Quarante ans déjà que Gervais Djondo et Bassabi Kagbara ont engagé leurs parcours dans la construction d’institutions destinées à servir l’économie et les compétences africaines. Tous deux anciens directeurs généraux de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ils ont depuis emprunté des voies différentes, l’un dans la finance et le transport aérien panafricains, l’autre dans l’enseignement supérieur, avec une même volonté de bâtir sur le temps long.
Leurs noms restent associés à deux aventures entrepreneuriales qui ont progressivement dépassé le cadre togolais. Gervais Djondo est lié à la création d’Ecobank et d’ASKY, tandis que Bassabi Kagbara a consacré une part essentielle de son parcours au développement de l’Institut africain d’administration et d’études commerciales (IAEC). Deux trajectoires distinctes, mais une même conception de l’action économique, celle qui consiste à créer des structures capables de durer et de former de nouvelles générations.
Gervais Djondo, bâtir des passerelles entre les économies africaines
L’empreinte de Gervais Djondo se lit d’abord dans la finance. Après ses responsabilités dans l’administration togolaise et à la CNSS, il s’oriente vers le secteur privé et prend part à la réflexion qui aboutira à la création d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) en 1985 à Lomé. Avec ses partenaires africains, il contribue alors à donner naissance à une banque conçue dès l’origine pour accompagner les échanges et les activités économiques du continent.
L’ambition était considérable pour l’époque. Il ne s’agissait pas simplement de créer une banque supplémentaire, mais de construire un réseau africain capable de relier des marchés longtemps cloisonnés. Au fil des années, Ecobank s’est développé dans de nombreux pays et est devenu l’un des groupes bancaires panafricains les plus connus.
L’expérience de Djondo ne s’est toutefois pas arrêtée à la banque. En 2010, il participe à la création d’ASKY, compagnie aérienne panafricaine basée à Lomé. Le projet répond à une autre difficulté de l’intégration régionale, celle des liaisons entre capitales africaines. La compagnie développe progressivement son réseau et dessert aujourd’hui plusieurs dizaines de destinations sur le continent.
Ces deux projets permettent de comprendre la cohérence de son parcours. La banque facilite la circulation des capitaux. Le transport aérien facilite celle des personnes et des marchandises. Dans les deux cas, l’objectif repose sur la création de connexions entre économies africaines.
Bassabi Kagbara, investir dans le capital humain
Le parcours de Bassabi Kagbara emprunte une autre voie, mais répond à une préoccupation comparable. Après son passage à la direction générale de la CNSS, il choisit de miser sur la formation. En 1986, il fonde l’IAEC, alors que l’enseignement supérieur privé demeure encore peu développé au Togo.
L’établissement va progressivement élargir son offre et son rayonnement. Selon les données communiquées dans le document de référence, plus de 40 000 apprenants y ont été inscrits depuis sa création et plus de 25 000 ont obtenu leur diplôme. Ces générations de formés constituent l’un des principaux marqueurs de la longévité du projet.
Le choix de l’enseignement supérieur traduit une autre manière de concevoir le développement. Une économie ne peut durablement se transformer sans disposer de cadres, de techniciens, d’entrepreneurs et de responsables capables de porter ses institutions. En investissant dans la formation, Kagbara a ainsi placé le capital humain au centre de son projet.
Deux héritages, une même conception de la construction africaine
La différence entre les deux parcours tient donc moins à leurs finalités qu’aux moyens employés. Djondo a travaillé sur les infrastructures financières et la mobilité. Kagbara s’est concentré sur les compétences et la transmission des connaissances. L’un a contribué à rapprocher les économies. L’autre a participé à renforcer les ressources humaines appelées à les faire fonctionner.
Leur passage par la CNSS constitue leur premier point de convergence. À des périodes différentes de leurs carrières, cette institution a constitué une étape importante avant leur orientation vers des projets plus larges. Leur itinéraire illustre ainsi une génération de cadres togolais dont l’expérience administrative a ensuite nourri des initiatives privées à vocation nationale ou continentale.
Chez Gervais Djondo, la dimension panafricaine est particulièrement visible. Ecobank a été pensée dès son origine comme une institution financière africaine. ASKY répond, elle aussi, à une logique d’intégration régionale. Ces deux expériences reposent sur la même idée, celle d’une Afrique mieux reliée à elle-même.
Chez Bassabi Kagbara, l’élargissement géographique de l’initiative éducative répond à une logique comparable. Le développement de structures de formation au-delà du seul marché togolais traduit la volonté de répondre à une demande africaine en compétences professionnelles.
Cette double trajectoire permet aussi de mesurer ce que signifie bâtir une institution. Une entreprise ou une école peut être créée en quelques années. Sa véritable solidité se vérifie sur plusieurs décennies, dans sa capacité à continuer de fonctionner, à se développer et à transmettre une culture professionnelle après le départ de ceux qui l’ont fondée.
C’est précisément ce que racontent les parcours de Djondo et Kagbara. Leur héritage ne se limite pas aux postes occupés ni aux distinctions reçues. Il se retrouve dans les cadres formés, les emplois créés, les réseaux constitués et les institutions qui continuent de porter leur vision.
Leur reconnaissance prend d’autant plus de sens qu’elle intervient de leur vivant. Elle permet de regarder autrement les parcours de dirigeants africains dont l’apport s’apprécie moins dans l’éclat d’une fonction que dans la durée des réalisations.
Quarante ans après les premières décisions qui ont orienté leurs trajectoires, les deux hommes présentent ainsi deux figures complémentaires du développement africain. Gervais Djondo a contribué à construire des passerelles financières et aériennes entre les pays. Bassabi Kagbara a consacré son énergie à la formation de celles et ceux appelés à faire vivre les économies et les administrations.
Deux anciens directeurs généraux de la CNSS, deux secteurs différents, deux histoires entrepreneuriales. Mais une même idée demeure au cœur de leurs parcours, celle qu’une carrière prend toute sa portée lorsque le travail accompli laisse derrière lui des institutions capables de continuer à servir les générations suivantes.
