Le Président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, est arrivé ce lundi à Luanda pour prendre part au 7e Sommet Union européenne-Union africaine. Le dirigeant togolais a annoncé sa participation à cette rencontre de haut niveau placée sous le thème « Promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme effectif ». Près de 80 chefs d’État et de gouvernement sont attendus dans la capitale angolaise pour ces deux journées de travaux des 24 et 25 novembre. Ce qui se joue à Luanda dépasse le cadre d’une simple rencontre diplomatique. C’est l’avenir même de la relation entre les deux continents qui est en jeu, une relation qui se cherche encore et qui doit se réinventer face aux défis contemporains.

Selon le Président du Conseil, « ce rendez-vous de haut niveau réunit les dirigeants africains et européens autour des grandes ambitions de l’Agenda 2063 et de la vision conjointe UE-UA 2030 ». Ces deux feuilles de route constituent les piliers d’un partenariat renouvelé entre l’Afrique et l’Europe. L’Agenda 2063, adopté par l’Union africaine, dessine les contours d’une Afrique prospère, intégrée et pacifique. La vision conjointe UE-UA 2030, quant à elle, établit un cadre stratégique pour une coopération renforcée entre les deux unions continentales.

Le dirigeant togolais a précisé que « les échanges permettront d’approfondir les synergies entre nos deux continents dans les domaines prioritaires que sont la paix, la sécurité, la gouvernance, les mobilités et le développement durable, au bénéfice direct de nos populations ». Cette approche place les citoyens au cœur des préoccupations et souligne la nécessité de résultats concrets plutôt que de simples déclarations d’intention.
Au programme des dirigeants africains et européens, deux sessions thématiques structureront les débats. La première abordera les questions de paix, de sécurité, de gouvernance et de multilatéralisme. L’occasion sera donnée d’évoquer les crises et conflits qui affectent les deux continents, qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Soudan, de l’est de la République démocratique du Congo ou encore du Sahel. La seconde session se concentrera sur les citoyens, les migrations et la mobilité, des enjeux majeurs qui touchent directement les populations des deux rives de la Méditerranée.
Le Président du Conseil togolais a clairement exprimé sa position pour ce sommet en affirmant qu’il y « réaffirmera l’engagement du Togo à œuvrer pour un multilatéralisme plus juste, plus inclusif et plus efficace, en faveur du renforcement du partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Union africaine pour répondre aux défis sécuritaires et promouvoir la prospérité sur notre continent ». Cette déclaration traduit la vision togolaise d’un ordre international rénové, où les petits États comme le Togo peuvent faire entendre leur voix et contribuer activement aux grandes décisions mondiales.
Ce 7e sommet constitue la troisième édition à se dérouler sur le continent africain après celui du Caire en 2000 et d’Abidjan en 2017. Cela fait donc 25 ans que les deux continents se retrouvent à intervalle plus ou moins régulier pour évoquer leur partenariat. António Costa, président du Conseil européen, souhaite construire « un partenariat robuste, équilibré et tourné vers l’avenir ». Pourtant, cet avenir pose question et suscite de nombreuses interrogations quant à la nature même de la relation afro-européenne.

