La 53ᵉ édition de la fête traditionnelle Odon-Itsu, prévue du 7 au 9 août 2026 à Atakpamé, prend une dimension patrimoniale avec l’installation d’un monument dédié à la célébration de l’igname. Le projet, lancé dès avril avec la pose de sa première pierre, traduit la volonté des organisateurs de donner à cette fête agricole un ancrage durable dans le paysage culturel et touristique du Grand Ogou.
La statue représente deux femmes occupées à piler le foufou dans un mortier, près d’un tas d’ignames disposées au sol. Le choix de cette scène renvoie à l’un des gestes les plus reconnaissables de la fête. Il met aussi en avant la place des femmes dans la préparation et la transmission des pratiques culinaires liées à l’igname.

Odon-Itsu est célébrée par les communautés Ifè de la préfecture de l’Ogou et plus largement par les populations du Grand Ogou, qui regroupe les préfectures de l’Ogou, de l’Anié et de l’Est-Mono. La fête accompagne la consommation de la nouvelle igname et associe rites traditionnels, expressions artistiques et retrouvailles communautaires. Les sources consacrées au patrimoine culturel togolais présentent « Odon » comme la fête et « Itsu » comme la référence à la force de la terre qui fait pousser les cultures, notamment l’igname.
La célébration actuelle trouve ses racines dans une tradition dont la première édition organisée remonte à 1973, alors qu’Ogou portait encore le statut de circonscription d’Atakpamé. Plus de cinq décennies plus tard, la fête conserve son lien avec le cycle agricole tout en élargissant son champ aux questions de culture, de tourisme et de développement local.
Le monument avait été annoncé plusieurs mois avant sa réalisation. Le 25 avril, le comité d’organisation de l’édition 2026 avait procédé à la pose de la première pierre à Atakpamé, dans le cadre du lancement de la mobilisation des ressources destinées à la préparation de la fête. Le budget global annoncé pour cette édition s’élève à 54,729 millions de francs CFA, dont 30,729 millions consacrés au projet et 24 millions aux festivités prévues sur trois jours.
Pour Georges Egbenou, président du comité d’organisation, la statue doit conserver la mémoire d’Odon-Itsu et transmettre son identité aux générations futures. « Nous avons voulu immortaliser Odon-Itsu à travers une œuvre qui parle à toutes les générations. Cette statue représente notre histoire, nos traditions et le rôle essentiel des femmes dans la préparation de ce mets qui rassemble les familles pendant la fête de l’igname », a-t-il déclaré.
Le projet dépasse ainsi la seule dimension commémorative. Les organisateurs souhaitent faire du monument un point de repère pour les visiteurs et l’intégrer à une stratégie plus large de valorisation du territoire. Lors des préparatifs de l’édition 2026, les échanges avec la Direction régionale des Arts et de la Culture des Plateaux ont notamment porté sur la mise en valeur des sites d’Atakpamé et sur le renforcement de la dimension culturelle et touristique de la manifestation.
Cette orientation rejoint les réflexions engagées autour de la création de circuits touristiques reliant les sept collines d’Atakpamé et de l’association de chaque édition à des actions concrètes dans la localité qui accueille les principales activités. La ville dispose déjà d’un patrimoine naturel et culturel qui constitue un point d’appui pour cette approche.
La fête conserve toutefois son cœur agricole. L’igname demeure le fil conducteur d’Odon-Itsu, depuis les rites liés à la terre nourricière jusqu’aux pratiques culinaires qui réunissent les familles. Les danses traditionnelles, les cérémonies spirituelles et les démonstrations culturelles complètent ce patrimoine immatériel. Parmi les expressions associées à la fête figurent notamment les danses de masques et du feu ainsi que le tchébé sur échasses.
La 53ᵉ édition doit se dérouler du 7 au 9 août à Atakpamé. Son programme prévoit notamment des offices religieux, la cérémonie d’apothéose, une finale de football, une soirée culturelle et un bal de clôture. Le monument, désormais visible dans le paysage de la ville, vient ajouter une dimension permanente à une célébration dont le calendrier reste, lui, concentré sur quelques jours.
Pour le comité d’organisation, l’enjeu consiste désormais à inscrire Odon-Itsu dans une logique où la fête, la mémoire culturelle et la découverte du territoire se renforcent mutuellement. La statue en constitue l’un des premiers marqueurs physiques. Elle fixe dans la pierre une scène familière de la vie sociale du Grand Ogou et donne à la fête de l’igname un point de référence appelé à rester au-delà de l’édition 2026.
