quinze ans plus tard, son anniversaire prend une tonalité particulière. Dans une déclaration publiée le 27 août 2026, l’organisation syndicale s’appuie sur une enquête réalisée entre avril et mai pour dresser un état des lieux des conditions de travail dans les médias privés.
Les résultats portent sur 69 professionnels. Selon le SYNJIT, 91,3 % des journalistes interrogés déclarent percevoir moins de 100 000 francs CFA par mois. Près de la moitié, soit 49,3 %, disposent de moins de 50 000 francs CFA. Ces chiffres placent la question des revenus au centre des difficultés décrites par l’organisation.
L’instabilité des contrats constitue un autre point relevé par l’enquête. Quelque 60,9 % des répondants travailleraient sous contrat à durée déterminée, à la pige, en stage ou dans le cadre d’un bénévolat prolongé. Le syndicat fait aussi état de retards de paiement ou d’une forte irrégularité des revenus pour près de 38 % des personnes interrogées.
La protection sociale apparaît tout aussi fragile. Plus d’un journaliste sur deux ayant répondu à l’enquête déclare ne disposer ni d’une couverture auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ni d’une assurance santé. Cette situation nourrit une autre inquiétude, liée cette fois à la capacité de la profession à retenir ses travailleurs.
Selon les données communiquées par le SYNJIT, 78,3 % des journalistes interrogés estiment ne pas pouvoir exercer le métier jusqu’à l’âge de la retraite. La satisfaction générale à l’égard des conditions professionnelles atteint, elle, une moyenne de 1,26 sur 5.
Ces données doivent toutefois être lues comme les résultats d’une enquête syndicale menée sur un échantillon de 69 journalistes et non comme une photographie statistique de l’ensemble de la profession au Togo. Elles donnent néanmoins une indication sur les difficultés rencontrées par une partie des travailleurs du secteur privé.
Le constat prend une portée particulière au regard des réformes engagées ces dernières années. Le 14 octobre 2022, les organisations patronales et syndicales de la presse privée ont signé la Convention collective des journalistes et professionnels des médias du Togo. Le texte, composé de 104 articles, encadre notamment les relations de travail, la rémunération, les primes, les carrières et les stages professionnels.
Cette convention était l’aboutissement de plusieurs années de discussions. Le processus avait été relancé après les états généraux de la presse organisés à Kpalimé en 2014, puis repris en 2020 avec l’accompagnement du ministère de la Communication et des Médias. Un moratoire avait été prévu pour faciliter l’adaptation des entreprises aux nouvelles obligations.
La question posée quatre ans plus tard est donc moins celle de l’existence des règles que de leur application effective. Le SYNJIT estime que la convention doit faire l’objet d’un suivi plus strict et demande sa mise à jour, son application ainsi qu’un mécanisme de contrôle.
Le syndicat réclame également l’instauration d’un salaire plancher propre au secteur. Il souhaite que l’accès aux aides publiques accordées aux médias soit lié à des obligations sociales précises, notamment la déclaration du personnel à la Caisse nationale de sécurité sociale et la régularité du paiement des salaires.
Les stages constituent le quatrième volet de ses revendications. Le SYNJIT demande un encadrement juridique plus rigoureux afin d’éviter que des périodes de formation ne se transforment en emplois sans rémunération durable.
La question dépasse cependant la seule relation entre journalistes et employeurs. La presse privée constitue une composante importante de l’écosystème médiatique togolais. Lors de la signature de la convention collective en 2022, les autorités recensaient près de 400 organes de presse, parmi lesquels des journaux, radios, télévisions et médias numériques.
La pérennité économique des entreprises de presse reste ainsi liée aux conditions de travail de leurs salariés. La faiblesse des rémunérations, l’irrégularité des revenus et l’absence de protection sociale peuvent aussi peser sur la capacité des rédactions à conserver des professionnels expérimentés.
Pour ses quinze ans, le SYNJIT ne formule donc pas une nouvelle revendication générale. Il demande surtout que les mécanismes négociés entre employeurs, travailleurs et pouvoirs publics produisent leurs effets dans les rédactions. « Nous ne demandons pas de cadeaux, nous exigeons l’application des textes », affirme le syndicat dans sa déclaration.
Son secrétaire général, Narcisse Dodzi Prince-Agbodjan, appelle ainsi à une mobilisation autour de quatre priorités, l’application de la convention collective, la définition d’un salaire plancher, le respect des obligations sociales liées aux aides publiques et un encadrement plus strict des stages.
L’enquête publiée pour les quinze ans du syndicat place ainsi la question sociale au centre du débat sur l’avenir du journalisme privé au Togo. Quatre ans après l’adoption du cadre collectif, les chiffres présentés par le SYNJIT montrent que l’enjeu se situe désormais dans son effectivité au sein des entreprises de presse.
