Le stade Dr Kaolo de Tsévié a accueilli samedi 8 août l’apothéose de la 54e édition d’Ayiza, la fête traditionnelle du peuple Ewé de la préfecture de Zio. Pendant près de deux semaines, du 25 juillet au 9 août, les cérémonies, rencontres culturelles, jeux traditionnels et activités communautaires ont renoué le lien entre mémoire, identité locale et vie collective.

À Tsévié, le haricot ne se résume pas à une récolte. Il porte une histoire qui remonte, selon la tradition orale, à l’exode de Notsè au XVIIIe siècle. Des groupes Ewé en migration vers le sud auraient fait halte sur le site de l’actuelle ville après avoir semé du haricot. Au moment de repartir, certains auraient demandé à attendre la récolte. Ils finirent par s’établir sur place.
Cette histoire est associée à l’origine du nom Tsévié, formé de « Tsé », qui renvoie à l’idée de produire, et « vié », qui signifie peu. Le terme Ayiza vient, lui, de « Ayi », le haricot. La fête conserve ainsi le souvenir d’un épisode fondateur tout en donnant une place centrale aux premières récoltes.

Samedi, la cérémonie s’est ouverte par des prières après les prestations des groupes folkloriques. Les rites traditionnels ont précédé les séquences festives, dans une célébration où la dimension spirituelle demeure étroitement liée à la mémoire agricole de la communauté.
Plusieurs membres du gouvernement ont assisté à la cérémonie. Le ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, le colonel Awaté Hodabalo, représentait le Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé. Le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, ainsi que le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé de la Coopération et des Togolais de l’extérieur, Yackoley Kokou Johnson, étaient également présents. Le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Kodjo Sévon-Tépé Adédzé, natif de la préfecture, a lui aussi pris part à la célébration.

Sénateurs, députés, maires, autorités administratives et traditionnelles ainsi que des habitants des différents cantons du Zio ont rejoint le stade Dr Kaolo. La participation des différentes générations donne à Ayiza une dimension qui dépasse la seule célébration des récoltes.
Le programme de cette 54e édition avait d’ailleurs été conçu sur plusieurs jours. Après le lancement à Gapé le 25 juillet et une caravane dans les cantons le lendemain, les organisateurs avaient prévu des journées consacrées à la jeunesse, à la chefferie traditionnelle, aux jeux traditionnels, à la sécurité routière et à la salubrité. Des soirées de contes, des activités culinaires et des rencontres religieuses figuraient également au calendrier. La grande finale du tournoi de football était prévue le 9 août au stade Dr Kaolo.

Cette diversité traduit l’évolution de la fête. Ayiza reste attachée aux rites et aux prémices agricoles, mais elle sert aussi de cadre aux retrouvailles des familles, à la transmission des pratiques culturelles et à la participation des jeunes à la vie de leur communauté. Le programme de 2026 associait ainsi des activités héritées de la tradition à des sujets liés à la citoyenneté et à la vie locale.
La célébration trouve un précédent documenté dès 2019, lorsque la 49e édition avait déjà placé au centre les notions d’unité, de solidarité et de développement local. La fête est depuis longtemps présentée comme un rendez-vous annuel de la préfecture, avec une apothéose traditionnellement organisée le deuxième samedi d’août.
À l’issue de la cérémonie, les vainqueurs des différents jeux ont reçu leurs récompenses. La reine Ayiza 2025 a notamment reçu une moto. La dégustation des mets préparés à base de haricot a ensuite prolongé la dimension populaire de la fête.
Pour les habitants du Zio, Ayiza reste ainsi liée à une histoire de déplacement, d’installation et de récolte. Mais sa permanence tient aussi à sa capacité à réunir, année après année, les pratiques ancestrales, les générations et les différentes composantes de la communauté autour d’un même récit. Le haricot, à l’origine d’un arrêt qui aurait conduit à la naissance de Tsévié, demeure au cœur de cette mémoire collective.
