Les exportations togolaises de vêtements vers les États-Unis sont passées de plus de 123 000 pièces en 2023 à près de 210 000 en 2025, soit une progression d’environ 70 % en deux ans. Derrière cette évolution se dessine une filière industrielle qui renforce progressivement ses capacités de production, ses compétences et ses débouchés internationaux.
Le changement se mesure d’abord dans les volumes. En octobre 2023, une première expédition de plus de 123 000 vêtements « Made in Togo » était destinée à l’enseigne américaine The Children’s Place. En 2025, les expéditions vers le marché américain approchaient les 210 000 pièces. Cette progression traduit l’aptitude croissante des unités de confection à répondre à des commandes régulières et aux standards de grands donneurs d’ordre internationaux.
L’augmentation des volumes repose sur une capacité productive qui s’est construite progressivement. Le centre de formation dédié aux métiers de la confection, inauguré en octobre 2022, a permis de former plus de 800 jeunes dans ses premières promotions, dont 59 % de femmes. La cible annoncée est de 2 000 personnes qualifiées. La formation constitue ainsi l’un des ressorts de l’augmentation des capacités industrielles, alors que les objectifs de production doivent évoluer d’environ 60 000 pièces mensuelles à plus d’un million de vêtements par mois à terme.
Cette montée en puissance s’appuie également sur l’arrivée d’investisseurs industriels disposant d’une expérience des marchés internationaux. Star Garments et Charles Komar & Sons ont notamment installé des unités orientées vers le marché américain. Pour Charles Komar & Sons, cette implantation constitue sa première installation industrielle hors d’Asie, avec un investissement estimé à près de 13 milliards de francs CFA.
Novarea Textile et Togo Apparels Source viennent compléter cet ensemble. Leurs installations doivent contribuer à la création d’environ 1 800 emplois directs et accroître les capacités de transformation du coton produit localement.
C’est précisément sur la valeur ajoutée que se joue une partie importante de la transformation recherchée. La fabrication de produits finis permet de conserver sur le territoire une part plus importante de la valeur créée à partir du coton. Selon une estimation citée par Oxford Business Group, près de 56 000 tonnes de fibres pourraient être transformées localement en produits finis représentant une valeur estimée à 1,5 milliard de dollars, contre 73 millions de dollars pour l’exportation de la matière première.
Les statistiques commerciales témoignent déjà de cette évolution. D’après la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les exportations togolaises de produits textiles et d’articles d’habillement ont atteint 31,8 milliards de francs CFA en 2023, en hausse de 30,7 % sur un an. La progression des vêtements expédiés vers les États-Unis s’inscrit ainsi dans une dynamique commerciale plus large.
La production textile ne se limite pas aux commandes destinées aux marchés extérieurs. La remise en activité de l’ancienne unité Togotex à Datcha a également permis de relancer une production consacrée notamment aux uniformes. Depuis octobre 2023, l’unité a fabriqué plus de 30 000 uniformes et plus de 60 000 articles textiles.
Les capacités industrielles s’accompagnent d’un accroissement des investissements et de l’emploi. L’appareil industriel concerné totalise environ 350 milliards de francs CFA d’investissements cumulés et rassemble 25 entreprises partenaires, dont 12 sont déjà opérationnelles. Il compte 6 580 emplois directs, occupés à 95 % par des Togolais.
La trajectoire annoncée pour les prochaines années repose sur une extension des capacités. Le nombre d’unités industrielles doit atteindre une cinquantaine, avec plus de 10 000 emplois supplémentaires attendus. Les projections à l’horizon 2030 situent ainsi les emplois directs entre 15 000 et 20 000.
