À moins de six mois du départ d’António Guterres, la bataille pour le poste de secrétaire général des Nations unies entre dans sa phase décisive. Mais derrière l’apparente diversité des candidatures, les rapports de force se clarifient. Dans les chancelleries comme chez les analystes spécialisés, un nom domine largement les discussions. Celui de Rafael Grossi.

Le diplomate argentin, actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, s’est imposé comme le favori naturel d’une élection qui se joue avant tout sur la capacité à dialoguer avec les grandes puissances. Son expérience des dossiers nucléaires, ses contacts réguliers avec Washington, Moscou et Pékin, ainsi que son profil de négociateur pragmatique lui donnent une longueur d’avance considérable.
Face à lui, Michelle Bachelet conserve un poids politique important malgré les turbulences autour de sa candidature. L’ancienne présidente chilienne bénéficie d’une stature internationale forgée à la tête du Chili et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Rebeca Grynspan reste également perçue comme une candidate crédible grâce à sa longue carrière au sein du système onusien et à son rôle dans les négociations sur les exportations de céréales en mer Noire.
Ces trois candidatures apparaissent aujourd’hui dans le groupe de tête des évaluations réalisées par les observateurs diplomatiques.
À l’opposé, la situation de Macky Sall semble beaucoup plus fragile. L’ancien président sénégalais, nommé par le Burundi, ne bénéficie ni d’un consensus africain ni d’une dynamique internationale comparable à celle de ses concurrents. Plus significatif encore, il apparaît systématiquement en dernière position dans les principaux sondages d’analystes et classements prospectifs publiés depuis le début de l’année 2026 sur la succession de Guterres.
Cette faiblesse ne relève pas seulement de la perception médiatique. Elle s’explique par la mécanique même de l’élection. Pour devenir secrétaire général, un candidat doit obtenir au moins neuf voix au Conseil de sécurité et surtout éviter le veto des cinq membres permanents. Or, plusieurs diplomates considèrent que Macky Sall ne dispose pas aujourd’hui d’un bloc de soutien suffisamment solide pour franchir cette étape.
Le handicap le plus lourd concerne toutefois la géographie politique du scrutin. Depuis des mois, un large consensus se dessine autour de l’idée que le prochain secrétaire général devrait provenir d’Amérique latine, seule grande région à n’avoir jamais dirigé l’ONU. Cette logique de rotation, bien qu’informelle, pèse fortement sur les négociations.
Dans ce contexte, Grossi coche pratiquement toutes les cases recherchées par les grandes capitales. Il vient de la région jugée prioritaire, possède près de quarante ans d’expérience diplomatique et a travaillé sur les dossiers les plus sensibles de la sécurité internationale. Surtout, il ne suscite pas d’hostilité ouverte de la part des puissances disposant d’un droit de veto.
Macky Sall tente de mettre en avant son expérience de chef d’État et son plaidoyer en faveur du développement comme condition de la paix. Mais ces arguments peinent à rivaliser avec le profil très technique et sécuritaire de Grossi, dans un contexte mondial marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les inquiétudes liées à la prolifération nucléaire.
Même parmi les candidats africains potentiels évoqués ces dernières années, sa candidature n’a jamais réussi à créer l’élan attendu. L’absence de soutien officiel du Sénégal et les divisions au sein de l’Union africaine ont considérablement réduit sa marge de manœuvre.
À ce stade, la hiérarchie qui se dessine dans les cercles diplomatiques est claire. Grossi apparaît comme le favori, Bachelet et Grynspan restent des alternatives sérieuses, tandis que Macky Sall occupe la position la plus faible du peloton.
Sauf retournement spectaculaire lors des tractations du Conseil de sécurité, l’ancien président sénégalais semble donc avoir très peu de chances d’accéder au poste le plus élevé des Nations unies.