Plusieurs observateurs estiment que cette relation doit être profondément revisitée. Pascal Saint-Amans, professeur à l’Université de Lausanne en Suisse et présent à Luanda, souligne que « les échanges économiques ont longtemps été dans une relation coloniale, mais je crois qu’avec la révision globale de la géopolitique mondiale, on a une relation qui est plus sur un pied d’égalité, moins paternaliste et c’est une très bonne chose ». Cette analyse reflète une évolution significative des mentalités et des rapports de force sur la scène internationale.
C’est dans cette perspective que l’Union européenne a lancé le Global Gateway, une stratégie annoncée en 2021 qui vise à mobiliser plus de 300 milliards d’euros d’investissements d’ici 2027, dont 150 milliards spécifiquement destinés à l’Afrique. Ce plan ambitieux devait être au cœur du forum des affaires qui a précédé le sommet des chefs d’État ce matin du 24 novembre. L’objectif affiché consiste à développer les infrastructures, à stimuler l’économie verte et à renforcer les chaînes de valeur entre les deux continents.
Néanmoins, certains membres de la délégation européenne mettent en garde contre une approche exclusivement mercantile. Un participant croisé dans un des hôtels de la capitale angolaise s’interroge en ces termes: « L’Union européenne ce sont des valeurs, si nous les laissons tomber, qui serons-nous? » Il insiste sur la nécessité de continuer à parler gouvernance et droits de l’homme. Pour lui, l’Europe « ne doit pas avoir la même offre que les autres partenaires », une allusion claire à la Chine et à la Russie qui rivalisent d’influence sur le continent africain.
L’urgence humanitaire constitue également un paramètre important dans la redéfinition de cette relation. L’Union européenne est devenue, dans certains pays comme la République démocratique du Congo, le premier bailleur du secteur humanitaire. Cette évolution s’explique notamment par la baisse des aides en provenance des États-Unis. Il devient donc nécessaire de trouver un nouvel équilibre entre l’aide humanitaire d’urgence et l’investissement productif de long terme.
Certaines voix africaines regrettent toutefois que l’Union européenne mette désormais plus l’accent sur les questions économiques et sécuritaires, plutôt que sur la démocratie et les droits humains. Des observateurs notent que lorsqu’on interpelle l’UE sur des questions de gouvernance, la réponse se limite souvent à « non, moi je ne m’immisce pas dans les affaires intérieures, je ne fais qu’aider sur le plan économique et humanitaire ». Ce changement d’approche suscite des interrogations sur l’identité même du partenariat européen.
Cette rencontre de Luanda survient dans un contexte géopolitique particulièrement complexe. L’Afrique est redevenue un terrain d’influence où se disputent plusieurs puissances mondiales. Dans ce contexte, l’Union européenne cherche à conserver son statut de principal partenaire africain, tout en proposant une offre distincte de celle de ses concurrents. Les données commerciales illustrent l’ampleur des enjeux. L’Union européenne demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique et le principal fournisseur d’investissements directs étrangers sur le continent.
Le choix de l’Angola pour accueillir ce sommet n’est pas anodin. Ce géant énergétique, riche en pétrole et en diamants, incarne les ambitions du continent en matière de développement économique et d’infrastructures. Le pays célèbre également cette année son 50ᵉ anniversaire d’indépendance, tout comme plusieurs autres nations africaines. Cette symbolique historique confère une résonance particulière aux travaux de Luanda et rappelle le long chemin parcouru depuis les indépendances.

Pour Faure Gnassingbé, le multilatéralisme effectif dont il est question dans la capitale angolaise doit permettre de concrétiser les ambitions exprimées dans sa déclaration. Le Togo, malgré sa petite taille, entend jouer pleinement son rôle dans cette dynamique de transformation du partenariat afro-européen. Le pays s’est d’ailleurs illustré ces dernières années par son dynamisme diplomatique et sa capacité à servir de pont entre différentes sensibilités sur le continent.
Les deux journées de sommet offriront l’occasion d’approfondir les synergies entre les deux continents sur des questions fondamentales. Au-delà des déclarations d’intention, les populations africaines et européennes attendent des engagements concrets et des résultats tangibles. C’est précisément ce que le Président du Conseil togolais compte défendre lors des échanges avec ses homologues africains et européens, portant ainsi la voix d’un multilatéralisme renouvelé et véritablement bénéfique pour tous.
Cette visite à Luanda s’inscrit dans la continuité de l’engagement diplomatique actif du Togo sur la scène continentale et internationale. En participant à ce rendez-vous historique, Faure Gnassingbé réaffirme la détermination de son pays à œuvrer pour un monde plus juste, où le dialogue et la coopération l’emportent sur les logiques de confrontation. Le multilatéralisme, tel qu’il le conçoit, doit être un instrument au service de la paix et du développement durable, bénéficiant directement aux peuples des deux continents.
Le sommet de Luanda représente donc bien plus qu’une simple rencontre diplomatique. Il symbolise la volonté commune de redéfinir les termes d’une relation vieille de 25 ans, en tenant compte des réalités contemporaines et des aspirations légitimes des populations. Dans un monde marqué par de profondes mutations géopolitiques, l’Afrique et l’Europe tentent ensemble de tracer les contours d’un partenariat adapté aux défis du XXIᵉ siècle, avec des leaders comme Faure Gnassingbé qui portent cette ambition d’un multilatéralisme effectif et inclusif.
