La transformation des productions agricoles occupe une place croissante dans les stratégies industrielles africaines. C’est dans cette perspective qu’une délégation malgache s’intéresse au modèle développé par la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), au Togo, avec un regard particulier sur l’organisation des chaînes de valeur et les mécanismes d’accompagnement des investisseurs.
L’intérêt porté à la PIA tient à son modèle d’intégration. Depuis sa mise en service en 2021, la plateforme cherche à rapprocher les zones de production, les unités de transformation, les services administratifs et les infrastructures logistiques au sein d’un même écosystème. L’agro-industrie figure parmi ses principaux pôles d’activité, aux côtés du textile, des matériaux de construction et de la logistique.

Cette organisation répond à l’un des défis persistants des économies africaines. Une partie importante des matières premières agricoles continue d’être commercialisée avec un faible niveau de transformation, alors que la valeur ajoutée, les emplois industriels et une partie des revenus potentiels se situent en aval des filières. La question n’est donc plus seulement celle de la production, mais aussi de la capacité à transformer localement et à accéder aux marchés.
Madagascar est directement concerné par cet enjeu. Le pays dispose d’une agriculture diversifiée et de filières reconnues sur les marchés internationaux, notamment le riz, la vanille, le cacao, le café et les fruits. Le développement des capacités de transformation constitue toutefois un levier pour renforcer la valeur créée localement et réduire la dépendance à l’exportation de produits peu transformés.
C’est sous cet angle que la visite de la délégation malgache à la PIA prend son intérêt. Elle porte autant sur les infrastructures que sur les conditions qui permettent à un écosystème industriel de fonctionner. Le dispositif du Guichet unique, qui associe notamment les services des Impôts, de l’Agence nationale de gestion de l’environnement (ANGE), de la Douane et de l’Agence de promotion des investissements et de la zone franche (API-ZF), fait partie des mécanismes examinés.

La démarche intervient également dans une période où les investissements industriels gagnent en importance dans les politiques économiques africaines. Pour les États, l’enjeu consiste à créer des environnements capables d’attirer les capitaux tout en facilitant leur insertion dans les économies locales. La qualité des infrastructures compte, mais elle doit aussi s’accompagner de procédures lisibles, de services accessibles et d’un réseau logistique adapté.
L’expérience togolaise constitue ainsi un point de comparaison pour Madagascar. Elle permet d’observer comment une plateforme industrielle peut articuler transformation agricole, services aux entreprises et infrastructures, sans dissocier la production des conditions de sa valorisation.
Au-delà des échanges entre les deux pays, cette démarche traduit une évolution des coopérations africaines. Les expériences industrielles développées sur le continent deviennent elles-mêmes des références susceptibles d’être étudiées, adaptées et répliquées selon les besoins de chaque économie.
