Pour les nouveaux bacheliers, l’orientation ne devrait plus se réduire à la recherche d’une place à l’université. Les écarts de scolarisation dans l’enseignement supérieur et la progression du chômage des diplômés dans plusieurs pays africains invitent à reconsidérer une idée largement répandue. Obtenir le baccalauréat ne signifie pas nécessairement poursuivre un cursus universitaire, encore moins choisir une filière sans examiner ses débouchés.
Le passage du lycée à l’enseignement supérieur est souvent présenté comme une continuité presque naturelle. Pourtant, l’université n’est obligatoire ni dans la plupart des systèmes éducatifs ni dans les trajectoires professionnelles. Les données comparatives disponibles en donnent une illustration nette. En 2017, le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur atteignait 14 % au Maroc, 32 % en Algérie et 37 % en Tunisie. Il dépassait 80 % aux États-Unis et atteignait 95 % en République de Corée. La Chine affichait, pour sa part, un taux de 23 %, contre 6 % en 1999.
Ces écarts ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une relation directe entre niveau de fréquentation universitaire et développement économique. Ils montrent en revanche que les trajectoires nationales sont diverses et qu’une économie peut se développer sans que la majorité de sa jeunesse accède à l’université. Pour un bachelier, la poursuite d’études doit répondre à un projet de qualification et non à la seule volonté de prolonger la scolarité.
Le choix d’une formation professionnelle ou technologique peut, selon les secteurs et les compétences recherchées, conduire vers des métiers qui ne nécessitent pas un cursus universitaire. À l’inverse, certaines professions exigent plusieurs années d’études supérieures et des qualifications précises. La première décision consiste donc moins à choisir entre « université » et « emploi » qu’à identifier le parcours de formation correspondant au métier envisagé.
À ce jour, il est clair que le diplôme universitaire ne garantit pas automatiquement l’insertion professionnelle. Dans plusieurs pays africains, l’augmentation du nombre de diplômés s’est produite dans des économies où la création d’emplois qualifiés ne progresse pas au même rythme. Les titres scolaires peuvent alors perdre une partie de leur pouvoir d’insertion, particulièrement lorsque les compétences acquises ne correspondent pas suffisamment aux besoins du marché du travail.
Cette situation est souvent désignée par les démographes comme un « chômage paradoxal ». Le niveau d’instruction, qui devrait normalement accroître les possibilités d’accès à l’emploi, ne produit pas nécessairement cet effet lorsque l’économie ne crée pas suffisamment de postes correspondant aux qualifications disponibles.
Ces chiffres ne constituent pas un argument contre l’enseignement supérieur. Ils rappellent plutôt qu’un diplôme prend sa pleine valeur lorsqu’il s’accompagne de compétences effectivement mobilisables dans la vie professionnelle. La question de l’orientation commence donc bien avant l’inscription dans un établissement.
Elle concerne d’abord le choix de la filière. Là encore, les statistiques invitent à dépasser les représentations habituelles. Au Togo, la majorité des étudiants se répartissaient, entre ces domaines. Aucune de ces disciplines ne peut être qualifiée, sur la seule base de ces proportions, de filière « inutile » ou de filière garantissant un emploi. Les lettres, le droit, l’économie, les sciences humaines, les sciences, la santé ou les technologies répondent à des besoins différents. La question pertinente porte plutôt sur le contenu de la formation, les compétences acquises et les possibilités de les valoriser après le diplôme.
Pour un nouveau bachelier, cela suppose de regarder au-delà de l’intitulé d’une licence ou de la réputation d’un établissement. Le contenu des enseignements, les spécialisations proposées, les stages, les passerelles, les certifications complémentaires, les métiers accessibles et les conditions d’exercice de ces professions méritent d’être examinés avant toute inscription.
Les aptitudes personnelles doivent entrer dans cette équation. Une orientation fondée uniquement sur la pression familiale, la popularité d’une filière ou l’idée qu’un diplôme serait socialement plus prestigieux qu’un autre peut conduire à un parcours mal adapté. À l’inverse, une formation choisie en fonction des capacités réelles du jeune et du type de métier qu’il souhaite exercer permet de donner davantage de cohérence aux années d’études qui suivent le baccalauréat.
La formation professionnelle mérite, dans cette perspective, la même attention que l’enseignement universitaire. Elle ne constitue pas une voie de second rang. Dans une économie qui recherche des compétences techniques et opérationnelles, les métiers de l’industrie, de l’agriculture modernisée, du numérique, de la maintenance, de l’énergie, du bâtiment, de la santé ou de nombreux services nécessitent des qualifications précises, qui peuvent être acquises par des parcours autres que l’université.
Le véritable risque, pour un jeune bachelier, n’est donc pas de ne pas entrer à l’université. Il réside davantage dans le choix d’une formation sans avoir examiné ce qu’elle permet réellement d’apprendre et les perspectives qu’elle ouvre. Le diplôme constitue une qualification ; il ne dispense ni de construire des compétences, ni d’acquérir de l’expérience, ni de comprendre les évolutions du monde professionnel.
L’orientation post-bac devrait ainsi commencer par une interrogation : quelle compétence le jeune souhaite-t-il maîtriser et vers quel métier cette compétence peut-elle le conduire ? La réponse peut mener à l’université, à une école spécialisée, à une formation professionnelle ou à une autre voie de qualification. Elle mérite surtout d’être recherchée avant l’inscription, et non après plusieurs années d’études.
