La 363ème édition de la prise de la pierre sacrée Épé-Ékpé s’annonce sous haute tension à Glidji dans la préfecture des Lacs. La réunion préparatoire qui devait permettre de définir le calendrier de cette cérémonie s’est terminée jeudi 2 avril 2026 sur une note de discorde, ravivant les fractures au sein de la communauté traditionnelle Guin.
Au cœur de la controverse figure la lettre du régent Asafo Atsè Kangni Folly-Bebe datée du 30 mars 2026. Ce document désigne le prêtre koley Nii Mantchè comme celui qui « ira dans la Forêt Sacrée » pour accomplir les rituels liés à la détermination de la date de la cérémonie.

Cette désignation a immédiatement déclenché une vive contestation. Le régent est accusé de privilégier certains prêtres pour la conduite des rituels, au détriment d’autres figures influentes du milieu traditionnel. La mention du terme « controversé » accolé au nom de Nii Mantchè dans certains documents traduit les réticences d’une partie de la communauté.
Lors de la réunion préparatoire, la tension a rapidement monté dans la salle. Des dignitaires et prêtres vêtus de rouge, couleur symbolisant traditionnellement la contestation, ont manifesté leur opposition frontale à cette décision du régent.
Ce mouvement d’opposition ne se limite pas à la question du prêtre désigné. Les contestataires exigent la démission du régent Asafo Atsè Kangni Folly-Bebe et réclament l’installation d’un roi, symbole d’une autorité qu’ils jugent plus légitime pour diriger les affaires traditionnelles de Glidji.
Cette revendication d’un retour à la royauté témoigne d’un malaise profond sur la gouvernance traditionnelle. Le système de régence instauré semble ne plus faire l’unanimité au sein d’une partie significative de la population et des dignitaires traditionnels.
Pourtant, les textes fondamentaux adoptés le 2 août 2016 au palais royal de Glidji précisent clairement les règles de détermination de la date de la prise de la pierre. L’article 18 de ces textes limite l’organisation à trois localités : Glidji, Agbodrafo et Aného.

Ces mêmes textes attribuent au temple SAKUMO de Glidji-Kpodji un rôle central dans la coordination des cérémonies. La lettre d’invitation aux autres temples doit être envoyée irrévocablement dans la première semaine d’avril, conformément aux dispositions établies.
La lettre du régent datée du 30 mars 2026 s’inscrit donc dans ce cadre temporel réglementaire. Toutefois, c’est le contenu de cette correspondance, notamment la désignation de Nii Mantchè, qui cristallise les oppositions et ravive d’anciennes querelles.
Le prêtre Nii Mantchè n’en est pas à sa première controverse. Son nom a déjà été associé à des tensions lors d’éditions précédentes de l’Épé-Ékpé, alimentant les suspicions d’une partie de la communauté sur ses méthodes et son positionnement dans les affaires traditionnelles.
Prévue pour août ou septembre 2026, la prise de la pierre sacrée Épé-Ékpé marque le Nouvel An du peuple Guin. Cette cérémonie ancestrale devait symboliser l’unité et la continuité des traditions séculaires qui fondent l’identité de cette communauté.

Mais avec ces tensions dès le début des réunions préparatoires, le spectre d’une édition mouvementée plane sur Glidji. Les observateurs craignent que cette 363ème édition ne se termine dans les gaz lacrymogènes et les affrontements, comme ce fut le cas lors de l’édition de 2016.
L’année 2016 reste gravée dans les mémoires comme une période sombre pour l’Épé-Ékpé. Les affrontements violents qui avaient émaillé la cérémonie avaient nécessité l’intervention des forces de l’ordre et jeté le discrédit sur cette tradition millénaire.
Les autorités traditionnelles et administratives sont donc appelées à une vigilance accrue pour éviter que l’histoire ne se répète. La médiation et le dialogue s’imposent pour apaiser les tensions et préserver la sacralité de cette cérémonie inscrite au patrimoine mondial.
Car au-delà des querelles de personnes et de légitimité, c’est l’image même de l’Épé-Ékpé qui est en jeu. Le rite sacré du Nouvel An a été inscrit en 2025 au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, consacrant sa valeur universelle exceptionnelle.
Cette reconnaissance internationale impose une responsabilité collective de préserver l’intégrité et la dignité de cette tradition ancestrale. Les dissensions internes risquent de ternir cette distinction et de priver la communauté Guin du rayonnement que cette inscription devrait lui apporter.
