Une architecture de paix se consolide progressivement. Lundi 8 juin, le Togo réunissait les acteurs centraux de la médiation africaine pour évaluer les six mois d’efforts engagés depuis janvier. L’enjeu demeure considérable : transformer des initiatives dispersées en stratégie continentale cohérente pour stabiliser l’Est de la RDC et les Grands Lacs.
Le panel des facilitateurs de l’Union africaine (UA) rassemblait un aréopage impressionnant. Sahle-Work Zewde, ancienne Présidente éthiopienne et vice-présidente du panel, côtoyait Catherine Samba-Panza de la République centrafricaine. Mokgweetsi Masisi du Botswana, Uhuru Kenyatta du Kenya en ligne et Olusegun Obasanjo du Nigeria complétaient ce collège de statuts. Ces cinq anciens chefs d’État incarnent la profondeur du leadership africain mobilisé autour de la cause.

Au-delà du panel, la participation fut massive. La Commission de l’UA, la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) convergeaient au Palais des congrès. S’ajoutaient des représentants des Nations unies, dont le chef de la MONUSCO, et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Cette configuration répondait à un diagnostic clair : les efforts de paix, bien qu’intensifs, manquaient de synchronisation. Chaque cadre régional, chaque mécanisme onusien, chaque initiative diplomatique parallèle agissait en partie indépendamment. Le résultat demeurait une fragmentation qui minait l’efficacité collective. Le Togo visait donc à souder ces forces dispersées sous une direction africaine forte.
Faure Gnassingbé, Médiateur de l’UA, a rappelé le bilan des six derniers mois. « Nous avons franchi une étape importante depuis le mois de janvier en mettant davantage d’ordre dans l’architecture de la médiation africaine. Je suis convaincu que cette rencontre marque une avancée significative dans l’amélioration de notre action collective et dans la recherche de solutions durables à cette crise », a-t-il affirmé. Cette évaluation reconnaît les progrès tout en signalant les frictions persistantes.
Le contexte sur le terrain reste préoccupant. Les violations répétées du cessez-le-feu demeurent les symptômes les plus visibles d’une crise loin d’être résolue. La situation humanitaire s’aggrave. Les déplacements massifs de populations civiles se multiplient. Les drones ont rejoint l’arsenal des combattants. Face à cette dégradation, les appels à la bonne foi, au respect des cessez-le-feu et à l’ouverture des corridors humanitaires résonnent comme une forme de pression graduée.
La réunion a pris plusieurs décisions concrètes. Le Secrétariat conjoint indépendant préparera un plan d’action opérationnel détaillé pour juillet 2026. Les communautés économiques régionales ont reçu pour consigne d’amplifier leur implication active. Le Médiateur intensifiera les dialogues directs avec les principaux protagonistes du conflit en coordination étroite avec la Commission de l’UA. Ces mesures visent à rendre l’architecture de médiation davantage réactive et décisive.
Gnassingbé a souligné le chemin qui reste à parcourir. « Nous poursuivrons cette mission avec humilité, détermination et persévérance. Malgré les difficultés, nous constatons l’existence de nombreuses bonnes volontés prêtes à nous accompagner dans cette recherche de la paix », a-t-il déclaré. Cette formulation traduit à la fois la réalité des obstacles et la résolution de ne pas céder.
Le processus de Doha a enregistré une avancée remarquée. Les parties en conflit ont signé un Mémorandum d’entente sur l’opérationnalisation du Mécanisme conjoint de vérification élargi du cessez-le-feu. L’accord de Washington, négocié avec médiation américaine, progresse parallèlement. Le Togo affirme que ces deux voies ne s’excluent pas mais se renforcent mutuellement, pourvu qu’elles demeurent coordonnées et alignées.
La légitimité conferée à la médiation africaine par l’ensemble des parties et des partenaires constitue un acquis à consolider. Cette reconnaissance offre un levier pour exiger davantage de concessions des belligérants. Elle crédibilise aussi l’architecture révisée de médiation adoptée en janvier, qui clarifie les rôles et responsabilités de chacun.
Les défis structurels identifiés lors de la réunion demeurent redoutables. La communication entre le Bureau du Médiateur, le panel des facilitateurs et la Commission de l’UA requiert un perfectionnement constant. Le Secrétariat conjoint doit fonctionner sans entrave administrative ni restriction budgétaire. Les missions des facilitateurs exigent une préparation minutieuse et une protection sécuritaire robuste. L’impact réel de la médiation africaine sur les processus Washington et Doha reste à démontrer concrètement sur le terrain.
Malgré ces complexités, Lomé se consolide progressivement comme capital du dialogue africain. Le Togo offre un cadre d’accueil constant pour ces réunions de haut niveau. Il fournit la neutralité, le professionnalisme et la volonté politique que demande un travail de médiation patient et exigeant. Cette centralité togolaise, nouée autour de la personnalité et du leadership du Président Gnassingbé, devient graduellement un atout géopolitique pour l’Afrique entière dans sa quête de stabilité régionale.
