Le Togo accueillera en 2027 le Sommet de l’innovation sur l’énergie nucléaire en Afrique (NEISA), une consécration de son engagement croissant dans le secteur nucléaire du continent. Cette désignation intervient après le succès de l’édition 2026 à Kigali, qui s’est tenue du 18 au 21 mai.
Le président rwandais, Paul Kagamé, a lui-même commenté cette décision lors de la cérémonie de clôture de NEISA 2026. « Nous nous réjouissons que le Togo accueille la prochaine édition et poursuive cet élan continental, » a-t-il déclaré. Cette phrase de Kagamé synthétise une réalité géopolitique nouvelle pour le Togo, qui émerge comme acteur central dans les discussions panafricaines sur l’énergie nucléaire civile.

Le sommet de Kigali a permis aux décideurs africains, aux régulateurs, aux investisseurs et aux experts du secteur de converger autour d’une ambition partagée. Chefs d’État et ministres ont débattu des modalités de déploiement des technologies nucléaires, notamment les petits réacteurs modulaires (SMR) et les micro-réacteurs modulaires (MMR). L’accent s’est porté sur trois volets essentiels que sont la gouvernance, le financement et l’intégration technologique dans les stratégies énergétiques nationales.
Le rendez-vous de 2027 à Lomé poursuivra cette dynamique. L’événement visera à évaluer comment les États africains ont mis en œuvre les recommandations de Kigali. Il s’agira notamment de capitaliser sur l’élan créé en mai 2026, de concrétiser les partenariats stratégiques, de renforcer les cadres réglementaires régionaux et d’accélérer la formation de la jeunesse africaine aux technologies nucléaires de pointe.
L’invitation faite au Togo reflète une reconnaissance tacite des avancées engagées par le pays. En septembre 2025, le Togo a été élu au Conseil des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), l’organe suprême de gouvernance de l’agence multilatérale. Cette élection positionne Lomé au cœur des décisions mondiales concernant la sûreté nucléaire et les usages pacifiques du nucléaire.
Cette position s’est renforcée en février 2026 lorsque le Togo a signé avec l’AIEA un Cadre de programmation pays (CPP) couvrant la période 2026-2031. Le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, et le directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, ont apposé leurs signatures à Vienne en Autriche. Ce contrat quinquennal encadre l’accompagnement technique et institutionnel de l’agence onusienne dans la mise en œuvre de la politique nucléaire togolaise.
Au niveau national, le Togo a déployé une architecture institutionnelle adaptée. En janvier 2025, le gouvernement a créé le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEAT), chargé de piloter les programmes de recherche, de formation et d’application des technologies nucléaires dans la santé, l’agriculture et l’énergie. Cette structure centrale remplace une multiplicité d’initiatives fragmentées et crée une cohérence dans l’approche gouvernementale.
Parallèlement, le Togo a signé en décembre 2024 un accord avec la société américaine Nano Nuclear Energy pour la production d’électricité à partir de micro-réacteurs nucléaires. Cet accord revêt une importance stratégique pour le pays, qui cible l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030. Les micro-réacteurs pourront alimenter les zones non connectées au réseau national, accélèrant ainsi la couverture électrique.
Le Pacte National de l’Énergie du Togo, adopté récemment, cristallise cette ambition énergétique. Le président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a affirmé l’engagement du pays en ces termes : « Nous garantissons une électricité fiable, abordable et propre à tous. » Cette déclaration établit l’électricité comme élément fondamental du développement économique et social du Togo.
Les progrès réalisés jusqu’à présent sont tangibles. Le taux d’électrification, qui était de 23 pour cent en 2010, a atteint environ 75 pour cent à la fin de 2025. Cette augmentation découle de programmes structurés comme l’initiative CIZO pour l’électrification rurale et le développement de centrales solaires. Le gouvernement alloue 70 milliards de francs CFA en 2026 à des projets visant à électrifier 317 localités supplémentaires, ce qui devrait bénéficier à environ 1,5 million de personnes.
La diversification du mix énergétique constitue un pilier de cette stratégie. Le Togo vise 50 pour cent d’énergies renouvelables dans sa composition énergétique d’ici 2030. La synergie entre sources solaires, hydrogène vert et nucléaire civil crée une approche multifacette pour assurer la sécurité énergétique.
Le choix de Lomé comme ville hôte de NEISA 2027 reconnaît donc l’engagement tangible du Togo. Ce sommet permettra au pays de partager son expérience dans la mise en place de cadres réglementaires, la mobilisation de financements et le développement de partenariats stratégiques. Inversement, Lomé sera exposée aux meilleures pratiques d’autres États africains, créant un échange bidirectionnel de savoirs.
Cette désignation renforce également la position du Togo comme plateforme continentale pour les discussions d’ordre régional. Après avoir accueilli des sommets sur le transport aérien, la santé, l’éducation et d’autres domaines, le Togo consolide son rôle de pôle de convivialité et de dialogue pan-africain.
Pour l’Afrique, la convergence de dix nations africaines à la Coupe du Monde 2026 et l’accélération de l’énergie nucléaire civile marquent un tournant. Le continent, longtemps appréhendé du point de vue de ses défis énergétiques, se positionne désormais comme participant actif à la transformation énergétique mondiale. Le Togo, par sa résilience et ses réformes structurelles, incarne cette transformation continentale.
