Comment construire une souveraineté numérique dans un monde dominé par l’intelligence artificielle, les données massives et les recompositions géopolitiques ? C’est autour de cette interrogation que s’est ouverte, vendredi à l’UniPod de l’Université de Lomé, la 12e édition du Forum national sur la gouvernance de l’Internet au Togo (Togo IGF 2026), organisée par le Chapitre togolais de l’Internet Society (ISOC Togo).
Placée sous le thème « Gouverner à l’ère de l’intelligence artificielle, des données massives et des dynamiques géopolitiques : enjeux de souveraineté numérique au Togo », cette rencontre a réuni plusieurs centaines d’acteurs issus des administrations publiques, des régulateurs, du secteur privé, du monde académique, de la société civile ainsi que des partenaires internationaux. Cette édition s’inscrit dans la continuité de l’Agenda de Tunis pour la société de l’information adopté en 2005 et intervient après deux rendez-vous préparatoires majeurs : l’École togolaise de la gouvernance de l’Internet (TogoSIG) et le Youth IGF Togo, dont les conclusions ont nourri les échanges du forum national.

Dans son intervention, le Président du Conseil d’administration d’ISOC Togo, Emmanuel Elolo Agbenonwossi, a rappelé que le numérique dépasse aujourd’hui le cadre d’un simple secteur économique.
« Le numérique n’est plus seulement un secteur. Il devient l’architecture invisible de l’État, de l’économie, de l’éducation, de la santé, de la sécurité, des services publics et même de notre mémoire collective », a-t-il souligné.
Pour lui, l’enjeu de la souveraineté numérique ne se limite pas à l’autonomie technologique. Il implique aussi la maîtrise des données, le renforcement de la confiance des utilisateurs, la protection des citoyens et le développement de compétences locales capables d’influencer les débats régionaux et internationaux sur l’avenir du numérique. Interrogeant la place du continent africain dans cette transformation mondiale, il a lancé :
« Il est important pour nous, en tant qu’Africains, de comprendre où nous en sommes dans cette révolution. Est-ce que nous pouvons rester sur le quai ou devons-nous monter dans ce train ? »
La cérémonie d’ouverture a également été marquée par une communication introductive de Me Adjalle-Dadji Yao Délali, avocat au barreau du Togo, docteur en droit privé et spécialiste de la propriété intellectuelle et du numérique.
L’expert a mis en lumière plusieurs défis structurels auxquels fait face l’Afrique dans la course mondiale au numérique à savoir l’insuffisance des investissements, déficit de compétences spécialisées, fuite des talents et dépendance technologique vis-à-vis de l’extérieur.
Évoquant les performances africaines dans le domaine de l’intelligence artificielle, il a relevé que seuls quelques pays du continent, notamment l’Île Maurice, l’Égypte et l’Afrique du Sud, figurent parmi les nations les mieux positionnées au niveau mondial. Une situation qui, selon lui, appelle à une mobilisation renforcée pour éviter toute forme de « cybercolonisation » et bâtir une véritable souveraineté numérique africaine.
Les travaux du forum se sont articulés autour de trois panels majeurs à savoir l’Intelligence artificielle, gouvernance, innovation et préparation stratégique ; la Gouvernance des données, confiance, interopérabilité, protection et valorisation ; et la Souveraineté numérique dans un contexte géopolitique.
Plusieurs institutions nationales y ont pris part, notamment l’Agence Togo Digital (ATD), l’Agence nationale de cybersécurité (ANCy), le Centre national de réponse aux incidents de cybersécurité (CERT.tg) ainsi que l’Instance de protection des données à caractère personnel (IPDCP).
Au-delà des réflexions engagées lors du forum, le Togo multiplie depuis plusieurs mois les initiatives pour développer les compétences nationales dans le domaine de l’intelligence artificielle. En juin 2025, le gouvernement togolais a lancé à l’Université de Lomé un programme national de formation en intelligence artificielle, programmation informatique et anglais numérique. Mis en œuvre avec la startup américaine Kira Learning, ce programme ambitionne de former jusqu’à 50 000 étudiants par an, avec une première cohorte de 15 000 apprenants issus des universités publiques.
Accessible gratuitement en ligne, cette initiative associe cours interactifs, exercices pratiques et accompagnement par un assistant pédagogique basé sur l’intelligence artificielle. Les modules portent notamment sur Python, les fondamentaux de l’IA et l’anglais appliqué aux métiers du numérique.
Soutenu notamment par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission de la CEDEAO, le Togo IGF 2026 entend contribuer à la construction d’une vision nationale du numérique fondée sur l’ouverture, la sécurité, l’inclusion et la création d’opportunités. Les recommandations issues des travaux seront transmises aux autorités publiques et aux différentes parties prenantes afin d’alimenter les futures politiques nationales en matière de gouvernance de l’Internet et de transformation numérique.
@IKA
