Lors d’un entretien accordé le 12 octobre 2026 à des médias d’État chinois, Faure Essozimna Gnassingbé aborde les perspectives de coopération entre l’Afrique et la Chine en matière de sécurité maritime, de développement portuaire et d’économie bleue. Le président du Conseil togolais a profité de cette tribune pour soutenir officiellement la candidature de la ville chinoise de Xiamen à l’accueil du secrétariat de l’accord des Nations unies sur la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales (BBNJ). Il a notamment insisté sur l’impératif d’octroyer aux nations africaines les prérequis scientifiques et techniques indispensables à leur pleine intégration dans le concert décisionnel océanique. Cette prise de parole s’inscrit dans le cadre d’une visite officielle en République populaire de Chine, entamée le 9 octobre et prévue jusqu’au 16 octobre.
« Nous voulons passer d’un statut de plateforme de transit, ce que nous sommes essentiellement aujourd’hui, à un statut d’acteurs économiques, technologiques et institutionnels de la gouvernance mondiale », affirme Faure Essozimna Gnassingbé. Le président du Conseil place ainsi la participation africaine aux décisions internationales au cœur de son propos, avec une attention particulière aux activités maritimes, qui relient les échanges commerciaux, la sécurité et l’exploitation durable des océans.

Dans le golfe de Guinée, le Togo participe à la coopération régionale autour de trois priorités qu’il énumère explicitement : « Garantir la liberté de navigation ; assurer la prévention des trafics illicites ; permettre la protection des espaces maritimes. » Pour Lomé, la sécurisation des voies maritimes relève autant de la protection des échanges que de la lutte contre les activités illégales. Le Chef du Gouvernement estime que la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement des capacités africaines.
« Je pense que, pour le Togo comme pour les autres pays africains, la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement de nos capacités et à la préservation de cette sécurité », déclare-t-il. Cette coopération est présentée comme un moyen de mieux répondre aux risques qui affectent les espaces maritimes et les flux commerciaux dont dépendent les économies de la région.
L’argument sécuritaire rejoint directement les préoccupations économiques. « Aujourd’hui, les perturbations sur les grandes routes maritimes mondiales ont un effet direct sur nos économies à travers trois canaux : le coût des transports, le prix de l’énergie et la chaîne d’approvisionnement », explique Faure Gnassingbé. Les difficultés rencontrées sur les grands axes de navigation se répercutent ainsi sur les coûts supportés par les entreprises et sur l’approvisionnement des marchés.

Pour le Togo, l’enjeu consiste aussi à tirer davantage de bénéfices de ses infrastructures portuaires. « Certes, Lomé abrite le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest, mais l’enjeu actuel est de construire des capacités productives autour de ces infrastructures portuaires », souligne le président du Conseil. Il précise la finalité recherchée : « Notre objectif n’est pas simplement d’augmenter le volume de marchandises en transit, mais de capter plus de valeur et de créer une vraie valeur ajoutée locale. »
Cette orientation suppose, selon lui, de rapprocher les activités portuaires de l’industrie et des entreprises nationales. « Cela nécessite des zones industrielles, des services logistiques performants, une main-d’œuvre qualifiée et des entreprises locales impliquées », détaille-t-il. L’expérience chinoise dans l’organisation des activités autour des ports est citée comme une source d’inspiration, en particulier pour l’articulation entre infrastructures portuaires, zones industrielles et écosystèmes productifs.
La coopération envisagée ne se limite pas aux infrastructures physiques. Le président du Conseil rattache aussi l’économie bleue à la maîtrise des sciences et des technologies marines. « L’Afrique ne pourra participer à la gouvernance mondiale sans maîtriser les sciences marines, les technologies adaptées et la recherche », estime-t-il. Il ajoute que la Chine peut contribuer à « former davantage de spécialistes et à partager des données », deux besoins qui conditionnent la capacité des pays africains à produire leurs propres connaissances sur les océans.
C’est sous cet angle qu’il aborde l’accord BBNJ, qui encadre la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales. Entré en vigueur le 17 janvier 2026, cet accord porte notamment sur les ressources génétiques marines, les outils de gestion par zone, les études d’impact environnemental et le renforcement des capacités des pays.
Pour Faure Gnassingbé, cet accord représente « une véritable chance pour les pays africains, à condition que nous participions pleinement à sa gouvernance ». La question du siège du secrétariat ne doit donc pas être dissociée de sa capacité à aider les États disposant de moyens plus limités à prendre part aux décisions et aux travaux scientifiques.
Le président du Conseil défend la candidature de Xiamen en invoquant plusieurs atouts chinois. « Votre pays possède de très grands atouts : une tradition maritime reconnue, des infrastructures modernes … une grande rigueur dans le respect de ses engagements internationaux et de fortes capacités de recherche », déclare-t-il. Il souligne aussi les liens entre le développement chinois, les activités portuaires, les technologies et la protection de l’environnement marin, avant d’affirmer : « La Chine a donc une légitimité et des atouts solides pour accueillir cette institution. »
Son soutien s’accompagne toutefois d’une attente précise concernant les missions du futur secrétariat. « Ce qui fera la différence, c’est la capacité du secrétariat à aider les pays en développement à participer de manière effective à cette gouvernance », insiste-t-il. Les écarts de moyens entre pays restent une difficulté pour la recherche océanographique, l’accès aux données et la maîtrise des sciences marines. La coopération devrait, à ses yeux, faciliter les partenariats entre institutions de recherche africaines et internationales, favoriser la création de centres plus performants et garantir « un partage équitable des avantages issus des ressources génétiques marines ».
Le Togo a déposé son instrument de ratification de l’accord auprès des Nations unies le 6 octobre 2026, selon le registre officiel des traités. Faure Gnassingbé souligne que la ratification ne suffit pas à assurer une participation effective. « L’enjeu est désormais d’être en mesure de participer pleinement à sa mise en œuvre, ce qui exige des compétences et des moyens », déclare-t-il. Il insiste sur la nécessité que les pays en développement soient non seulement représentés, mais puissent aussi « produire des connaissances et influer sur les décisions internationales ».
Le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) constitue, selon lui, un cadre de dialogue déjà établi entre Pékin et les pays africains. « Nous cherchons un équilibre entre les intérêts chinois et africains dans le respect mutuel », explique-t-il, en évoquant les échanges engagés dans cette enceinte.
La première Conférence des parties à l’accord BBNJ est programmée du 11 au 22 janvier 2027 au siège des Nations unies, à New York. Quant à la candidature de Xiamen, le président du Conseil se montre confiant : « Je pense donc que la ville de Xiamen présente de très fortes chances. L’accessibilité et les infrastructures nous mettent en confiance, et nous sommes optimistes quant à la suite des événements. »
