L’affaire de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan continue de susciter de nombreuses interrogations dans le monde du football africain. Expulsé des États-Unis sur la base d’accusations d’« association avec des personnes suspectées d’appartenir à des organisations terroristes », l’officiel somalien est rentré dans son pays où il a reçu un accueil chaleureux de la part de ses compatriotes. Mais au-delà de son retour, c’est surtout la réaction, ou plutôt l’absence de réaction, des instances dirigeantes du football africain qui interpelle.
Alors que la FIFA s’est rapidement dédouanée de toute responsabilité dans cette affaire, la Confédération Africaine de Football (CAF) a choisi ce qu’elle qualifie de « diplomatie silencieuse ». Une posture qui consiste à éviter toute communication publique afin de ne pas « aggraver la situation ».
Une stratégie qui soulève aujourd’hui de sérieuses questions.
Une prudence qui frôle l’indifférence
La diplomatie a souvent ses vertus. Elle permet parfois de résoudre des crises dans la discrétion et d’éviter les escalades inutiles. Mais lorsque le silence devient systématique face à une situation qui touche directement la dignité d’un acteur du football africain, cette prudence peut rapidement être perçue comme de l’indifférence.
Omar Abdulkadir Artan n’est pas un simple spectateur du football africain. Il représente l’une des nombreuses réussites du continent dans l’arbitrage international. Son interpellation, sa détention et son expulsion ont suscité une vague d’émotions et de débats bien au-delà des frontières somaliennes.
Dans ce contexte, le silence institutionnel de la CAF laisse un vide. Un vide que d’autres acteurs se sont empressés de combler.
Le contraste saisissant avec la réaction canadienne
Au Canada, la réaction a été tout autre. David Eby, Premier ministre de la Colombie-Britannique, a publiquement pris position en faveur de l’arbitre somalien. Dans une déclaration remarquée, il a affirmé qu’Omar Abdulkadir Artan serait le bienvenu au Canada et qu’il méritait d’être accueilli et célébré pour les épreuves qu’il a traversées.
Plus encore, il a évoqué la possibilité de le voir arbitrer à Vancouver.
Cette prise de position n’efface pas les difficultés rencontrées par l’arbitre, mais elle traduit une volonté politique claire : défendre publiquement une personne dont la réputation et la carrière ont été affectées par une décision controversée.
Pendant ce temps, en Afrique, le principal organe chargé de défendre les intérêts du football continental reste silencieux.
La CAF face à ses responsabilités morales
Il ne s’agit pas de demander à la CAF de s’opposer frontalement aux autorités américaines ou de se substituer aux mécanismes diplomatiques des États. Mais une organisation qui se présente comme la maison du football africain a également une responsabilité morale envers ses arbitres, ses joueurs et ses dirigeants.
Une communication mesurée, exprimant de la solidarité ou réaffirmant la présomption d’innocence, n’aurait probablement pas aggravé la situation. Au contraire, elle aurait envoyé un signal fort : celui d’une institution prête à défendre ses représentants lorsque ceux-ci traversent des moments difficiles.
Le problème de la « diplomatie silencieuse » est qu’elle finit souvent par être interprétée comme une absence de position. Et dans certaines circonstances, ne pas prendre position revient à laisser les autres écrire seuls le récit.
L’affaire Omar Abdulkadir Artan restera peut-être comme un simple épisode diplomatique. Mais elle pourrait aussi devenir un révélateur des limites de la communication institutionnelle du football africain. Car dans le monde moderne, défendre ses acteurs ne passe pas uniquement par des démarches discrètes en coulisses ; cela passe aussi par la capacité à porter une voix forte lorsque les circonstances l’exigent.
Courage à l’arbitre somalien et bonne compétition à toutes les équipes.
Sans Rancune
