S’abstenir sur une résolution des Nations Unies condamnant l’esclavage comme le pire crime contre l’humanité alors que son pays porte encore les cicatrices de ce traitement criminel et inhumain des êtres humains ayant fait des centaines de millions de déportés et des millions de morts la plupart jetée dans l’océan atlantique, il faut être le Bénin de Patrice Talon pour demander à son ambassadeur aux Nations Unies de jouer à la neutralité. Et quand je lis certains cons défendre cette posture par la réhabilitation de Ouidah et de la Porte de non retour par des artifices matériels et immobiliers, les bras m’en tombent.
Comment expliquer à ces esclaves de salon que la résolution des Nations Unies condamnant l’esclavage est un symbole, une immatérialité qui sera dans les annales de l’histoire ? Une reconnaissance tacite qu’aucun être humain ne peut faire l’objet d’esclavage, soumis à une idéologie quelle qu’elle soit dans un but de domination ? La question de réparations m’importe peu. Mais c’est la transcription de cet acte ignoble dans l’histoire qui est morale.
Madagascar aussi était dans cette honteuse posture. Même la Mauritanie, pays dans lequel l’esclavage des Noirs sévit encore dans certaines contrées a voté pour. C’est dire la déliquescence de l’esprit de ceux qui n’étaient ni pour ni contre alors que les descendants des esclaves du Dahomey en portent encore les stigmates de cet affreux commerce négrier. Doit-on encore le rappeler, l’actuel président béninois est un descendant de négriers, une ligne patrilinéaire d’une famille de trafiquants d’esclaves français arrivée à Ouidah vers la fin du XVIIIè siècle et dont l’ancêtre Pierre Talon était un garde d’un fort dans un port négrier. Ce sont ces Noirs qui poursuivaient d’autres Noirs pour les capturer et les vendre aux Blancs contre des prébendes. Ceci expliquerait-il cela ?
Quoi qu’il en soit l’histoire laisse des traces et c’est une honte pour l’Afrique qu’un pays ayant été l’objet d’esclavage puisse s’abstenir de voter pour cette symbolique à l’ONU. Aucun fait, aucune œuvre aussi monumentale soit-elle ne peut justifier le refus de condamner la traite négrière.
Bravo au Ghana et à John Dramani d’avoir porté en toute dignité et martelé ce crime avec des mots justes devant la représentation mondiale.
Anani Sossou
