Quarante-cinq commerçantes des marchés des Plateaux-Ouest participent du 22 au 24 juin à Kpalimé à une session de renforcement de capacités en leadership, création et gestion des micro-entreprises. Cette formation répond à une nécessité criante identifiée par plusieurs années d’analyse du secteur informel féminin. Les femmes qui animent les marchés togolais disposent rarement des compétences formelles permettant de transformer une activité de subsistance en véritable entreprise structurée.
Le ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance impulse cette initiative dans le cadre d’un programme national destiné à renforcer les capacités des femmes commerçantes des marchés du Togo. La formation intervient après une première session tenue dans la région des Plateaux-Est et s’inscrit dans un calendrier ambitieux couvrant plusieurs régions. Le but dépasse la simple transmission de savoirs techniques. Il vise à améliorer durablement les compétences entrepreneuriales des participantes, à renforcer leur autonomie économique et à les guider vers l’accès aux opportunités de financement disponibles mais souvent inaccessibles pour celles demeurant dans le secteur informel.
Mme Dédé Folly-Notsron, directrice de la coopération et de la promotion des activités économiques de la Femme, a rappelé le rôle central que jouent les femmes dans l’économie togolaise contemporaine. Elle a identifié une barrière récurrente freinant la croissance de ces entreprises féminines. « Les insuffisances en matière de comptabilité, de planification et de gestion constituent souvent des freins à l’accès aux financements et à la croissance des micro-entreprises dirigées par des femmes », a-t-elle souligne. Beaucoup de femmes évoluent encore dans l’informel et se confrontent à des difficultés multiples. La gestion des activités demeure rudimentaire. L’accès au financement reste bloqué par l’absence de dossiers comptables conformes. L’éducation financière de base fait défaut.
Mme Folly-Notsron a formulé l’objectif gouvernemental de façon directe aux participantes. « Notre objectif est de contribuer à l’amélioration durable de la gestion de vos activités et de renforcer votre rôle essentiel dans l’économie nationale ». Cette affirmation traduit une ambition politique claire. Le gouvernement togolais reconnaît que le potentiel économique des femmes marchandes demeure largement sous-exploité, non par manque de détermination de leur part, mais faute d’accès à la formation et à l’information.
Le programme de formation couvre plusieurs domaines jugés critiques. Les participantes seront sensibilisées au genre et au leadership féminin, disciplines souvent absentes des cursus d’éducation des femmes rurales et périurbaines. L’éducation financière constituera un pilier majeur, permettant aux commerçantes de comprendre comment accéder au crédit, construire un dossier bancable et gérer un budget d’entreprise. La gestion des activités économiques leur permettra de maîtriser les rudiments de la comptabilité, de la planification et du suivi financier. Les violences basées sur le genre seront traitées car elles constituent un obstacle invisible mais réel à l’épanouissement entrepreneurial des femmes. Enfin, les procédures de formalisation des entreprises seront démystifiées, montrant que devenir une entité légale n’est ni compliquée ni impossible.
Ce programme s’inscrit dans un contexte plus vaste de réformes gouvernementales favorisant l’entrepreneuriat féminin. Le Togo s’est vu reconnaître le deuxième rang parmi les économies africaines pour l’égalité économique des femmes selon un rapport 2024 de la Banque mondiale (Women, Business and the Law). Les institutions financières togolaises accordent désormais des crédits de montants moyens plus élevés aux femmes qu’aux hommes, témoignant d’une confiance institutionnelle croissante envers leur capacité de remboursement. Le nombre de femmes propriétaires d’entreprises individuelles a augmenté de 24 pour cent entre 2018 et 2022. Parallèlement, le gouvernement réserve 25 pour cent des marchés publics aux femmes, leur ouvrant ainsi de véritables débouchés commerciaux.
Malgré ces avancées, des disparités persistent. En 2022, on comptait 5691 propriétaires masculins d’entreprises individuelles contre 2717 femmes. Dans le secteur des SARL (sociétés à responsabilité limitée), le nombre d’hommes propriétaires demeurait plus du triple de celui des femmes. Certains secteurs comme la technologie et la construction demeurent quasi exclusivement masculins. Ces chiffres révèlent que bien que des progrès soient visibles, un long chemin reste à parcourir pour atteindre une véritable égalité entrepreneuriale.
Mme Senam Gawosso, adjointe au maire de la commune Kloto 3, a exhorté les participantes à tirer pleinement profit de cette formation. Elle a dessiné pour elles une vision ambitieuse devenir des modèles de réussite et d’inspiration pour les autres femmes de leurs communautés. Ce positionnement reflète une stratégie plus large du gouvernement togolais. En autonomisant des femmes pionnières, il crée un effet de démonstration. D’autres femmes observent le succès de leurs pairs et cherchent à les imiter. La transformation devient contagieuse et s’auto-alimentante.
Un mécanisme de suivi post-formation a été mis en place pour accompagner la mise en pratique des connaissances acquises. Ce suivi revêt une importance cruciale car l’acquisition théorique de compétences ne garantit pas leur application concrète. Les femmes feront face à des obstacles culturels, familiaux ou sociaux à la mise en œuvre. Un accompagnement continu leur permettra de surmonter ces obstacles et de consolider leurs apprentissages.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de Dodji Ahé, directeur régional des Solidarités des Plateaux, témoignant de l’engagement de l’administration territoriale dans ce processus. Cet ancrage au niveau régional demeure crucial. Le succès d’une formation repose non seulement sur le contenu pédagogique, mais aussi sur la volonté des acteurs locaux d’en assurer le suivi et la consolidation.
Ces quarante-cinq femmes quittent bientôt Kpalimé avec un ensemble de compétences nouvelles et une inscription dans un réseau de femmes entrepreneures. Elles deviendront les relais du changement au cœur de leurs marchés respectifs. Le gouvernement togolais parie que cette accumulation de transformations individuelles produira progressivement une transformation économique régionale.
