Cinquième vote indicatif, cinquième désillusion, l’ancien président sénégalais ne convainc pas le Conseil de sécurité, et ses opposants sont désormais deux fois plus nombreux que ses soutiens. Les faits sont têtus. Le 7 octobre, Macky Sall a recueilli 5 votes d’encouragement et 10 de découragement. Aucun gain en voix favorables depuis le tour précédent, et une hostilité qui grossit. En juillet, ils étaient 7 à le décourager, ils sont maintenant 10. Même l’appui du président Bassirou Diomaye Faye n’a rien changé à la tendance.
Une candidature qui s’enlise
Le parcours est celui d’une érosion continue. Au premier vote, il comptait 6 voix favorables et 2 abstentions. Les indécis ont depuis tranché, et rarement en sa faveur. Deux tiers du Conseil lui signifient désormais qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il lui faudrait 9 voix favorables et l’absence de veto, soit quatre voix de plus que son plafond actuel et une neutralité bienveillante des cinq membres permanents. L’équation relève de l’improbable.
Un bilan qui le précède
Pour ses détracteurs, ce résultat n’a rien de mystérieux, les diplomates jugent sur dossier, et celui de Macky Sall est lourd. Ils rappellent d’abord la crise politique qui a marqué la fin de son second mandat à travers manifestations meurtrières, arrestations d’opposants, contentieux autour de l’éligibilité d’Ousmane Sonko. Ils pointent surtout le report de l’élection présidentielle de février 2024, décision sans précédent dans un pays réputé pour sa tradition démocratique, qui a fini par être invalidée par le Conseil constitutionnel.
S’y ajoute le dossier de la dette. Pour ses critiques, les révélations sur l’ampleur de l’endettement du Sénégal, supérieur à ce qui avait été officiellement déclaré, entachent sa crédibilité sur la transparence et la gouvernance, deux qualités essentielles pour diriger le secrétariat d’une organisation qui prêche la bonne gestion.
Le paradoxe Diomaye
Le soutien de Dakar à un prédécesseur dont l’héritage est si contesté intrigue. Ce parrainage n’a visiblement pas pesé sur les chancelleries, et il pourrait même ajouter à la confusion. Comment convaincre le monde de voter pour un homme dont le bilan interne reste discuté chez lui ? Le Sénégal porte une candidature que beaucoup de ses citoyens n’auraient pas souhaitée.
Face à lui, une course ouverte
Pendant ce temps, la Costaricienne Rebeca Grynspan reste en tête, même si son avance s’effrite. Aucun candidat ne fait l’unanimité, et de nouveaux noms, ministres des Affaires étrangères ou chefs d’État, sont évoqués. Le vide est là, mais Macky Sall ne l’occupe pas, un candidat qui plafonne à 5 voix alors que la compétition est la plus serrée depuis trente ans n’incarne pas la solution de compromis que cherche le Conseil.
Le 16 octobre, l’heure de vérité
Le prochain vote, prévu le 16 octobre, sera un test de réalisme. À moins d’un retournement spectaculaire, la question n’est plus de savoir s’il peut gagner, mais combien de temps il maintiendra une candidature que le Conseil de sécurité semble avoir déjà jugée.
