Longtemps confrontées à l’enclavement, aux déficits d’infrastructures et aux fragilités socioéconomiques, les régions des Savanes et de la Kara voient se multiplier les projets destinés à renforcer leur accès aux services essentiels et leur intégration économique. Routes, énergie, eau, agriculture, élevage et protection sociale composent désormais un ensemble d’interventions dont l’enjeu dépasse la seule réponse aux urgences.
Le changement de logique est particulièrement visible dans la région des Savanes. Le Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS), créé face aux effets de la crise sécuritaire, poursuit ses interventions tout en élargissant son champ vers la résilience des communautés. Son plan de réponse 2026-2027 prévoit 18 milliards de francs CFA pour répondre aux besoins de 433 758 personnes vulnérables, notamment les populations déplacées et les communautés qui les accueillent.
Cette orientation se retrouve dans le projet Savanes Kpaadu, financé par l’Union européenne à hauteur d’environ 2 milliards de francs CFA. Déployé dans les sept préfectures de la région, il cible plus de 21 000 bénéficiaires directs et combine soutien aux activités économiques, éducation, protection et accès aux services sociaux.
L’énergie constitue un autre volet de cette transformation. À Dapaong, les travaux de la centrale solaire du projet régional d’intervention d’urgence en matière d’énergie solaire (RESPITE) ont été lancés en avril 2025. L’installation prévoit une capacité de 25 MWc et un stockage sur batteries de 36 MWh. Elle doit aussi accompagner l’électrification rurale, avec 1 853 lampadaires et le raccordement d’environ 12 100 ménages dans le dispositif initial.
L’amélioration des infrastructures de transport répond à une autre contrainte ancienne du septentrion. Le programme national des 21 ponts modulaires Unibridge vise notamment à assurer la continuité des déplacements sur des axes exposés aux coupures pendant les périodes de pluies. Dans la préfecture de la Kéran, un pont métallique de 2,2 milliards de francs CFA figure parmi ces ouvrages.
Le désenclavement se joue aussi sur les grands axes. Le Projet de corridor économique Lomé-Ouagadougou-Niamey (PCE-LON), financé au niveau régional par 470 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA), comprend notamment la réhabilitation de la Route nationale numéro 1 entre Aouda et Kara sur 115 kilomètres. Le financement attribué au Togo représente 120 millions de dollars.
Cet axe de 1 065 kilomètres relie les trois capitales et constitue une voie essentielle pour le transit des marchandises depuis le port de Lomé vers l’hinterland. Le projet prévoit aussi des actions sur les procédures douanières, les services de transport, la sécurité routière et les infrastructures économiques locales. La Banque mondiale estime que le dispositif doit réduire de 25 % le temps d’acheminement du fret entre Lomé et Niamey.
L’économie rurale figure également parmi les priorités. Le Programme régional d’appui au développement de l’économie pastorale en Afrique de l’Ouest et au Sahel (PRADEP-AOS), lancé en juillet 2026, dispose d’une enveloppe de 60 millions d’euros pour treize pays sur la période 2025-2030. Le Togo fait partie des pays concernés. Le programme vise notamment la mobilité pastorale, la santé animale, la structuration des filières et la résilience des territoires.
Dans les Savanes et la Kara, ces investissements répondent ainsi à des besoins qui se recoupent. Une route facilite l’accès aux marchés. Un pont réduit les ruptures de circulation. Une capacité électrique plus stable élargit les possibilités pour les ménages et les entreprises. L’appui à l’agriculture et à l’élevage renforce les revenus ruraux. Les programmes sociaux cherchent, eux, à réduire la vulnérabilité des populations exposées aux effets de la crise sécuritaire.
Cette accumulation de projets traduit une évolution du traitement des fragilités du nord du pays. La réponse humanitaire demeure nécessaire, notamment face aux déplacements forcés, mais elle se combine désormais avec des investissements dans les infrastructures et les activités économiques. Le bureau conjoint des Nations unies ouvert dans les Savanes en avril 2026 illustre aussi cette volonté de rapprocher les interventions internationales des communautés et des autorités locales.
Le défi porte désormais sur la capacité de ces investissements à produire des effets durables sur l’emploi, les revenus, les échanges et l’accès aux services. Pour les régions des Savanes et de la Kara, l’enjeu ne se limite donc plus à corriger les déficits d’infrastructures. Il consiste aussi à mieux relier les territoires ruraux aux centres urbains, aux marchés nationaux et aux grands corridors commerciaux de l’Afrique de l’Ouest.
