Au terme de neuf mois de formation, 128 femmes entrepreneures ont reçu leurs certificats à l’issue du programme Women and Finance (WAF). La cérémonie de graduation, organisée le 14 août 2026 à l’Hôtel 2 Février par la Fondation SEPHIS, avec l’African Guarantee Fund (AGF) et Ecobank Togo, a mis en lumière un enjeu qui dépasse la seule formation. Il s’agit désormais de transformer les compétences acquises en entreprises mieux structurées et de faciliter leur accès au financement.

Placée sous le thème « Investir dans les femmes, un choix social ou une stratégie de développement économique ? », la rencontre a réuni des acteurs de l’écosystème entrepreneurial autour des conditions nécessaires au développement des entreprises dirigées par des femmes. Les échanges ont notamment porté sur l’autonomisation économique, l’accès au crédit et la place de l’entrepreneuriat féminin dans la croissance nationale.

Lancé au Togo en mai 2025, Women and Finance repose sur un double axe, le renforcement des capacités et l’accès au financement. Le programme propose aux dirigeantes de petites et moyennes entreprises des formations en gestion, leadership, éducation financière et préparation à l’investissement. La première programmation visait 125 femmes entrepreneures. Les 128 bénéficiaires diplômées représentent ainsi un volume légèrement supérieur à l’objectif initial annoncé.

L’approche retenue part d’un constat simple. L’accès au crédit ne suffit pas à lui seul pour assurer la croissance d’une entreprise. La dirigeante doit aussi disposer d’une organisation solide, maîtriser ses finances, définir avec précision ses besoins et présenter un projet capable de convaincre les établissements financiers.
Au Togo, le dispositif s’appuie sur une ligne de crédit annoncée à un milliard de francs CFA. Plus de 200 millions de francs CFA ont déjà été décaissés par Ecobank Togo au profit de bénéficiaires du programme. Ces financements visent à soutenir le développement des activités et à donner une portée concrète au parcours de formation.

La question de l’accès au crédit reste toutefois l’un des principaux défis pour les entreprises féminines. Une étude consacrée aux entrepreneures togolaises relève notamment l’insuffisance des garanties, la complexité des procédures, le coût du crédit et le manque d’information. Elle souligne aussi le recours fréquent à l’autofinancement, au soutien familial et au microcrédit.
C’est sur cette relation entre préparation de l’entreprise et accès au capital que se situe le rôle de l’African Guarantee Fund. Les mécanismes de garantie peuvent réduire le niveau de risque perçu par les institutions financières et faciliter l’accès au crédit pour des PME dont les garanties classiques restent limitées.

Ecobank Togo intervient pour sa part dans le volet financier et technique du programme. Cet engagement rejoint la stratégie plus large du groupe en faveur du financement des entreprises dirigées par des femmes. Ecobank a indiqué avoir accordé 780 millions de dollars de prêts à ces entreprises en Afrique en 2025, contre 265 millions de dollars en 2024. Le groupe estime toutefois à 42 milliards de dollars le déficit de financement qui subsiste pour les entreprises féminines sur le continent.
Le programme togolais s’inscrit dans une dynamique régionale. Avant son déploiement au Togo, Women and Finance avait été mis en œuvre en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Au Togo, son lancement a coïncidé avec une attention accrue portée aux obstacles qui limitent l’accès des femmes entrepreneures au crédit. En mai 2025, la Banque africaine de développement et l’African Guarantee Fund avaient réuni à Lomé plusieurs acteurs de l’écosystème financier afin d’examiner les besoins de financement des entreprises féminines.

La Fondation SEPHIS, qui travaille depuis 16 ans sur l’inclusion financière, l’entrepreneuriat et le développement économique en Afrique subsaharienne, défend ainsi une approche qui associe compétences, financement et accès aux opportunités. Pour les petites entreprises, cette combinaison peut faciliter le passage d’une activité individuelle à une structure mieux organisée et mieux préparée à la croissance.
La cérémonie de graduation a aussi donné une dimension commerciale au parcours des bénéficiaires. Une mini-foire a permis aux entrepreneures de présenter leurs produits et services, de développer leurs réseaux et d’explorer de nouvelles possibilités de partenariat. Le réseau professionnel constitue ainsi un prolongement du parcours de formation.

La remise des certificats marque donc la fin d’un cycle de neuf mois, mais aussi le début d’une phase où les résultats devront se mesurer dans les entreprises. Pour les 128 bénéficiaires, l’enjeu sera désormais de traduire les acquis en pratiques de gestion plus solides, en investissements productifs, en accès accru au crédit et en développement commercial.
Au-delà du nombre de certificats remis, la portée du programme se jouera ainsi dans la capacité des entreprises accompagnées à consolider leurs activités, à créer des emplois et à participer davantage à la création de valeur au sein de l’économie togolaise.
@IKA
