La participation de Victoire Tomegah Dogbé à la 20e édition du Forum des systèmes alimentaires en Afrique (AFS Forum) a placé l’accès aux ressources, l’autonomisation économique des femmes et l’avenir entrepreneurial des jeunes au cœur de la réflexion sur la transformation agricole du continent. L’ancienne Première ministre togolaise y a partagé l’expérience du Togo tout en défendant une approche coordonnée des contraintes qui limitent encore la création de valeur.
Près de 5 000 participants se sont retrouvés à Kigali pour cette édition consacrée à l’avenir des systèmes alimentaires africains. Parmi les questions abordées figure celle des conditions permettant aux populations qui participent directement à ces systèmes de tirer davantage de valeur de leur activité.

C’est sur cette dimension que Victoire Tomegah Dogbé a particulièrement orienté sa contribution. L’ancienne cheffe du gouvernement togolais a consacré une partie de ses échanges à la place des femmes dans les systèmes alimentaires et aux obstacles qui restreignent leur capacité à développer pleinement leurs activités économiques.
Elle en identifie plusieurs, dont l’accès à la terre, au financement et aux marchés. À ces contraintes s’ajoute une dimension souvent moins présente dans les politiques économiques, celle du temps. Pour Victoire Tomegah Dogbé, cette contrainte mérite d’être davantage prise en compte dans la conception des réponses destinées à renforcer la participation économique des femmes.

Son approche repose ainsi sur une lecture globale des difficultés rencontrées. L’accès au financement, à lui seul, ne suffit pas si d’autres conditions nécessaires au développement d’une activité demeurent difficiles à réunir. La terre, les débouchés commerciaux et la disponibilité temporelle participent eux aussi à la capacité d’une entrepreneure ou d’une productrice à accroître son activité et ses revenus.
« J’ai partagé l’expérience du Togo et notre approche pour lever ces contraintes de manière systémique », a déclaré Victoire Tomegah Dogbé. Elle souhaite que les femmes puissent non seulement prendre part aux systèmes alimentaires, mais également y créer davantage de valeur et exercer un pouvoir économique accru.

La question de la jeunesse a constitué l’autre volet de sa participation. Le temps fort de ses échanges à Kigali aura été, selon elle, la conversation avec les jeunes. Elle en retient la nécessité de renforcer la confiance, de promouvoir un leadership inclusif et de lever les obstacles qui empêchent les jeunes de transformer leurs idées en opportunités.
Cette préoccupation rejoint la question du financement, qui occupe une place centrale dans les débats sur la transformation des systèmes alimentaires africains. Sans accès au capital, de nombreuses initiatives entrepreneuriales restent difficiles à concrétiser, même lorsque les porteurs de projets disposent d’idées et de capacités pour développer leur activité.
Le président rwandais Paul Kagame a également insisté sur cette difficulté. Il a critiqué un système financier dans lequel l’accès au capital demeure largement favorable à ceux qui en disposent déjà. Il appelle ainsi les pouvoirs publics à participer à la prise de risque afin de faciliter l’accès au financement pour les personnes qui disposent de peu de capital.
« Le gouvernement doit trouver un moyen de s’impliquer et d’être quelque part au milieu afin qu’il prenne une partie du risque », a-t-il déclaré. Selon lui, le soutien public peut permettre à des jeunes d’accéder au crédit bancaire, de développer leurs activités et, à terme, de contribuer davantage à l’économie.
Les deux interventions se rejoignent ainsi sur la nécessité de réduire les obstacles qui empêchent une partie des populations africaines de participer pleinement à la création de valeur. L’une met l’accent sur l’accès des femmes aux ressources et sur les contraintes qui limitent leur autonomie économique. L’autre porte davantage sur les mécanismes susceptibles de faciliter l’accès des jeunes au capital.
Pour Victoire Tomegah Dogbé, cette réflexion renvoie à la place que l’agriculture doit continuer d’occuper dans les trajectoires de croissance du continent. « L’agriculture est et restera au cœur de la croissance de l’Afrique, si nous savons créer les conditions pour libérer pleinement son potentiel », affirme-t-elle.
Cette vision conduit à considérer les systèmes alimentaires dans leur ensemble. La production agricole ne constitue qu’un maillon d’une chaîne qui comprend également le financement, la transformation, la commercialisation et l’accès aux marchés. La capacité des femmes et des jeunes à intervenir dans chacun de ces segments dépend donc de leur accès effectif aux ressources nécessaires.
La participation de l’ancienne Première ministre togolaise à Kigali intervient ainsi dans un débat où les questions de productivité agricole côtoient désormais celles du financement, de l’inclusion économique et de l’entrepreneuriat. Son intervention a permis de mettre en avant l’expérience togolaise et une approche qui cherche à traiter simultanément plusieurs contraintes auxquelles sont confrontés les acteurs des systèmes alimentaires.
Après vingt années consacrées à la transformation des systèmes alimentaires africains, l’AFS Forum 2026 offre un espace de réflexion sur les moyens de convertir davantage le potentiel agricole du continent en revenus, en emplois et en opportunités économiques. À Kigali, Victoire Tomegah Dogbé a particulièrement insisté sur la nécessité de créer les conditions permettant aux femmes et aux jeunes de prendre une part plus importante à cette dynamique.
