Après avoir obtenu l’adhésion de l’Union africaine à son initiative visant à corriger les représentations cartographiques du continent, le Togo porte désormais le dossier sur la scène mondiale. Le pays travaille avec la Commission de l’Union africaine à un projet de résolution qui devrait être présenté à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, avec l’ambition d’engager une réflexion internationale sur la manière dont l’Afrique est représentée.
L’initiative, baptisée « Correct the Map », part d’un constat partagé par de nombreux géographes. La projection de Mercator, conçue au XVIe siècle pour répondre aux besoins de la navigation maritime, demeure la plus utilisée dans les atlas, les manuels scolaires et de nombreuses plateformes numériques. Si elle préserve les angles et les directions, elle déforme les superficies des terres, donnant notamment l’impression que l’Afrique est beaucoup plus petite qu’elle ne l’est en réalité.
Avec une superficie de plus de 30 millions de kilomètres carrés, l’Afrique est pourtant le deuxième plus vaste continent de la planète. Elle pourrait contenir les États-Unis, la Chine, l’Inde ainsi qu’une grande partie de l’Europe. Pour les promoteurs de l’initiative, cette différence entre la réalité géographique et sa représentation influence durablement la perception du continent.
Le projet défendu par le Togo propose de promouvoir la projection Equal Earth, élaborée en 2018. Celle-ci restitue avec davantage de fidélité les superficies des continents tout en conservant une lecture adaptée aux usages pédagogiques et institutionnels.
Cette proposition a reçu un soutien unanime des États membres de l’Union africaine lors du dernier sommet de l’organisation. Selon le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’extérieur, Robert Dussey, le projet a suivi toutes les étapes du processus décisionnel de l’organisation, depuis le Comité des représentants permanents jusqu’à l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement.
« L’Union africaine a salué l’initiative togolaise, marquant un tournant face à des distorsions anciennes qui ont longtemps réduit la véritable échelle et l’influence du continent dans l’imaginaire mondial », déclare le chef de la diplomatie togolaise.
Au-delà des programmes scolaires, la décision adoptée par l’Union africaine encourage une évolution des pratiques dans les agences de cartographie, les institutions de recherche, les médias, les organismes culturels, les maisons d’édition et les plateformes numériques. Une feuille de route doit être élaborée par la Commission de l’Union africaine afin d’accompagner les États membres dans cette transition.
La démarche ne se limite pas au continent africain. Le Togo et la Commission de l’Union africaine souhaitent engager des échanges avec les Nations unies, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), les pays partenaires ainsi que les communautés de la diaspora africaine. L’objectif est de favoriser une représentation plus fidèle de l’Afrique dans les références cartographiques utilisées à l’échelle internationale.
C’est dans cette perspective qu’un projet de résolution est en préparation avant la prochaine Assemblée générale des Nations unies. En portant cette question devant l’organisation mondiale, le Togo entend ouvrir un débat sur les normes cartographiques qui façonnent depuis plusieurs siècles la perception du continent africain.
