La victoire était ample, nette et rassérénante. Les Éperviers ont surclassé le Bénin 5 buts à 1 à la fin d’un stage marocain qui s’éternisait. Cette performance efface une première sortie décevante face à la Centrafrique conclue sur un match nul. Elle signale surtout que l’équipe togolaise retrouve progressivement son élan avant les enjeux réels de septembre.
Patrice Neveu, sélectionneur français depuis plusieurs mois, contemple à peine ses succès immédiats. Son regard demeure fixé sur une échéance bien plus lointaine. « Pour nous, c’est une bonne fin de stage. Nous avons beaucoup travaillé, les joueurs se sont beaucoup impliqués », a-t-il déclaré après la victoire. Cette formule diplomatique dissimule une réalité plus complexe. Le match contre le Bénin n’était qu’une étape. Les vraies épreuves débutent dans trois mois en Afrique du Nord.

Le Togo aura affronté l’Algérie, la Zambie et le Burundi entre septembre et novembre 2026. Deux places qualificatives sortiront de cette poule pour la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies Pamoja 2027. C’est dire l’importance de chaque rencontre. Or, le Togo n’a pas participé à une CAN depuis quatre éditions. Cette absence prolongée pèse sur le moral collectif. Elle demande donc une préparation rigoureuse.
Neveu affiche la conscience de cette réalité. « Après tout, nous étions conscients du match nul contre la Centrafrique, un match qu’on aurait normalement dû gagner. Donc nous avons effectué des corrections et nous sommes restés confiants », a-t-il exposé. Cette analyse révèle un entraîneur qui apprend de chaque séance. Le nul contre l’Afrique du Centre aurait pu démoraliser. Au lieu de cela, Neveu l’a transformé en matière pédagogique. Les corrections apportées entre le 5 et le 9 juin ont porté leurs fruits.

Parmi ces corrections figurait le choix de titulariser les joueurs locaux. Cette décision surprit beaucoup. Les sélectionneurs évitent généralement d’exposer les talents domestiques face aux équipes établies. Neveu a procédé différemment. « J’ai titularisé les locaux car j’ai besoin de les voir. Ils ont aussi besoin de s’imprégner du rythme du haut niveau. Ils ont fait une bonne prestation. L’un d’eux a même marqué », a-t-il affirmé. Cette prise de risque calculée traduit une vision long terme. Neveu construit avec les ressources togolaises disponibles, pas uniquement avec les expatriés qui brillent en Europe ou en Afrique du Nord.
Un joueur du contexte local a marqué contre le Bénin. Cet accomplissement individuel revêt une dimension symbolique. Il dit aux jeunes Togolais que le chemin vers l’équipe nationale passe aussi par les championnats domestiques. C’est un contre-discours aux narratives qui prétendent que seuls les émigrés méritent une sélection. Neveu contredit ce discours par les faits.

Djibril, un cadre de la sélection, a aussi livré une prestation convaincante. Son implication confirmait que Neveu dispose de ressources stables autour desquelles construire. Entre les jeunes locaux qui montent en puissance et les cadres établis qui maintiennent leur niveau, une équipe équilibrée prend progressivement forme.
Or, cet équilibre s’opère dans un contexte de pression certaine. Le groupe I des éliminatoires place le Togo face à l’Algérie, nation de premier plan du football africain. Les Fennecs ont dominé les Togolais lors des dernières compétitions. Ils demeurent favoris du groupe malgré les deux billets qualificatifs. Cependant, Neveu refuse l’excuse de la difficulté. « L’Algérie reste une grande nation du football africain avec beaucoup d’expérience au haut niveau, mais il ne faut pas oublier qu’il y aura deux équipes qualifiées dans ce groupe. Nous allons jouer nos chances avec ambition et détermination », a-t-il déclaré lors du tirage au sort en mai.
Zambie et Burundi complètent le groupe. Ce sont des adversaires bien moins prestigieux que l’Algérie, mais pas à négliger. Neveu connaît ces deux sélections pour les avoir affrontées dans des contextes précédents. Il sait qu’elles peuvent rivaliser à un bon niveau. Ces deux matchs offriront des opportunités réelles de victoire.
Entre ces objectifs à moyen terme et les besoins immédiats demeure la question du financement, de l’organisation et de la cohésion du groupe. Neveu l’aborde de front. « Je suis aussi satisfait pour le peuple togolais parce que cela fait des années que c’est difficile pour eux. Qu’ils prennent déjà du plaisir avec nous, même si c’est un match amical, c’est important », a-t-il confié. Cette phrase traduit l’empathie d’un entraîneur conscient du contexte émotionnel entourant le football togolais.
Quatre ans sans CAN, c’est long pour une nation de sept millions d’habitants où le football occupe une place centrale. Les supporters rêvent d’un retour à Dakar, Accra ou dans les autres capitales qui accueillent la compétition. Chaque victoire, même amicale, réveille cet espoir.

« L’effectif est en train de s’agrandir et je pense qu’il s’agrandira encore plus après la tournée que j’effectuerai. Une équipe est en train de prendre forme et nous avons besoin de la confiance de tout le monde aussi », a poursuivi Neveu. Ces paroles promettent du mouvement. Des visites supplémentaires auprès des joueurs français ou régionaux sont probables. Un affinement du groupe demeure envisageable.
Pour l’instant, Neveu capitalise sur le momentum de la victoire face au Bénin. Le stage marocain s’achève avec des enseignements positifs. Les trois mois avant septembre permettront de peaufiner les détails. Les matchs de septembre détermineront si cette préparation patiente a produit ses fruits ou si une autre déception attend les Éperviers.
