Les partenariats public-privé (PPP) prennent une place croissante dans la stratégie d’investissement du Togo. Réunis le 3 septembre 2026 à Lomé à l’occasion de la Conférence sur les contrats de partenariat public-privé, responsables publics, experts et acteurs privés ont mis l’accent sur une exigence majeure, faire du PPP un véritable instrument de performance et non un simple mécanisme de mobilisation de ressources.

Les échanges ont permis de rappeler que le recours au secteur privé ne garantit pas, à lui seul, la réussite d’un projet. Sa pertinence dépend de la qualité de sa préparation, de son modèle économique, de son rapport qualité-prix, de la maîtrise des engagements financiers et d’une répartition équilibrée des risques entre les différentes parties.
Pour le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, cette exigence doit guider la conception des contrats. « Recourir au PPP, c’est s’obliger à la performance du long terme », a-t-il souligné, en insistant sur la nécessité d’évaluer de manière scientifique la valeur ajoutée et le rapport qualité-prix de chaque élément financier engagé.

Cette approche place la qualité de la décision publique au centre du dispositif. Avant de retenir un partenariat, l’État doit pouvoir apprécier la pertinence économique du projet, son coût global, les résultats attendus et les risques susceptibles d’être assumés par chacune des parties.
La dimension financière constitue à cet égard un point de vigilance important. Me Julie Claude, avocate associée et directrice du bureau de Fidal Casablanca au Maroc, a souligné l’importance de contrats sécurisés reposant sur un partage des risques « finement pensé » et équilibré.
Dans un contrat de PPP, chaque risque doit être confié autant que possible à la partie la mieux placée pour le prévenir, le gérer ou en absorber les conséquences. Une répartition mal conçue peut fragiliser l’équilibre économique du projet et accroître les charges supportées par la puissance publique.
La maîtrise de ces mécanismes suppose également une administration suffisamment outillée. La préparation d’un PPP requiert des compétences en matière d’évaluation économique, de financement, de droit des contrats, de négociation et de suivi de l’exécution.

Cette nécessité explique l’importance accordée à la diffusion d’une véritable culture du PPP. Aftar Morou, directeur général de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), a appelé à une meilleure appropriation de cet instrument par les différents acteurs. L’objectif est de permettre aux administrations d’identifier les projets pour lesquels un partenariat avec le secteur privé peut représenter une solution pertinente.
Le développement de cette expertise doit aussi favoriser une meilleure sélection des projets. Tous les investissements publics ne se prêtent pas nécessairement à un PPP. Le choix doit dépendre des caractéristiques du projet, de sa viabilité économique, des conditions de financement et de la capacité du montage à produire une valeur ajoutée pour la collectivité.
Pour le ministre délégué chargé de la Promotion des Investissements, de l’Industrie et de la Souveraineté économique, Dr Arthur Lilas Trimua, le mécanisme offre néanmoins des possibilités importantes pour soutenir les grands projets nationaux. « Via le mécanisme des PPP, nous pouvons investir dans les grands projets du pays », a-t-il déclaré.
L’expérience de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) a également été évoquée pour illustrer cette complémentarité entre les capacités publiques et privées. Idiola Sandah, administrateur général de l’Autorité de coordination de la plateforme, a mis en avant l’association de la capacité d’exécution de l’État avec les moyens, l’expertise et les capacités opérationnelles du partenaire privé.
Cette logique prend une importance particulière dans les secteurs nécessitant des investissements conséquents, notamment les infrastructures, l’énergie, la logistique et l’industrialisation. Le PPP peut permettre de mobiliser des capitaux et des compétences supplémentaires tout en maintenant un cadre de supervision publique.
Dans le cadre de ses ambitions de développement, le Togo entend renforcer ses capacités productives et les infrastructures nécessaires à l’activité économique. Les partenariats avec le secteur privé peuvent contribuer à cet objectif, à condition que les engagements pris soient correctement évalués et suivis.
La conférence du 3 septembre met ainsi en lumière une conception plus exigeante du partenariat public-privé. Il ne s’agit pas seulement de trouver des ressources pour financer des projets. Il s’agit de rechercher les montages susceptibles d’améliorer leur efficacité, de maîtriser les risques et de garantir leur performance sur la durée.
La sélection rigoureuse des projets, les études préalables, l’évaluation du rapport qualité-prix, la sécurisation contractuelle et le suivi de l’exécution apparaissent dès lors comme des conditions essentielles.
Le PPP devient ainsi un outil de gouvernance de l’investissement public autant qu’un instrument de financement. Pour le Togo, l’enjeu consiste désormais à faire en sorte que chaque partenariat retenu apporte une valeur clairement identifiable à la collectivité tout en offrant au secteur privé un cadre suffisamment prévisible pour investir.
La question ne sera donc plus seulement de savoir si un PPP peut financer un projet, mais de déterminer s’il constitue la formule la plus efficace pour le réaliser, répartir les risques et garantir sa performance sur le long terme.
