La part des enfants togolais couverts par un programme de protection sociale a progressé de 48 % en 2023 à 50 % en 2024, selon les données de l’UNICEF. Le résultat dépasse de un point la cible fixée pour l’année et traduit une extension de l’accès aux mécanismes destinés à réduire les effets de la vulnérabilité sur les enfants et leurs familles.
Deux points de progression peuvent sembler modestes. Ils prennent une autre portée lorsqu’ils sont rapportés à une population dont près de la moitié a moins de 18 ans. Le recensement de 2022 estimait à 8,1 millions le nombre d’habitants du pays, dont 48 % d’enfants et d’adolescents. Dans le même temps, la pauvreté multidimensionnelle touchait encore 51 % des enfants, avec des écarts particulièrement marqués entre les territoires.
La protection sociale intervient précisément sur cette vulnérabilité. Elle regroupe des mécanismes qui peuvent soutenir les ménages confrontés à la pauvreté, aux chocs économiques ou à des difficultés d’accès aux services essentiels. Pour les enfants, leurs effets dépassent le soutien financier. Ils peuvent contribuer à maintenir la fréquentation scolaire, améliorer l’accès aux soins et à la nutrition ou réduire le risque qu’une difficulté familiale se transforme en rupture durable dans le parcours de l’enfant.
Le passage à 50 % intervient alors que le pays cherche à consolider son architecture de protection sociale. La Politique nationale de protection sociale a été adoptée en juin 2024. Elle vise à élargir la couverture à une part plus importante de la population et accorde une place particulière aux personnes exposées à la vulnérabilité.
Cette évolution rejoint aussi les orientations de la Politique nationale du bien-être de l’enfant 2023-2032. Le document fixe comme objectif de renforcer la protection des enfants et des familles, de favoriser leur accès aux services essentiels et d’améliorer la gouvernance du secteur.
Le défi reste toutefois celui de la couverture et de l’équité. Les données de l’UNICEF font apparaître une situation sociale plus fragile dans les régions des Savanes et de la Kara, où la proportion d’enfants touchés par les privations multidimensionnelles atteint respectivement 55,3 % et 49,6 %. La progression nationale du taux de couverture ne suffit donc pas, à elle seule, à mesurer la portée réelle des dispositifs. Leur capacité à atteindre les ménages les plus exposés constitue également un enjeu.
Les mécanismes de protection de l’enfance reposent par ailleurs sur un ensemble plus large de services. L’enregistrement des naissances, la prise en charge des enfants victimes de violences, la protection des mineurs en conflit avec la loi et l’accès aux services sociaux participent au même objectif. Entre 2019 et juin 2023, 14 600 filles et garçons victimes de violence avaient ainsi bénéficié d’une prise en charge médicale, psychosociale ou juridique, selon l’UNICEF.
La progression enregistrée en 2024 donne ainsi une indication sur l’extension des dispositifs sociaux, mais elle rappelle aussi l’ampleur du chemin restant à parcourir. Avec un enfant sur deux encore hors de ces programmes, la question porte désormais autant sur l’élargissement de la couverture que sur la capacité à atteindre les familles les plus vulnérables et à assurer une continuité de l’accompagnement.
Pour les politiques publiques, l’enjeu dépasse donc l’évolution annuelle d’un indicateur. Il touche directement à la capacité des mécanismes sociaux à empêcher que la pauvreté ou une crise familiale ne compromette durablement l’accès d’un enfant à l’éducation, à la santé et aux autres services essentiels.
