L’intervention de la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Myriam Dossou D’Almeida, lors de son passage au Programme Vacances Utiles aux Jeunes (PVUJ 2026) à Atakpamé, a suscité une polémique autour de quelques passages consacrés aux comportements sur les réseaux sociaux. Pourtant, cette rencontre était d’abord placée sous le signe du partage d’expériences, de la culture et de l’engagement, avec un message central adressé aux jeunes autour de la confiance en soi, de l’effort, du respect et de la capacité à saisir les opportunités. Retour sur ce qui a réellement été dit et sur ce qui lui a ensuite été attribué.
Le fil conducteur de cette intervention tenait en quelques mots répétés à plusieurs reprises par Myriam Dossou D’Almeida, « c’est possible ». Face aux jeunes, la vice-présidente de l’Assemblée nationale les a invités à croire en leurs capacités et à ne pas considérer leur situation présente comme une limite définitive à leurs ambitions.

Elle leur a parlé d’audace, d’apprentissage et de persévérance. Oser demander conseil, oser solliciter de l’aide, oser apprendre, accepter la possibilité de l’échec et continuer à avancer constituaient les principaux ressorts de son message.
L’idée était également de rappeler aux jeunes que les responsabilités qu’ils voient aujourd’hui exercées par d’autres peuvent demain être les leurs. Elle les a ainsi encouragés à se projeter dans l’avenir, en leur rappelant qu’ils peuvent devenir à leur tour responsables publics, dirigeants, entrepreneurs ou acteurs de premier plan dans la société.
Une autre dimension de son intervention portait sur le comportement. La manière de parler aux autres, de se tenir en public, de répondre lorsqu’on est interpellé, de respecter son interlocuteur et de construire son image peuvent avoir, selon elle, une incidence sur les relations et les opportunités qui se présentent au cours d’une vie.
C’est dans cette réflexion plus générale sur la responsabilité individuelle qu’est intervenue la séquence consacrée aux réseaux sociaux. L’oratrice a voulu attirer l’attention des jeunes sur la visibilité et la permanence potentielle de leurs publications, notamment lorsqu’elles comportent des insultes ou des comportements susceptibles d’être vus et mémorisés par d’autres.
Le fond de l’avertissement est difficile à méconnaître. Les réseaux sociaux ne constituent pas un espace sans conséquences. Une publication peut être conservée, partagée, retrouvée plusieurs années plus tard et influencer la perception qu’une personne se fait de son auteur. Cette question est devenue un enjeu courant de citoyenneté numérique, notamment pour les jeunes qui construisent progressivement leur identité personnelle et professionnelle en ligne.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque formulation employée dans un discours public est irréprochable. Certains exemples peuvent être jugés maladroits, discutables ou insuffisamment nuancés. Ils peuvent être critiqués. Mais encore faut-il distinguer la critique d’une formulation de l’attribution d’une intention qui n’a pas été exprimée.
C’est précisément cette distinction qui semble avoir disparu dans certaines réactions. Ce qui a été dit relève d’abord d’un appel au respect, à la responsabilité et à la maîtrise de son comportement, notamment sur les plateformes numériques. Ce qui n’a pas été dit est tout aussi important.
L’intervention ne formulait aucune directive destinée aux professionnels de santé. Elle n’annonçait aucune politique publique permettant de refuser des soins à une personne en raison de ses opinions ou de ses publications. Elle ne présentait aucun dispositif administratif ou institutionnel visant à conditionner l’accès aux soins à une quelconque loyauté politique.
Pourtant, des interprétations particulièrement lourdes ont progressivement transformé cette séquence en accusation contre l’ensemble du système sanitaire, allant jusqu’à évoquer l’existence supposée d’un réseau organisé d’élimination politique dans les établissements de santé.
Un tel rapprochement nécessite pourtant des éléments que les propos eux-mêmes ne fournissent pas. Une illustration peut être contestée sans devenir une directive. Une formulation peut être maladroite sans constituer un aveu. Une interprétation politique ne peut se substituer à la démonstration lorsqu’elle entend établir l’existence d’un système criminel.
Les considérations politiques, aussi fortes soient-elles, ne devraient donc pas conduire à travestir les propos de ceux auxquels on s’oppose. La contradiction démocratique autorise la critique la plus sévère, mais elle impose également une fidélité minimale aux faits.
Cette exigence est d’autant plus importante lorsqu’une intervention s’adresse directement à la jeunesse. Le message général de la rencontre ne portait pas sur la confrontation politique. Il portait sur la possibilité pour chaque jeune de construire son propre parcours, malgré les difficultés.
« C’est possible » était précisément le fil rouge de cette adresse. L’oratrice expliquait que la réussite n’était pas une affaire de magie, mais qu’elle supposait de la volonté, de l’apprentissage, de la capacité à demander de l’aide et de la persévérance.
Elle insistait également sur la responsabilité personnelle. Les pouvoirs publics ont leur rôle, les parents ont le leur, mais les jeunes ont également une part à prendre dans leur propre parcours. Cette idée peut être discutée, nuancée ou enrichie, mais elle constitue le cœur pédagogique de l’intervention.
La polémique actuelle pose ainsi une question plus large sur la manière dont la parole publique est traitée. Dans un environnement politique fortement polarisé, il est légitime de contester les responsables publics. Il est tout aussi légitime de relever une maladresse ou de demander davantage de précision. Mais transformer une séquence particulière en une accusation générale exige un niveau de démonstration qui ne peut reposer sur la seule interprétation.
Le risque est également de décourager les initiatives de transmission destinées aux jeunes. Si les responsables publics, les cadres, les entrepreneurs, les universitaires ou les personnalités expérimentées savent que leurs interventions peuvent être sorties de leur contexte et transformées en procès politiques, certains pourraient préférer ne plus participer à ces rencontres.
Ce serait une conséquence regrettable pour la jeunesse. Les échanges avec ceux qui ont déjà parcouru certains chemins peuvent permettre de transmettre des expériences, de prévenir des erreurs, d’encourager l’ambition et de donner des repères à ceux qui cherchent encore leur voie.
Le débat peut donc rester ouvert sur la pertinence de certains exemples employés par Myriam Dossou D’Almeida. Mais il devrait conserver une ligne de partage claire entre ce qui a effectivement été prononcé et ce qui relève de l’interprétation politique.
La critique est nécessaire à la démocratie. Elle devient moins crédible lorsqu’elle abandonne les faits pour la surenchère.
Dans le cas présent, le message central adressé aux jeunes était celui de la possibilité. Croire en soi, oser, apprendre, demander conseil, accepter l’échec, respecter les autres et saisir les opportunités. Rien n’interdit de discuter la manière dont ce message a été formulé. Mais le débat gagnerait à ne pas lui faire dire davantage que ce qu’il disait réellement.
Car la jeunesse mérite des paroles d’ambition et de responsabilité. Elle mérite aussi que les adultes qui s’adressent à elle, comme ceux qui les critiquent, soient soumis à la même exigence de rigueur et de probité intellectuelle.
