À Paris, le 30 octobre, le Président du Conseil de la République du Togo, Faure Éssozimna Gnassingbé, n’a pas seulement parlé de paix. Il a rappelé, avec force et humilité, que l’Afrique a désormais les moyens et le devoir de construire la sienne. Co-organisée par la France et le Togo, la conférence internationale sur la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs a été marquée par l’intervention du Président du Conseil de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé. Dans un discours empreint d’humanisme et de lucidité, le dirigeant togolais a appelé à une refondation du modèle humanitaire africain, plaçant le continent au cœur de sa propre réponse.

Un appel à une réponse africaine et durable
Dès les premières lignes de son allocution, le Président du Conseil a dressé un constat sans détour. La région des Grands Lacs, a-t-il rappelé, vit depuis des années « l’une des crises humanitaires les plus graves au monde », avec plus de six millions de déplacés. Devant cette réalité douloureuse, il a plaidé pour que l’urgence ne se limite plus à la survie immédiate, mais ouvre la voie à une reconstruction durable.
Pour Faure Gnassingbé, « l’aide humanitaire doit devenir un pont vers le développement ». Derrière cette formule, une idée forte : l’Afrique ne peut plus dépendre éternellement de mécanismes d’assistance extérieure. Les camps doivent redevenir des villages, les distributions se transformer en circuits économiques, et les actions d’urgence se prolonger en projets structurants.
Le Président du Conseil a insisté sur la nécessité d’une appropriation africaine de la réponse humanitaire. Selon lui, les États du continent doivent cofinancer les programmes, mobiliser leurs diasporas et impliquer leurs entrepreneurs dans la création d’outils innovants de solidarité. Une manière, dit-il, de rendre à l’Afrique sa dignité et sa souveraineté face aux crises récurrentes.

Pour une gouvernance humanitaire ancrée en Afrique
Poursuivant son propos, le chef du gouvernement togolais a appelé à replacer la protection des civils au centre de la responsabilité collective. Il a souligné que la gestion des secours ne peut plus être pilotée à distance, sans coordination locale ni contrôle africain.
Faure Gnassingbé a évoqué la nécessité d’un cadre de gouvernance plus cohérent, fondé sur les structures régionales existantes telles que la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ou l’ Union africaine. Ces instances, a-t-il rappelé, disposent de la légitimité et de la proximité nécessaires pour assurer une gestion efficace, transparente et adaptée aux réalités du terrain.
Le Président du Conseil a également mis en garde contre la dérive possible de l’aide humanitaire, parfois instrumentalisée dans des zones de conflit. Il a insisté sur l’urgence d’un contrôle africain renforcé pour garantir que « l’aide soulage sans nourrir la dépendance » et qu’elle « stabilise sans figer les rapports de force ».

Une économie de guerre à transformer en économie de paix
Dans la dernière partie de son discours, Faure Gnassingbé a abordé un sujet souvent tabou : le lien direct entre crise humanitaire et économie illégale. Avec franchise, il a dénoncé « l’exploitation minière informelle et le commerce illicite des ressources », qui alimentent les groupes armés tout en appauvrissant les populations.
Le Président du Conseil a proposé une approche économique de la paix, fondée sur la traçabilité des ressources et la transformation locale. Pour lui, chaque minerai extrait doit devenir un vecteur de développement, et non une source de conflit. Cette vision, à la fois économique et éthique, veut rompre le cycle de la dépendance et faire des richesses du sous-sol africain un levier de stabilité.
Une solidarité nouvelle, porteuse de dignité et de responsabilité
En conclusion, Faure Gnassingbé a livré un message empreint d’espérance. La crise des Grands Lacs, a-t-il affirmé, « est un test moral pour le monde et un test politique pour l’Afrique ». Elle appelle à transformer la compassion en solutions concrètes, à faire de l’urgence un tremplin vers l’avenir, et de la solidarité un instrument de souveraineté.

Ce discours, applaudi par l’assistance, réaffirme la place du Togo comme acteur central des initiatives de paix et de stabilité sur le continent. Fidèle à sa diplomatie d’équilibre, le Président du Conseil démontre que le leadership africain ne se mesure pas à la taille d’un pays, mais à la clarté d’une vision.
Lire ci-dessous l’intégralité du discours du Président du Conseil..
